‹ Jocelin le gardecote drame en cinq actesChapitre 87 sur 100 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

LA COMTESSE

Pauvre Léon !

VAN BROUST.

Au bruit que je fis, le meurtrier s’enfuit... Je voulus transporter le blessé à la ville, au risque d’être arrêté de nouveau. C’est inutile, murmura-t-il d’une voix faible... je mourrais en route... Il avait raison... car le sang s’ét happait à flots de sa blessure.. „Écoutez-moi, ajouta-t-il... et proinettez-moi d’accomplir mon dernier vœu... Je le promis... Alors il m’apprit... ce que vous ignorez sans doute, madame, qu’il venait d’étre volé d’une somme de 200,000 livres, qu’il portait sur lui et qu’il destinait à son fils... au vôtre.

LA COMTESSE

Mon fils!...

VAN BItOÜST.

Oui, avant de s’embarquer, il voulait assurer le sort de cet entant; il s’était fait accompagner d’un misérable à qui il avait confié ce projet, et ce fut cet infâme qui lui plongea un poignard dans le cœur.

LA COMTESSE

L’infortuné!... Ainsi son généreux desseip a causé sa perle, sans sauver son pauvre enfant de la misère et de la mort.

VAN BROUST.

Que dites-vous, madame?... Votre fils...

LA COMTESSE

A péri, Van Broust, noyé dans les flots avec la malheureuse femme à qui d’Esgrigny l’avait confié!

VAN BROUST.

Ah! pauvre mère! qui vous a dit cela?

LA COMTESSE

Une parente qui, pendant ma longue maladie... car le désespoir m’avait rendue folle, ne cessa de faire des recherches pour découvrir mon enfant... Elle apprit enfin qu’une femme de pêcheur, s’étant endormie sur le bord de la mer, et tenant mon enfant dans ses bras, avait été surprise par la crue des eaux qui l’avaient engloutie avec la pauvre créature.

VAN BROUST.

On vous a trompée, madame... Qu’un pareil malheur soit arrivé ou non, ce n’est pas votre fils qui a péri.

Ce n’est pas lui... dites-vous?... Mais vous savez donc ce qu’il est devenu?

VAN BROUST.

Si je le sais!... Oui, madame, oui, je le sais... Mais vous... vous... n'en avez-vous aucun soupçon?...

JÜCELIN pE GARDE-COTE.

ppiITESSE.

Il existe!

VAN BflPUST.

J’avais fait ( un vœu sacré, j’avais juré au comte d’élever son fils.

LA COMTESSE

Vous... vous... mais alors, c’est donc?... ô mon Dieu!... Édouard?

VAN BROUST.

Oui, madame, oui, Édouard est votre fils.

LA COMTESSE

Ah !... Dieu me l’avait dit!... (Ellesc jette à genoux, puis saisit les mains de Van Broust, et les embrasse avec effusion.)

VAN BRODST.

Que faites-vous, madame?

LA COMTESSE

Ah! laissez-'moi voqs remercier à genoux, vous son sauveur, après Dieu!... laissez-môi baiser ces mains qui ont gagné le pain de chaque jour pour mon enfant. '

VAN BROUST.

Ah ! je vous en prie, chère dame, relevez-vous... Je n’ai fait qu’accomplir un serment; et jnieux que ça... j’ai trouvé là ma récompense... Qu’est-ce qui nj’à retenu? qu’est-ce qui m’a donné du courage pendant vingt ans? C’est lui! cet enfant, mon seul bonheur, ma seule consolation dans ce monde.

LA COMTESSE

Et vous ne lui avez jamais révélé le triste sort de son père?

VANijBROUST.

A quoi bon, madame? Il n’avait pas le droit de porter le nom de d’Esgrigny, et le vôtre je l’ignorais... Car, au moment où le marquis allait vous nommer, le sang rétouffa, et il rendit son âme à Dieu.

LA COMTESSE

Mais maintenant il faut qu’il sache tout; con<fuisez-mqj. Van Broust, que j’qjlle embrasser mon fils.

VAN BROUST.

Y ppnspz-yous, madame? mais l’amiral...

LA COMTESSE

Eh bien, qu’importe? je lui apprendrai toute la vérité!

VAN BRUUST.

Mais il vous tuera, madame !

LA COMTESSE, avec exaltation.

Qu’il me tue ! mais au moins je mourrai en embrassant mon fils !

VAN BROUST.

Mais Édouard, madame, vous voulez donc aqgsi qu’il meure?

14 COMTESSE

Que dites-vous?

VAN BROUST.

En révélant sa naissance, vous attirez sur lui la colère de l’amiral !

LA COMTESSE

Ciel 1 mon fils.

VAN BROUST.

Ce mot dans votre bouche serait son arrêt de mort.

LA COMTESSE

Ah ! vous me glacez d’effroi ! Oui, dans sa fureur jalouse, le comte est capable de tout... Mais alors que faire, mon Dieu I... et comment soustraire mon fils à cette infâme accusation?...

VAN BROUST.

Silence, madame... j’entends la voix de l’amiral... Au nom du ciel... au nom de votre fils., commandez àvotre émotion!..

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