VISION
Six mois après, au temps où l'on coupe les seigles,
■le vins herboriser aux montagnes des Aigles.
Et, (Je mon pauvre ami le récit à la main,
De la grotte, en lisant, je cherchais le chemin. £.&^iajl j^"
Du drame de ses jours j'explorais le théâtre, yjLaCi-f^'j^ * -«
Lorsque je- rencontrai par hasard le vieux pâtre. /^
Je m'assis près de lui, sur l'herbe, au bord des flots;
IVous causâmes ensemble à peu près en ces mots :
LE PATRE
Qui cherc}iez-vous, monsieur, dans ces déserts?
MOI
La place D'une histoire d'amour que ce livre retrace, l.a grotte o\x deux enfants, sous les yeux du Seigneur
3i8 JOCELYN
Eurent taîit d'innocence avec tant de bonheur ; Montrez-moi le tombeau de la dame inconnue.
LE PATRE
Quoi! cette histoire aussi jusiuà vous est venue?
wo: /
J'étais le seul ami de l'un des deux amants,
(En lui montmnt le manuscrit.)
Et j'ai là le récit de tous lears seiitiments.
LE PATRE
Je voudrais bien savoir si ce livre me nomme.
MOI
Vous ?
LE PATRE
Oui^ moi.
MOI
Et comment?
LE PATRE
Je ne suis qu'un pauvre homme , Et c'est moi qui fus cause, hélas! sans le savoir. De leur bonheur trop court et de.leur désespoir.
NOUVEL ÉPILOGUE Sig
MOI
Quoi ! vous seriez...?
LE PATRE
C'est moi qui leur montrai la route De la grotte, et deuv ans les cachai sous sa voûte; (]'est moi qui les nourris, elle et lui, de mon pain. Tenez, vo\ez là-haut, au-dessus du sapin, A droite, un j)eu plus bas que cette aiguille blanche . Vous suivrez le ravin comblé par l'avalanche; Par une gorge étroite, après, vous descendrez .luscpiauv rives du lac, Dordé de petits prés; Et là, près de la grève où son écume flotte, \'(»us verrez trois tombeaux à deux pas d'une f^jrotte.
Trois tombeaux? Le récit ne parle que de deux .- Le proscrit et Laurence.
LE PATRE
Et leiH' ami près d'eux.
MOI
Quoi! Jocelyn ici? Vous vous trompez.
LE PATRE
Lui-même.
11 repose en ces lieux auprès de ce qu'il aime.
Instruite, on ne sait trop comment, des grands secrets. Quand Marthe eut tout trahi par des mots indiscrets, Ses pauvres paroissiens, par pitié pour son âme. Rapportèrent son corps au tombeau de ha dame; Et depuis deux saisons ils sont couchés tous trois Aux Heux qu ils ont aimés, et sous la même croix.
Ah ! vers ces trois tombeaux, berger, menez-moi vite ! .laime à fouler le sol que sa dépouille habite, Comme on aime à s'asseoir sur le bloc attiédi Où le rayon du jour à peine est refroidi. Allons! le jour encore éclaire la montagne.
N'attendez pas, monsieur, que je vous- accompagne; Pour la dernière fois j'ai foulé ces sommets. Allez-y seul; mes pieds n'y monteront jamais!
MOI
Avez-vous donc, berger, peur de ce coin de terre?
LF. PATUE.
Il se passe, monsieur, là-haut quelque mystère Que l'homme encor pécheur profane en regardant •. C'est comme un Dieu caché dans un buisson ardent.
Qu'avez-vous vu? Parlez!
NOUVEL KIMLOGIJE i^i
LE PATRE
OU ! des clioses étranges Et faites seulement pour les regards des anges.
Ne m'ouvrez |>as ainsi votre cœur à demi. Je crois en Dieu, berger, et j'étais leur ami!
LK PATRE
Vous voulez doue, monsieur, que je vous le raconte?
Dieu sait si je vous mens, et pourtant j'en ai iionte.
Vous direz : « C'est un l'ève! » et je ne dormais pas.
Un jour, près des tombeaux j'avais porté mes pas;
Pour ces trois chers défunts j'avais dit mes prières,
Fait trois signes de croix, et baisé leurs trois pierres ;
Puis, les yeux par mes pleurs encor tout obscurcis,
Non loin, au bord du lac, pensif, j'étais assis.
Aucun vent n'en frôlait la surface limpide ;
L'eau profonde y dormait, transparente et sans ride ;
Et je laissais mes veux, qui regardaient sans voir, y.
Avec distraction tlotter sur ce miroir. J '
r>a cime des glaciers avec ses neiges blanches,
La grotte et ses tombeaux, les chênes et leurs branches,
Et le dôme serein d'un pan de firmament,
Tout s'y réfléchissait, clair, dans l'éloignement.
Soudain l'onde immobile, où mon regard se plonge,
S'illumine; et je vois, comme l'on voit en songe,
Deux figures sortir du ciel resplendissant,
Aux cimes du glacier descendre en s'embrassant,
Et, comme deux oiseaux dont l'aile est éclairée, S'abattre sur la grotte et planer à l'entrée. Ebloui des clartés que l'eau semblait darder, Sans haleine, j'osais à peine regarder; Mais l'image dans l'eau s'éclairant à mesure., Je reconnus, monsieur, l'une et l'autre figure.
MOI
Et c'était...?
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Jocelyn ! et Laurence avec lui!
Si j'avais pu marcher, je me serais enfui; Mais je restai cloué de terreur à ma place, . Et mes yeux, malgré moi, les voyaient dans la glace, Vêtus d'air et de jour au lieu de vêtements. Se tenant par la main ainsi que deux amants ; Sur l'herbe qui frémit leurs pieds joints s'arrêtèrent, Et de là, sans parler, leurs regai^ds se portèrent Sur les sites, les eaux, les arbres du beau lieu,' Comme quand on arrive, ou qu'on va dire adieu ; Tour à tour l'un à l'autre ils se montraient du geste Du temps de leurs amours, hélas! le peu qui reste, Â*^- *" Les plantes, les rochers, les chênes éclaircis, La mousse au bord du lac où l'on s'était assis, La source extravasée et les nids d'hirondelles, Et la plume par terre arrachée à leurs ailes ; Puis ils se regardaient, souriant, elle et lui. Comme quelqu'un qui voit son idée en autrui; Et Laurence, abaissant une main jusqu'aux herbes, Des mille fleurs des prés cueillait de grosses gerbes,