‹ JocelynChapitre 22 sur 24 · EPILOGUE ^i · texte numérisé non relu

EPILOGUE ^i

Lorsqii' après cette fin, que je iiavais pu voir, J'eus accompli pour lui le (unèljre devoir, De tout ce qu'il laissait'me faisant ma famille. Je voulus emmener Marthe, la pauvre fille! Elle me répondit, en me montrant du doigt L'arbuste enraciné dans les fentes du toit : « A ces murs, comme lui, ma vie a pris racines; On me laissera bien vieillir sous ces ruines. Ou'est-ce qui soignerait le chien abandonné ? On m'y rapportera le pain que j'ai donné! » Je sifflai vainement le chien du pauvre prêtre : 11 s'émut à kl voix de l'ami de son maître; Mais, flairant fe sentier qui menait au cercueil, Sans faire un pas plus loin, il me suivit^de l'œil; Les oiseaux affranchis revinrent à leur cage; Et je n'emportai rien, de son cher héritage, Que son saiht crucifix de buis et de laiton. Ces feuillets déchirés, sa Bible et son bâton.

Depuis ce jour, au mois où l'on cou])e les seigles.

Je monte tous les ans la montagne des Aigles,

Et, de mon pauvre ami le récit à la main, ^

De la grotte, en lisant, je refais le chemin; sj^

Du drame de ses jours j'explore le théâtre, ^

Et j'y trouve souvent son vieil ami le pâtre,

Qui, laissant ruminer à l'ombre son troupeau,

Rêve des deux amants, assis sur leur tombeau;

Car, malgré le mystère et malgré la distance,

Jocelyn dort aussi près du corps de Laurence.

Lorsque dans la montagne on sut, par mes discours,

fit/ cf— a^u*.„^^~J^

3i6 JOCELYN

Le secret divulgué de ces saintes amours,

Ses pauvres paroissiens, par pitié pour son âme,

Rapportèrent sa cendre au tombeau de la dame; 'fliv j

Et, depuis sept printemps, ils sont couchés tous trois \it*''\::

Aux lieux qu'ils ont aimés, et sous la même croix. ^

Souvent, des jours entiers, j'y rêve ou j'y médite;

Car on aime ce sol qu'une dépouille habite,

Comme on aimo à s'asseoir sur le banc de gazon,

Où, lorsque le soleil a quitté 1 horizon,

La brume du couchant, que l'heure en paix déplie,

Vous enveloppe d'ombre et de mélancolie,

Mais où le rayon mort, qui voile sa splendeur.

Laisse longtemps sur 1 herbe un reste de tiédeur!

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