PARIS
CHARLES GOSSEUN ET FURNE , ÉDIVEURS.
M DCGC axxvi.
&mme €p0qm.
Oh ! que t'avais-je fait , éternelle justice ,
Pour mériter si jeune un si rare supplice ?
Cet amour comme un piège à mon cœur préparé ,
Sans toi , sans tes desseins , Taurais^i-je rencontré ?
N'en avais-je pas fui , tout brûlant et tout jeune ,
Le péril inconnu dans la veille et le jeûne;
Pour sauver mon cœur chaste et garder mon œil pur
Entre le monde et moi mis l'épaisseur d'un mur ?
Est-ce moi qui l'ai fait s'écrouler sur ma tête ?
Et quand pour m'abriter au nid de la tempête
J'allais m'ensevelir dans le creux du rocher,
Seigneur, est-ce elle ou vous que j'y venais chercher ?
Est-ce moi qui , prenant cette enfant inconnue ,
La portais , l'enfermais avec moi dans la nue ,
Et par mon ignorance et son déguisement ,
Me créais le péril d'un double sentiment?
Est-ce moi qui , couvant de nos deux coeurs la flamme ,
Nous fis pendant deux ans vivre d'une seule ame ,
Pour qu'en nous séparant tout à coup sans pitié , Chacun des deux y de l'autre emportât la moitié?
Si c'est Dieu (}ui Fa fait y pourqum mxH Cfxii l'expie ? L'innocent à sesi yeux pAyé-4'4 pour l'impie ? Ou plutôt est^ doiic dans ke9 sàcréd desseins Que ceux qu'il a choisi» îenllflRi pour dea saints ^ Avant de brûler f homme à ses bûchers subKmes , Les premiers sur l'autel lui sel-vent de victimes ?
Ah ! je me soumettrais sah» miimliii*e à ta loi , Dieu jaloux ! si du fer tu n'égoi^ids que moi ^ J'ai voulu y j'ai lente ton cruel tninîMièi^ , Je saurai jusqu'au sang le subir et me taine ! Mais elle ! . ^ . mais cet ailge à peine descendu , Pauvre ange , prii^ «il piège à l'homme S«u) tejidu 9 Tendre enfant ^ p^tr toi-nléme à mon sem confiée j Que par mon amour même , ô Dieu ^ iai^rifiée, Proscrite de ces bras ouverts pour la porter, Elle aille eajetombant à-mes pieds se beuMer,
Trahiisr d^s 1^ laiigiieiirs.d'un éternel veuvage
Du froAt qu'épie adora Tineffaçable image !
Ou porter, jeune et morte ^ atoibras d'un autre époux ,
D'un coe^ur tout calciné les pr&oëes dégoûts !...
M'accuser à jamais du froiâ qui la dévore
lit blasphémer son Dieu par le nom qu'elle adore !
Ah ! c'est plus qu'un mortel ne pouvait accepter^
Ce qu'au prix du ciel i^éme il faU^ait racheter,
Ce que j'açbèf erais de ma vie éternelle ,
De l'immortalité que je tnaudis sans eHe ! . . . -
O Laurence ! ô pitié ^ reviens , parddnne-mdi !
Je t'imiviolaiâ à Dieu , mcm seul Dieu c^était toi !
Je ne puisais qu'en toi cette force suprême
Qui m'élevait de terre au-dessus de toi-même ,
Qui me faisait troirver, pour mieux té pi*otéger,
Tout sawifieefoihk et tout fardeau léger.
Je me croyais unDieu!.,. non^ jé'û'éta^ qu'ujd homme.
Je maiidis nion tiûôûiphe avant qu'il êe Consommé !
Je me repens cent fois de n\a £ausse vertu !
Ah ! s'il est temps encor, Laurence ^ m'entends-tu ?
Je me jette à tes pieds , je t'ouvre pour la vie
Ces bras où sur mon sein tu retombes ravie,
Oui 9 ces bras dont l'étreinte , ô ma fille ! ô ma sœur !
Vont en se refermant te sceller sur mon cœur !
Oh ! tu m'entends ! oh ! viens , oh ! viens vivante ou morte
Dans notre ciel à nous viens que je te remporte !
Renversons le rocher; courons , n'écoutons pas
Ce qui gronde là-haut y ce qui maudit en bas ;
N'entendons pas ces voix mentant à la nature :
L'oracle est dans le cœur de chaque créature,
L'irrésistible voix qui convie au bonheur ;
C'est mieux que la vertu , l'innocence et l'honneur ;
C'est le cri du ciel même entendu sur la terre !
Aimons-nous , ô ma vie ! Allons dans le mystère
Cacher à l'œil humain d'ineffables amours
Qui n'auront d'autre fin que celle de nos jours ,
De notre double vie épuisons les déhees ;
Quand la mort dans nos dents vient briser les calices ,
Qui sait quel est le sage ou quel est l'insensé ,
De celui qui l'a bu tel que Dieu Fa versé ,
Ou qui la refusant à sa soif assouvie
Au songe de la mort sacrifia sa vie ?
Ce ddute existât-il je voudrais l'encourir.
Une vie avec toi, puis à jamais mourir !
Une vie avec toi , puis l'enfer et ses flammes !
Une vie avec toi , puis la mort à nos âmes !
Car cette horrible vie est un enfer sans toi !
Le néant étemel y commence pour moi !
Oui , c'en est fait , je-fiiis , je t'arrache à ce monde ,
Je te rapporte au ciel
( On entend la cloche de la chapelle qnl sonne Poffice du soir et appelle les jeunes prêtres aux stalles. )
Airain sacré qui gronde !
Cri d'en haut qui m'appelle aux marches de ma croix , Ah ! mon cœur égaré se retrouve à ta voix.
lo JOCELXN.
Comme des ailes d'ange en mon c)e} balailoées
Tu chasses de mon frqnt 91610 hoat^Uies pc^aiées !
Tu refoules le crime avec le dés^pm* .
Dans ce sein qui remià dut ateens dil devoir !
De mes propres ^Ang^ls il semble que tu pleures ,
Sympathique ÎMtilimtnit de ces fixantes demeures
Que de poidià d'un cooui^ kiupd ri'afr-tu pas soulevé !
Combien d'aines en peitie à tes glas ont rêvé !
Combien de boha élans t d'ardeur sanctifiées
Les anges à tes icdna n'onrt-ils pais èonfiéei !
Que de pesans soupirs ^ de l'ombre du saint lieu ,
N'ont-ils pas remonté sur tes ailes à Dieu !
Et combien n'as-tu pas des saintes agonies
Sonné pour la vertu les angoisses finies ;
Tu chantes aux mortels Taube et le soir des jours ,
Tu sais combien du temps les longs momens sont courts ,
Combien C6 qi^ç lavieeinporte.i^ur son aile
Est sai^s çoiiipara|i#Qn avec Ffa^ure éternelle !
Encore un peu d'ej^U > e^icQre i|n peu de fiel ,
O mon ame , et tes jours sonnercmt dans le ciel !
Marchons en attendant , marchons tête baissée , Comme un homme écrasé du poids de sa pensée ! Au Dieu consolateur allons la confier.
Ah ! lorsque Tun pour Tautre on peut encor prier Au vaste sein de Dieu dont Famour nous rassemble ^ Se rencontrer en lui, n'est-ce pas être ensemble?-
De sa oellole à Grenoble , l^ Mai 4797.
Pour retremper mon ame au feu des saints parvis , Chez ces hommes de Dieu , depuis deux ans je vis ; Mais l'aspect de leur paix , de leur béatitude , Ne peut de mon esprit dompter l'inquiétude ,
SIXIEME EPOQUE. i3
Que le fardeau des jours semble léger pour eux ! Comme à tous leurs devoirs portant un front heureusç , On sent que sans effort leur cœur vierge se sèvre !
Le sourire du juste est toujoi^rs sur leur lèvre ;
Jamais rien de leur sein ne soulève un soupir,
Âh ! si comme eux , mon cœur, tu pouvais t'asiK>upir ! Si l'apparition du passé qui se lève Pouvait de mon regard s'efifacer niémc en rêve ! Si Fombre de ces murs pouvait me la cacher !
Mais sur mes pas toujours elle semble marcher; Mais sous chaque lambris , imds sous chaque colonne , Je la vois qui descend, qui monte, qui rayonne, Et si pour échapper au fantôme adoré
Je veux fermer les yeux; dans l'ame il est entré !
O sommets de montagne ! air pur ! flot de lumière ! Vent soiiore des bois, vagues de la bruyère ! Onde calme des lacs , flots poudreux des torrens , Où l'extase égarait mes yeux, mes sens errans , Où d'un bras convulsif , au lieu de ces froids marbres , J'embrassais, en pleurant, les racines des afbres,
i4 ÎOCELYN.
Et me cfiUant au 90I comme pour écouter,
Je croyais sur mon cœur sentir Dieu palpiter !
Désert retentissant des bruits de Id nat^p^'^
Que mon ame à Tétroit , dihs cette enceinte obscure ,
Pleurant son magnifique et premier hcwiason ,
Brise d'ardens soupirs les mui^s de sa prison !
Il me semble, ô mon Dieu, que ce toit qui m'écrase
Rend plus lourde la vie et comprime l'extase !
Que je respirerais plus Ubremafit ailleurs ,
Que le vent sécherait Tâcreté de ines pleurs ,
Et que Tair m'aiderait , cx)mme il aide les aigles ,
A m'élever à Dieu, mieux que ces froides règles !
Ces hommes sont heureux cependant sous ces lois ; Us suivent sans détours leur route ; ah 4 je ie iSFOi» , H n'ont pas inspiré l'air de fèu des tetnpêtes , L'ombre dé ces arceiaux couvrit toujours leurs têtes , De Dieu seul, de sa loi , leur souvenlir e^t plein ; Ils n'ont point à cowrer un fo3f>er dans leur sein ,
SIXIÈME ÉPOQUE. i5
A luer leur pensée, à tromper, à sourire En cachant dans leur main l'aspic qui la déchire ; Leur jour n'a ]ias une ombre et leur cœur pas un pli ; Maismoi, Seigneur, mais moi?. .. Afen Dieu, Toubli, l'oubli 1
Mène maison, 25 $||îUet 4797.
Ah ! fe me doutais bien qiie la feusse apparence Aurait jusqu'au tomb^afiltemi Hot^e innocence , Qu'on B« croirait jfttnaià (|ù'eli i|h même séjour Deux cœun dass4e désert, couvant deux ans Tamour,
i6 JOCELYN.
Se fussent conservés purs , seuls j sans autre garde Que Tœil toujours présent du Dieu qui les. regarde ; Ce soupçon est écrit pour moi sur tous les £ponts y Leur sainte charité m'épargne te$ afiironts ; Mais malgré la^douceur que leur parole affecte On voit qu'à leur vertu ma présence est suspecte , Qu'on me craint, qu'on m'évite , et que je suis pour eux Un objet de dégoût, comme un pauvre lépreux.
Paitout où je parais j'étends ma solitude ; Seul aux pieds des autels , aux repas, à l'étude , Dans les délassemens du soir plus seul encor. Dès que mon pas résonne au bout d'un corridor La conversation cesse et tout front est sombre , On se range , on s'écarte , on fait place à mon ombre ; Chacun devant mes yeux détourne un œil gkcé , Et le bruit ne reprend qu'après que j'ai passé ; Et moi, baissant la tête , et sans un cœur qui m'aime , Je passe en m'effaçant tout honteux de moi-même , Oh ! qu'un regard ami: pourtant m'eut fait de bien ! Peut-être aussi mon cœur a-t-il voilé le mien ?
Peut-être que la flamme en mon sein amortie A dévoré d'un Jet toute ma sympathie ?
Et que mOn œil de marbre incapable d'aimer Éteint tout sentiment qui voudrait s'allumer ?
Août 179T, Grenoble.
L'évêque enfin m'a dit : J'abrège votre épreuve , Mon fils ; de serviteurs ma pauvre église est veuve ; La vieillesse , le glaive ou l'infidélité , Des pasteurs de mon peuple, hélas ! ont limité