‹ Jocelyn: Épisode. Journal trouvé chez un curé de village (volume 2)Chapitre 7 sur 30 · SUITE DES LETTRES A SA SOEUR · texte numérisé non relu

SUITE DES LETTRES A SA SOEUR

5 Mai ITfiS.

Voulez-voiis maiatenanty ô mes anges, savoir Comment je fais toucher le matin <et le soir, Et par quelle insensible et monotone chaîne Le jour s'unit au jour et forme la semaine?

SIXIEME EPOQUE. 4i

Âb ! chaque heure le s^t quand eUe s'accomplit :

La cloche avant le jour m'arrache de mon lit ;

Je croîs entendre au soii de sa voix balancée

L'ange qui du sommeil appelle ma pensée

Et lui donne à porter son fardeau pour le jour ^

Je convoque à Tautd les msôsons d'alentour ;

Des vieillards , des enfans , quelques pieuses femmes ^

Ceux qui sentent de Dieu plus de soif dans leurs araes

D'un cercle rétréd m'entourent à genoux j.

Le Dieu des humbles fois descend du ciel sur nous ;

Combien la sainte aurore et ses voûtes divines

£ntendent de soupirs s'échapper des poitrines

Et d'aspirations de ttrre s'élancer ;

Et com^n il est doux , ô ma sœur, dépenser

Que tous ces poids du cœur que cette heure soulève

Sur ses propres soupirs au ciel <^ les élève ,

Qu'à chacun à leur piaoe on rappcnrie un ttint don ,

Grâce I miséricorde 9 aiQpur, paix .ou pardon ;

Que l'on est l'encensoir oit tout cet gncens brûle Et la corbeille pleine où le .pain qui circule ,

Symbole familier du céleste aliment , Va nourrir tout ce peuple avec un pur froment ; Du maître en peu de mots j'exfïlique la parole y Ce peuple du sillon aime la parabole, Poème évangéltque, où chaque vérité Se fait image et chair pour sa simplicité; Lorsque j'ai célébré le pieux sacrifice J'enseigne les enfans , et me fais leur nourrice , Et donne goutte à goutte à leurs lèvres le lait D'une instruction ample et tendra et qui leur pUiit. Je rentre ; et du matin la tâche terminée , A ma table , de fruits et de lait couronnée, Je m'assieds un moment, comme le voyageur Qui s'arrête à moitié du jour et reprend cœur ; Le reste du soleil dans mes champs je le passe ,. A ces travaux du corps dont l'esprit se délasse : A fendre «vec la bêche un sol dur; à semer L'orge qu'un court été pressera de germer ; A faucher mon pré^mùr pour ma blonde génisse ; A délier k gerbe afin qu'elle jaunisse ;

A faire à ^lujue plantie à son heure pleuvoir En insensible ondée un pesant arrosoir ; Csff de l'homme à la fois cette terre réclatoe , La sueur de son front et la sueur de Tame ?

Le soir, quand chaque couple est rentré du travail , Quand le berger rassemble et compte son bétail , Mon bréviaire à la main je vais de porte en porte , Au hasard et sans but cdonme le pied me porte , M'arrêtent plus ou moins un peu sur diaque seuil , A la femme , aux enfens, disant un mot d'accueil; Partout portant lui peu de baume à la souârance , Aux corps quelque remède , aux âmes l'espérance, Un secret au malade, aux par tans un adieu , Un sourire à chacun , à tous un mot de Dieu.

Ai]^ passe le jour sans trop peser sur l'heure ; Mais quand je ren^e seul dans mca pauvre demeure , « Que ma pcM^te est fermée et que la longue nuit Excédé dans ma tempe a ^pk tomba* tout bruit , Ah ! ma sœur! c'est alors que mon aine blessée Sent son mal, et retourne ensaighant sa^penséej^

44 JOGELYN-

Comme on retourne en vain le fiévreux dans son lit ; Cest alors qu'une image ou l'autre m'astailtit , ' Que vous m*à|pparai98ezy vous , ma sœur et ma mère. Avec tout ce qui rend Tabsepce plus amère , Avec vos traits si doux , avec vos douces voix. Vos tendresses , vos mots , vos baisers d'autrefois , Et que de ce passé la présence est si forte Que je vous tends les bras , que mon ame m'emporte Vers vous et dans le sein d'autre fantôme cher, Que je crois les revoir, leur parler, les toucher, Et qu'en ne retrouvant qu'un chevet solitaire Mon cœur comme en tombant s écrase contre terre ;

Alors pour m'arracher par force à ce transport ; Pour desserrer les dents du serpent qui me mord , Le front brûlant , collé sur ma table de chêne , J'attadie mon esprit, comme avec une chaîne , A ces livjpes usés du regard qui les lit , Où le jour de ma lampe en {n éclairant pâlit ; Comme un esprit du doute et de la solitude J'enivre ma raison dé science et d'étude ;

TantDt dans ces débris que l'histoire a larissés

Comme des siècles morts les pas presque effacés ,

Je cherche à retrouver les traces d'une route ,

Ce vain fil qui se brise entre les mains du doute

Ce long dessein de Dieu qui mène les humains ,

Fait de leurs monumens la fange des chemins ,

Dissipe leur empire et leur foi comme un rêve ,

Sur leur pro*pre monceau de débris les élève ,

Et du dogme et du temps qui ne croit plus finir

Ne fait qu'un marche-pied pour l'obscur avenir ;

Mais ce fil dans mes ipains se brouifle à chaque haleine

Dans l'énigme de Dieu dont chaque page est pleine ;

Des choses , des esprits l'étemel mouvement

N'est pour nous que poussière et qu'éblouissenient ;

Le mystère du temps dans l'ombre se consomme ,

Le regard infini n'est pas dans l'œil de l'homme ,

Et devant Dieu caché dan$ sa fatalité

Notre seule science est notre humilité î-

Tantôt las de sonder ces obscures merveilles ^ Je livre au barde saint mon ame et mes oreilles ,

Ifi JOCELYN.

J'écoute avec le cœur ces chœurs mélodieux Qui, se brisant à terre en retombant des cieux.

En soupirs immortels sur la harpe éclatèrent

Et pour diviniser leurs plaintes les chantèrent ; Oh ! de Thumanité ces hpmmes sont la voix ,«

Les mots harmonieux s'ordonnent à leurs choix, Comme au signe de Dieu s'ordonnent ses ouvragés , Et vibrent en musique ou brillent en images; Leurs vers ont des échos cachés dans notre coeur ; Ils versent aux soucis cette molle langueur, Cet opium divin que dans sa soif d'extase Le rêveur orient puise en vain dans son vase ; Mais eux , l'ange des vers leur apporte aux autels Pour s'enivrer de Dieu des rêves imniortels ! Ils versent goutte à goutte en mon amé attendrie ^ Comme un sommeil du ciel , leur tendre Yêverie ; Mon songe, enfant ^es leurs, les suit et quelquefois Comme une voix qui chante entraîne une autre voix.

Ma lèvre s'abreuvant aux flots de leurs ivresses

Se surprend à chanter avec eux ses tristesses.

. tins souvent desséché par mon affliction Je trenipe un peu ma lèvre à Ylnuiation ; Livre obscur et sans nom , humble vase d'argile ^ Mais rempli jusqu'au bord des sucs de l'évangile y Où la sagesse humaine et divine à longs flots Dans le cceur altéré coiient en peu de mots ; Où chaque ame, à sa soif, vient, se penche et s'abreuve Des goutte» de sueur du Christ à son épreuve , Trouve , sdbn le temps , cm la pekie , ou l'effort , Le \mt de la mamelle ou le pain fort du fort ; fit sous la croix où rhcmme lierait le crucifie Dans les larmes du Christ boit sa philosophie !. . . .

Ainsi Usant , priant , écrivant tour à tour, Tantôt le cœur trop plein et débordant d'amour, Tac^t fisippant non sein sans que l'onde en jaillisse, Ne trouv£mÉ qu^ùn^ Ifb au foncVde tout caKce , Puis r^rdant fumer ma lampe ^i pâKt , Cuis toniblEu\t à genoux sur les bords de mon Ut, Mouillant de pleurs mes drapsqu'eninpmes dents je froisse. En sanglots étouffés comprimant mon angoisse ,

Puis quand du coup au cœur tout le sapg a coulé

Relevant vers la Croix un regard consolé,

Ouvrant mes deux volets pour respirer à l'aise

Les brises de la nuit dont la fraîcheur m'apaise ,

Le front pâle et terni d'une moite sueur^

Dans mes veilles sans fin je reisemble, 6 ma sdeur,

A ce Faust enivré des philtres de l'école ,

De la science humaine éblouissant symbole j

Quand dam sa sombre tour, parmi ses instrumens j

On l'entendait causer avec les élémens

Et qu'au lever du jour dans son laboratoire

On ne retrouvait jrfus qu'un peu de cendre noire !

Hélas ! si ce n'était la grâce du SiBigneur

Que retrouverait-on le matin dans mon cœur ?

Oui , c'est Fausty ô ma sœur, mais dans ces nuit^trangos

Au lieu d'esprits tmpur^ , consolé par les aMig'bs 1 *

Oui , c'est Faust, ô nua speur, mais Faust avec un Dieu.

Que de. choses encor ! la cloche sonne, adi^u. * ^

(Un grand nombre de pages manquait iei au manuscrit

f^tptimt époqm.

dfptimr Cpoqur.

Du village de sa naissance , 45JmUell800.

Pressentioieiis secrets ! malhetir s^ti d'avance , Ombre des mauvais jours qui souvent les devance ^ Instincts qui de ma i^re annom3ez4e trépas Je vous croyais trop peu vous ne me trompiez pas !

Dans quel état, ô ciel, mes yeux l'ont retrouvée :

Hélas ! par ma présence un moment soulevée

Sa vie en concentrant trop d'amour dans son cœur

Semble avoir décimé les jours de sa langueur;

De jeunesse et d'amour cette ame encor si pleine

Tarit sous chaque aurore et tremble à chaque haleine,

Elle ne compte plus que soleil à soleil ,

Et lorsque nous baisons ce front pâle au réveil

Je ne puis de long-temps en détacher ma lèvre,

Car je sens qu'il m'échappe et que la mort me sèvre ,

Que le dernier anneau du cœur va se briser

Et ne tient plus peut-être, hélas ! qu'à ce baiser !. . .

Elle a voulu revoir ce ciel de son enfance , Revenir et mourir au lieu de sa naissance ; Paris était pour elle un séjour étranger.

Son exil à ses yeux n'avait fait que changer : Cette ville banale était pour elle amère.

Ah ! la seule patrie est aux yeux d'une mère Aux lieux où kii sourit^ oi^ l'aima solti époux ,

OÙ son doux premier^né grandit sur ses genoux ,

SEPTIEME ÉPOQUE. 5a

Où ces anges gardiens du printemps de la femme Laissèrent en partant leurs rayons dans son ame ! Que ce séjour pourtant a d'angoisse à ses yeux^

Revenir étrai^ère aux champs de ses aïeux y Pauvre et nue au village où son humble opulence Des détresses du pauvre était la providence ! De ceux qu'on reconnaît voir les yeux se baisser, D'autres se détourner de peur de vous blesser, D'autres nouveaux venus, en secouant leurs têtes , D'un air indifférent demander (jui vous êtes ? Louer une chaumière en un coin du hameau Pour respirer un peu de l'air de son berceau,

Jeter iin œil fiirtif de là sur la demeure ' Où l'on naquit, sur l'herbe ou l'arbre qui yous pleure , Craindre qu'on vous impute à crime ce coup d'œil , Se détourner de peur d'en rencontrer le seuil , ^ Et n'avoif pour jardin, f)our abri, poun ombrage, Que la ronce qui traipe aux^st^tievs du vîUage , Ou l'arbre séptilctal , 1^ séc\iiaire orn^eau ' Dont l'ombre que Ton fuit n'appartient qa au tombeau ,

Et qui voit tous lies soirs , M cercueil de faniîHe , S'asseoir un fils avec une mère et n tUe.

Voilà pourtant sa vie et la notre en ce Ueu , Oh ! courage y o mon cœur ! la patrie est en Dieu !

Même lieu , 4« Juillet ISOO.

Qu's^rès avoir pleuré comme mortie ^ la femme A qui, jeune 9 on donBa les prémices de Fam^ , Des bords lointains dû inonde , à son toit revenu, 0& la trouve vivante au bras d un incoïinu ,

SEPTIÈME ÉPOQUE. 5â

Entre rétfWBemeut, la doolèHr et la ym.

Le cœur plein et S6«ré daûs âes krme» $e noie , .

S'interroge soi-mesie,vet frémit de savoir

Lequel est pius aiffre^x de perdre ou de revoir ?

Ainsi y. cette maison que j'avais tant pleurée y

Que je me figurâis des flammes dévorée,

Elle est eucor debout. ** y maïs pour nous repousser,

Ce seuil qui fut à nous nous n'osons le passer,

Et mon cœur déchiré , que ce souvenir tue ,

Ne sait s'il l'aime mieux intacte qu'abattue !

Même lieu, 20 Jiifliet.

Hier,, fatale id^ ! ette conçut l'envie De revoir |M81s 9. pas- Is^scène de sa yie , . La maison, Itrj^din, et d^tout parcourir, D'y revivre un moment fallût-il eu mourir !

56 JOCELY'N.

Ma sœur et moi cédant à tout , par Qpmplai^ance, Du nouveau possesseur ^iàinss Tabsenoe, Et profitant de l'heure, appuyée à nos bras , Jusqu'au seuil de Tenclos nous traînâmes s^ pas. Le concierge attendri par cesdeux voix de femmes Ouvrit f urtivejment la porte et nous entrâmes. Soit confiance en nous ou soit cette pudem* Qu'ainsi que Finnocence inspire le malheur, Cet homme retournant à ses travaux champêtres Du jardin , du logis sembla nous laisser maîtfes , Oh ! que son sentiment soit béni dans son cœur ! Ma mère dont la joue avait repris coulçur, Ma mère dont la force, un moment ranimée , Empruntait de la vie à cette terre aàmée , Parcourant du regard et le ciel et le&lieux , Voyait tout son pm^é remonter sous ses yeux , Le nuage des pleurs qui flottaiefit sur sa vije Laissait à chaque aspect percer son ameénvae. Elle nous entraînait partout d'un pas rêxjgur, Montrait du doigt de loin chaque arbre , chaque fleup^

Voulait s^e» àj^rocher, les toucher, reconnaître S'ils ne frémiraient pas sous Toeu qui les vit naître , Voir de combien de palme avaient grandi leurs troncs , Les comparer de l'œil- comme alors à nos fronts , En froisser uae feuille, en cueillir une branche , Appela par son nom chaque colombe blanche Qui , partant de nos pieds pour voler sur les toits, Rapp€iaient à son cœur nos ramiers d'autrefois. Écouter si le vent dans l'herbe ou la verdure, L'onde dans la rig<Je avaient même murmure, Éprouv^. ^i le mur de la chère maison Renvoyait ausaih;iède au soleil son rayon ; Ou si Tombée du tcât, sur son vert seuil de mousse, Au penchant ^u soleil s'alongeait aussi douce ! C'ét^t à cha<)ue chose une exclamation , Un soupir, puis un mot de résigXMitîon , Puis de sou bras ^n^e une étreinte plus vive Qui trahissait Wlan d'une ame convulsi^.

Enfin de la dfi^eure ouverte, d'un, coup d'œil fit d'un élan rapide elle* franchit le seuil ,

Elle nous entraîna d'un pas invcdontaûrp Dans toute la naaison , eomme en un sanctoatre Qu elle semblait fouler avec recueiUeiaent ,

N osant ni respirer ni faire un mouvement.

Comme si du passé Fimage tendre et sainte Devait au moindre bruit s'enfuir de cette encetnDe. Dans notre toit d'enfant presque rîen de changé, Le tempe si lent pour nou& n'avait rien déiasigé ^ C'était toujours la salle ouvrant sur la^ pelouse / Le réduit qu'ojbscurcit la liane jalouse ^ La chambre maternelle où noqs vîiunes a^i jour^ Celle de notre père , à côté , sur la cour, Ces poteuMes familiers qui de cette humble vie, Sous notre premier toit, semblent foire |)artie , * Que l'on a toujours vus, connus , pjensés", touchés , Cette première cpuche où Dieu nous a couchés, Cette table où servait là mère de faiAlle , Cette chaise où la sœur travaillait à l'aiguille ^ Auprès de la fenêtre en cet enfoncement, Sous ses cheveux épacs, penchait son front charmant.

Sur les murs clabréjttts ces deux vieilles gravures Dont les regards étaéent toujours sur nos figures; Et près du vieux divan que la fleur nuançait L'estrade où de son pied ma mère nous berçait ;

Tout était encor là, tout à la même place , Chacun de no& berceaux avait encor sa trace; Chacun de nous loudiait son meuble favori , ^ Et comme s'il avait compris jetait u» cri.

Mais ma mère entr ouvrant la chambre paltei^neUe Et nous poussant du geste : «A genoux ! notis dit-elle,

« Enfans , voiMr Je Ik où votre pèi'e est mort ! » Puis tombaitt cJle-mème à genoux sur le bord Et des mains embrassant le pilier de la couche Comme nous en pleurant elle y colla sa bouche ; Ses larmes sur le boijs ruisselaient à grands flots

Et la-chambre un moment fut pleine de sanglots

Mais des pieds de chevaux dans la cour résonnèrent , Le marteau retentit et les xîloehes sonnèrent :

A ce bruit tout à coup reprenant no^espirits ,

Et comme des voleurs craignant d'être surpris.

Emportant dans mes bras ma mère évanouie Dont cette émotion venait d'user la vie ; Dérobés au regard par le mur de jasmin , Je regagnai tremblant la porte du chemin Soutenant sur mon cœur ma mère à demi norte ; Et dans le moment même où la secrète porte Se fermait doucement sous la mai|i de ma sœur J'entendis les enfaas du nouveau possesseur^ Sortant de la maison en joyeuse vofée, Courir de haie en haie et d'allée en allée , Et leurs cris de bonheur monter et retentir Sur les pas de la mort qui venait d'çn sortir.

^éme joar, le soir.

O vraie et lamentable imag^ de la vie La joie entre par où la doulenf est sortie !

Le bonheur prèndle lit d'où fuit le désespoir ! A ce qui naît le jour Dieu fait place le soir ;

SEPTIÈME ÉPOQUE. 6i

La coupe de la vie a toujours même dose , Mais une main la prend quand Fautre la dépose, Hâas ! et si notre oeil pouvait parfois sonder Ces coupes de bonheur qui semblent déborder

Ne trouverions-nous pas que chaque joie humaine Des cendres et des pleurs d'un autre est toujours pleine ?

i9 Juillet 1800.

C'en est donc feit, ma mèrcf ! oR ! ^e dernier efibrt De sa vie expi||U|te a bri»é l€a*essor 1 1 O nuit de l'agonie et*de*lÉl délivrante Écris-toi dans mon ame en larmes d'espérance !

G'i JOCELYN.

Je veillais, en priant , seul, au bord de son lit, L'étoile du matin parut , elle me dit : « Courage , mon enfant, je sens que je vous «(uitte ; « De ses derniers élans mon cœur l^our vous palpite , <( Avant que cette étoile ait pâli dansi^^jf^Hir <K Je vous embrasserai de l'étemel s^our !

« Oh ! réjouissez-vous , les vrais jours vont m'éclgre , « Pourtant sur cette terre embrassons-nous encore , « Va réveiller ta sœur !... non , je te le défend-, <f Écoute , dans son sein elle porte un enfant , « Cette heure d'agonie est à voir trop cruelle , a II faut la lui sauver pour son fruit et poi^r elle ! « Il faut laisser ce voile entre elle et le trépas , <c Et moi) dernier baiser tuJe lui donneras!

« Tu sais quels saints devoirs ce grand moment réclame, « Accomplis-les , mon fils ,' je. te livre mon ame ! ce Ya , tu n'es plus pour moi que le^prétre de Dieu. » Oh 1 béni soit'celui q/Êi du suprême adi^u M'adoucit à ce point l'heurer toujours amène

Et fait ouvrir le ciel par le fils à la mère!

Vous ep fûtes témoins , anges du Dieu vivant ! Ah ! si mon faible cœur se révolta souvent , Si , trouvant le joug lourd et le devoir aubère, Je traînai coihvie u^ poids mon sacré caractère , De tout ce qu'ici-bas j^avcûs sacrifié Ah ! par de seul moment je me sentis payé , Puisque Dieu permettait qu^ par oe sacrifice Cette rilort pour ma mère adoucit son calice !

J'allumai ces flaiybeaux de la dernière nuit , Doublelmage du jour qui commence et qui fuit ; Dans le vase caché de l'humble Eucharistie Des mouran^ à sa voix; j'Allai puiser l'hostie ; Et penché sur son ^nt , de ma tremblante main , Tout mouille de mes p^urs je lui rompis le pain ; La splendeur de sa fei rayonnait dans la chambre ; Du chwme des mourans je touchai ébaque içembre. Ce front an mes bnsers voulaieiit suivre mes doigts , Ces flancs qui sur son cdeur m'avaient oouvé neuf mois ; Ces bras qi^i n^'entouffant» tout petit , de tendresse M'avaient fait tsmt de fois un berceau de caresse ;

64 JOCELYNi

Ces pieds , qui les prehiiers frayèrent mon chemin f

Dont toute trace allait disparaître demain !

Absorbée et présente à chaque grand symbole , Quand tout fut aocompli , reprenant la parole :

— <c Jocelyn , me dit-elle , encore, encore un don ! »

— «Et lequel, ô ma mère?» — «CHi! mon fil%fon pardon ! <c Non le pardon de Dieu qui sur moi surabonde,

« Mais le pardon du fils que je laisse en ce monde?

ce De ton amour pour nous pauvre jeune mai^r,

ce Une mère jamais n'aurait dû consentir

« A te laisser tenter ton dévoûment sublime !

« Ta vie est un désert , ton cœur est un abîme

(f Que tu ne peux combler qu'à force de veiitu !

« C'est moi qui l'ai creusé, dis, me pardennes-tu ? »

Je collai sur ses mains mes lèvres en silence.

-- « Oh ! que ma douce mort te soit ta récompense !

« Je t'ai fermé le moncte et c'est toi dont la main

« Du ciel ouvert par toi m'aplanit te chemin !

« Je vais t'y prépaver, dit-elle , ùng demeure

« Plus durable , à mon tour, ô mon fils , et meilleure !

SEP.TIEME ÉPOQUE. 6

« Ici le cœur tarit, les longs bonheurs sont courts, « Ton àme a sa^àtfie où l'on sème toujours ! ^ Puis se^itt que la mort affaissait sbs paupières : — « RéciterHioi ^mon fils , ces divin^ prières « Qutde l'ame fid^e accçwpagnent l'essor « Aftn qu'en expirant elle bénisse encor. »

J'obéis; sôjiis mes pleurs je lui lus, dans ses Heures,

La tristesse de Famé à ses dernières heures ;

Ses lèpres /dont Taccent paraissait s'assoupir,

Murmuraient tes répons:^de ce pieux soujjar, . Comme l'écho lointain d'une voix affaiblie Qui s'éloigne et déjàVéçÔrid de l'autre vie ; ^ Tout à coup au refrain jfe ne l'entendis plus , Elle achevais au ciel les chaïUfi^intQiTompys , Le livre Réchappa ife mes ^ains quis'q^vjHrënt Et l'hymne de la mort.-,^.. mes sanglots le finirent !

l**^ Août 1800, la nuit, lui cimetière prè»

da tombeao de sa mère.

O nuit ! ô couvre-moi de ta noire épaisseur ; , Demain I... quoi, c'est demain que j emmène im sœur ? Demain j'aurai qUilifcé pour jamais cette terre , Ce sépulcre où mon ame entre auprès de ma mère ?

Ah ! sur ce lit d'argile au sa4iépouille dort N'ayant entre elle et inei que ce riddiu^e mo^t y Cotte couche de cendre, hélas \%\ peu profondet» Qu'un cœur soulèva^ait €t qui séjpare un monde !

Nuit qui'deviènt mon Jdui^ laisse-moi me coucher Pi*ès du sol reijpiûé d'hier et l<f toucher ! IVFenivrer de tristesse ainsi que d une joie, Écouter ce qu'au co^r de là-basrDieu m'envme , Et la boucUfe collée au sol mystérieux Le pétrir de mes mains , Farrojer <fe mes yeux !... ^

Béni so&rtu mon'cœfkr et toi, ma foi divine, De me^parler.ai haiit, si fort dans là poitrine ! En ce moment où l'jpil ne voit que le trép^ ,

Que serai9-je, gçand Dieu ! si vous »e parliez pas^ ? Si de mon seul instinct l'infeillible ypérance Ne me répondait pas^e tout n'est qu'appavçnee , Qu'un peu d'argile ^ci sur l'afrgilefeté •

N'ensevelit pas l'amê et rimjnortalité ?

Que la vie , un moment détournée en sa couràe ,

Ne s'anéantît pas en montawt à M kMirce/; t

Ainsi que le rayon qui s'enfuît de^nos^éûx

Ne s'éteine p«fi tà-bâut en remontant aux dfeux !

Non ! tu TîSy ttt m'entends , tu me çéponds , tu m'ainies ^

Nos places ont clumgé, nos rapports sont les m^es !

Ame qui fus ma mère, ok ! park^, pavie^moi,

Ma conversation estatl del avec tm !

Seulement icirbas , séparés par l'absence , * '

Nos oMirs qui se cherchaient souffraient de la distance ,

Tu m'^iterids maintenant de partout , ton regard

Ne connaît plus'ni lieu , ni retour, ni départ,

Ton amour ne tient plus dans ce doux Qiaeur de femme ,

Mais comme une aitmospfaère eilveloppeipon aïhe!...

* Aussi §ur ce gaîon mouillé de mes regrets

Si je viens dans la iifeit 1|^ pleuirer'de fl\às pfès

Ce n'est pas que mon cœur rêve qjie cejtte ceindre

Se réchau^flfe à mon^outïle et pidMSe mieux m'entendrë ,

Non, c eltTaveugle irtstincï de la tendre douleur

Qui mène à noïre insuies pjiéds où va le cœur.

SEPTIÈî^È ÉPOQUE. 69

Et dans'rijllusion qu^.le rogret eitikbrasse Nous fait chercha encor le pas ou fut la trace.

Oh ! coules^ î ob ! c^wlez ! mm cœur, .i^pauche-tôi !

O terre^ bois jsies plieurs! «ces i||le^s p'esl; encor moi ! O sol de moB berceau <que ne {>ui;s^je te r^dr^ Ce porps pétrè de toi ? que x» ^\4^lci:répsjaidre

Toute Kft»wie^n eau rde me^ yeux épuisés ?

Bestituerces pleiirs^^ù jejbs ai|>uiâés^ Comme ierfUet d'eau qui lassé lie sa Apirse Tarit et renlreeîi té^e à ^im p^ de sa';$èurce.

%àK.! sotis.j:oii T^ardide teiidre.sa«tntei:4^ Non, tu ne ^ava|M|ias !'}e*«eit'/EÛ jajaétiâs'^i^

(C'est qp^and i«i lajpçr du qu -on sait i^ommeat «m ^me,) — Non je ne savais>p9^,,'je ne^Hirai jamais De quelle ame de fils ,»ô mère^ je t'aimais !

70 ïOÇELtN.

L'aimer, mais pourTaimer étais-je un autpe qu'elle ? N'étais-je pas nourri dû suc de si mamelle , Éclos de son amour, réchauffé dans^on flanc, La moelle de ses os , le plus pur de son sang ? - L'air qu'elle respirait dans sa chaste poitrine

Ne fut-il pas neuf mois celui de ma narine ?

De son cœur près du mien le imoindre battement

Ne m'iospirait-il pas le.^^e sentiment ? ^^

Mon corps n'étjadt-il pas tout son corps , etinon.ame

Un foyer emprunté qu'allume une autre flamme ?

De cette ame du ciel chaque vibration ,

En nie communiquant la nuéme impulsion , >

N'imprimait-eDe p^Jk/na jeune pei^sée La même impression en m#i recommencée ,, Coolme un son dans les sons- imp Ame un même accord , "* Ou tomme un flot du flot Reçoit le pli du bord ! Cette pensée, ainsi de la sienne venue , Est-ce une ame qui naît ? une qui continue ?

SEPTIÉakïf;, jÉPOQUE. 71

Et plus tard ^ ^uaïui bercé , grandi sur tes genoux , Mon fareille s'ouvrait à tes acqens si doux , Que du mouche et du ciel l'obscure intelligence

A travers tcm sourii:e éclairait mon enfayce ^ Que tes. saintes leçons façonnaient ma raison , Que le bord de ta robe était mon horizon ^ Et que .tc^te moa aaife , attentive à la tienne , N'était due la lueur d'une ^tre dans la mienne ^ O mère qu^pouvait démêler d'un regard Cette existence à deux , faire à chacun sa part ^ Distinguer toi de moi dans cette ame commune ^ Restituer en doux ce qui sentait en une , jbans nos doijbles claires voir laquelle avait lui ; Et, sans mentir au ciel^.dîre : c'est elle ou'lui ?

Aussi qu'étais-je ici que ta vivante image ?

Ton œa semblait avoir façonné mon visage ?

iOCMAJH,.

Jeune y dans la maison, on ne distii^uait pas

Le timbre de nos voix ni le bruit de nos pas ;

Par le frémissement de efaaque même idée î ^

Dans le même ihoipent notre ama ét^itlUée ;

Le même sentiment battait dans nos deux i^^ors ;

Si tu devais pleurer mes yeux malaient des pteuVs ;

S'il passait sur môû frottt quelque fraîche pensée *

D'un sourire aVaD't thôî ta lèvre était plîssée.

Un en deux, toi le tronc ^ ïifioi le tendre raméau^^

Toi la voix , mdi le son , toi la sôuVce et tnoir«ati !

Union si profonde et àî fôi^è d|JS àm€K5 > .

Que Dieu seul peut de l'oeBén démêlefr lies tranfies,

Que lui seul peut saVoir, en sondant nos deux dcears ,

Si c'est toi qui sjurvis ou si c'e^^ttoi qui meurs. ^

Meurs? oh ! non, car je crois ! meurs ? oh ! non, car tu vis ! Ma mère, oh ! dans ta riiôrt je ^ûis eticpr ton fils ! • Dans l'éternel boiihdur où la Vertu \!Afi^^e .

Un ciel remplirait-il une ai^ie maternelle?

Non : si Dieu lui donnjgdt le ciel sans son eiiiant Son cœuf demanderait son fils ou le néant j Oh ! je crois au ilSadt j^utôt qu'à ton absence ! Sur la foi de mon coeur je marche en ta présence , Je sens ce cœur brûlant sous ta main s'apaiser^ Mon front baissé frémit comme sous ton baiser.

ff

Ah ! de tout ce qui s'aime et de tout ce qui prie

La présence est en Dieu , car Dieu c'est leur patrie !-^p^

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