AVERTISSEMENT
DE LA PRRMIÈIÎR ÉDITIOX
Les annonces insérées dans quelques journaux m'ol)ligent à dire un mot au lecteur. Ces annonces ont |)n lui donner une fausse idée de cet ouvrage. Ce n'est point un poème, c'est un éj)isode.
Ces pages, trop nombreuses peut-être, ne sont cependant que des pages détachées d'une œuvre poétique qui a été la pensée de ma jeunesse, et qui serait celle de mon âge mùr, si Dieu me donnait les années et le génie nécessaires pour la réaliser. ]Vous sentons tous, par instinct comme par raisonnement, que le tenq)S des épopées héroïques est passé. (Test la forme ])oéti(pie de renfance des ])en|)les, alors que, la criti(pi<' u existant pas cucoi-c, il \ a confusion entre l'histoire et la fable, entre 1 imagination et la vérité, et que les poètes sont les chronicjueurs merveilleux des nations. Aloi's aussi les peuples, tjui, ponr naître et pour grandir, ont besoin de la tutelle dos grands hommes el des héros, attachent naturellement leur intérêt et leur reconnaissance à ces puissantes individualités qui les ont affrancliis ou civilisés. Ils con-
(V AVEUTISSEM^NT
sacrent leurs inéinoii'es dans les elianls populaires, qui, en s'écrivant, deviennent })lus tard des poèmes, et l'épopée est individuelle et hérokpie.
Alais plus tard , mais aujourd hui, les individualités dis[)araisseiit, ou elles agissent avec toute leur vérité dans le drame de l'histoire. C est là qu'on va les chercher. Le mouvement des choses est si rapide, ce drame de l'histoire appelle tant de personnages sur la scène, la critique everce sur toutes ces figures du temps une si scrupuleuse sagacité, que le ])restige de l'imagination est hientôt détruit, et qu'il ne reste aux grands hommes que le prestige de leur puissance ou de leur génie ; celui de la poésie ne leur appartient plus. D'ailleurs, l'œil humain s'est élargi })ar l'effet même d'une civilisation plus haute et plus large, par l'influence des institutions qui appellent le concours d'un j)lus grand nomhre ou de tous à l'œuvre sociale, par des religions et des philosophies qui ont enseigné à l'homme qu'il n'était qu'une partie imperceptible d'une immense et solidaire unité, que l'œuvre de son ])erfectionnement était une amvre collective et éternelle. Les hommes ne s'intéressent plus tant aux individualités, ils les preiuient ])Our ce qu'elles sont : des moyens ou des obstacles dans l'œuvre commune. L'intérêt du genre humain s'attache au genre humain lui-même. La poésie redevient sacrée ])ar la vérité, comme elle le l'ut jadis par la fable; elle redevient religieuse par la raison, et populaire par la [)hilosophie. L'épopée n'est plus nationale ni héroupie, elle est bien })lus, elle est humanitaire.
AVERÏISSEMEXT v
Pénétre' de hoiiuc licui-c et pai' instiiirt de cette transioriiKitioii de la poésie, aimant ii écrire cej^eudant dans cette langne accentnée dn vers qni donne dn son et de la conlenr à l'idc'e. et (jni vihre (jnel- (jues joui's tle pins que la lan^ne \nli,Mire dans la nienioii'e (\c<, honnncs. je clici'cliai cpiel ('tait le sn|<'t épique appropi'ié à l'époque, auv mœurs, à l'avenir, qui pernu't au poète d'être à la fois local et universel, d'être merveilleux et d'être vrai, d'être innnense et d'être un. Ce sujet, il s'offrait de lui-même, il n'y en a pas deux : c'est I humanité, c'est la destinée de l'homme, ce sont les phases que l'esprit humain doit parcourir pour arriver à ses fins par les voies de Dieu. y
Mais ce sujet si vaste, et dont chaque poète, chaque siècle peut-être, ne peuvent écrire qu'une page, il fallait lui trouver sa forme, son drame, ses tyi)es individuels. C'est ce que je tentai. Si jamais je l'achève, ou si, avant de mourir, je puis du moins en éliaucher un assez grand nomhre de fragments pour que le dessin en a])paraissc dans sa variété et dans son unité, on jugera s'il y avait un germe de vie dans cette pensée, et d'autres poètes j)lus puissants et })lus complets viendront et la féconderont après moi.
L'ouvrage est immense, .l'en ai exécuté plusieurs parties à diverses époques de ma vie: mécontent de quelques-unes, je les ai jetées an feu. d'autres sont conservées, d'autres n'attendent pour éclore que du loisir et de l'inspiration. Les distractions de la pensée, les voyages, la politiqne. le hruit d('<. événements extérieurs, m'ont souvent interronq)U et m'in-