VI AVERTISSEMENT
terromproiit sans doute encore. On ne doit donner à ces œuvres de complaisance de l'iioagniation que les lieures laissées lii)i'es par les devoirs delà fauiille, de la patrie et du teni[)S; ce sont les voluptés de la pensée; il ne faut pas en faire le pain quotidien d'une vie d'homme. Le poète n'est pas tout l'homme, comme l'imagination et la sensibilité ne sont pas l'ame tout entière. Ouest-ce qu'un homme qui, à la lin de sa vie, n'aurait fait (pie cadencer ses rêves poétiques, pendant que ses contemporains combattaient, avec toutes les armes, le grand combat de la patrie ou de la civilisation.^ pendant que tout le monde moral se remuait autour de lui dans le terrible enfantement des idées ou des choses? Ce serait une espèce de baladin propre à divertir les hommes sérieux, et qu'on aurait du renvoyer avec les bagages parmi les musiciens de l'armée. — Il y a, quoi qu'on dise, une grande impuissance ou un grand égoïsme dans cet isolement contenq)latif que l'on conseille aux honnncs de pensée dans les temps de labeur ou de luttes. La pensée et l'action peuvent seules se compléter l'une l'autre. C'est là l'homme. Quoi qu'il en soit, j'ai choisi, parmi les diverses scènes de mon drame épique d(^'à exécutées, une des scènes les })]us locales et les })lus contemporaines, pour la donner aujourd'hui au public, et pour interroger son jugenicnt sur un genre de poésie que je n'avais pas encore soumis à sa critique. C'est un fragment d'épopée intime; c'est le tvpe chrétien à notre époque; c'est le curé de village, le prêtre évangélique, une des j)!us touchantes
AVERTISSEMENT vu
figures de nos rivllisatioiis modernes. Je n'ai eu
qu'à y coudre uu prologue et un épilogue, pour faire
de cet épisode une espèce de petit })oème a\ant son
commencement et sa (in.
Le lecteur se tronipci*ait s'il voyait dans ce sujet
autre chose que sa partie p()('ti({ue. Il n'y a là ni
intention cachée, ni s\stème, ni controverse pour
ou contre telle ou telle foi religieuse ; il n'y a que le
sentiment moral et religieuv pris à cette régiou où
' tout ce qui s'élève à Dieu se rencontre et se réunit,
et non à celle où les spécialités, les systèmes et les
controverses divisent les cœurs et les intelligences.
Or cet é|)isode ne m'est ])oint venu par hasard / . . • • •
^ en pensée ; ce n est i)onit une nivention , c est
prescjue un récit. Il y a, dit le poète, toujours
quelque chose de vrai dans ce qu'on invente. Ici,
/ presque tout fut vrai; la langue seule est feinte. Que
le lecteur suhstitue mon nom à celui du hotaniste,
et il sera bien près d'une aventure toute réelle, dout
le poète, ami de Jocelyn, n'a été que l'historien.
Cette aventure est bien simple, et le style bien dis-
i tinct de l'atmosphère d'idées qui nous envelo[)pe
aujourd'hui. Cela ne s'adresse qu'à des imaginations
très jeunes. Cela doit être lu comme cela fut écrit.
C'est un rêve d'un cœur de seize ans.
Si le public accueille avec intérêt et bienveillance
ce fragment, j'en publierai d'autres successivement.
S'il le laisse tomber et mourir, je n'en continuerai
pas moins à travailler en silence à ce monument que
je voudrais laisser, même inachevé, après moi. Mais
je n'en produirai plus rien; et je me bornerai à