NOUVEL ÉPILOGUE
MOI
Quoi ! vous seriez...?
LF, PATRE.
C'est moi qui leur moutrai la route De la grotte, et deux ans les cachai sous sa voûte; C'est moi qui les nourris, elle et lui, do nion pain. Tenez, voyez là-haut, au-dessus du sapin. A droite, un peu plus bas (pie cette aiguille hhmche : Vous suivrez le ravin comblé par l'avalauche; Par une gorge étroite, après, vous descendrez Jusqu'aux rives du lac, bordé de petits prés; Et là, ])i*ès (le la grève oii son ('cume flotte. Vous verrez trois tombeaux à deux pas d'une grotte.
Trois tombeaux? Le récit ne [)arl<' (pie de deux Le proscrit et Laurence.
LE PATRE
Et h'ur ami près d'eux.
Quoi! Jocelyn ici? Vous vous trompez.
LE PATIU:.
Liu-mèrae.
Il repose en ces lieux auprès de ce qu'il aime.
Instruite, on ne sait trop comment, des grands secrets, Quand Marthe eut tout trahi par des mots indiscrets. Ses ])auvres paroissiens, ])ar pitié pour son âme, Ra])j)ortèrent son corps au tombeau de la dame; Et depuis deux saisons ils sont couchés tous trois Aux lieux cpi'ils ont aimés, et sous la même croix.
Ah ! vers ces trois tombeaux, berger, menez-moi vite ! J'aime à fouler le sol que sa dépouille habite. Comme on aime à s'asseoir sur le bloc attiédi Où le rayon du jour à peine est refroidi. Allons! le jour encore éclaire la montagne,
Li: PATRE.
?s'attendez pas, monsieur, que je vous accompagne; Pour la dernière lois j'ai foulé ces sommets. Allez-y seul; mes pieds n'y monteront jamais!
MOI
Avez-vous donc, berger, peur de ce coin de terre?
LK PATRE
Il se passe, monsieur, là-liaul (juchpu- mystère Que l'homme encor pécheur profane en regardant : C'est comme un Dieu caché dans un buisson ardent.
MOI
Qu'avez-vous vu? Parlez!
NOUVEL ÉPILOGUE iii
Oli ! (les cliosps étranges Et faites seulement pour les regards des anges.
Ne m'ouvrez pas ainsi votre cœur à demi. Je crois en Dieu, berger, et j'étais leur ami!
LH PATRi:.
Vous voulez dour, monsieur, que je vous le raconte?
Dieu sait si je vous jnens, et poui'tant j'en ai honte.
Vous direz : < (Vest un rêve! " et je ne dormais pas.
Un jour, près des tombeaux j'avais porté mes pas;
Pour ces trois cliers défunts j'avais dit mes prières,
Fait trois signes de croix, et baisé leurs trois pierres;
Puis, les yeux par mes pleurs encor tout obscurcis,
Non loin, au bord du lac, pensif, j'étais assis.
Aucun vent n'en frôlait la surface limpide;
L'eau profonde y dormait, transparente et sans ride;
Et je laissais mes yeux, qui regardaient sans voir,
Avec distraction flotter sur ce miroir.
La cime des glaciers avec ses neiges blanches,
La grotte et ses tombeaux, les chênes et leurs branches,
Et le dôme serein d'un pan de firmament,
Tout s'y réfléchissait, clair, dans l'éloignement.
Soudain l'onde immobile, où mon regard se })longe,
S'illumine; et je vois, comme l'on voit en songe,
Deux figures sortir du ciel resplendissant.
Aux cimes du glacier descendre en s'embrassant,
Î2 2 lOCELYN
Et, comme doux oiseaux dont l'aile est éclairée, S'abattre sur la grotte et })laiier à l'entrée. Ebloui des clartés que l'eau semblait darder, Sans haleine, j'osais à ])eine regarder; Mais l'image dans l'eau s'éclairant à mesure, Je reconnus, monsieur, l'une et l'autre figure.
MOI
Et c'était...?