I.E PATRF
Jocelyn! et Laurence avec lui!
Si j'avais pu marcher, je me serais enlui ; Mais je restai cloué de terreur à ma place. Et mes yeux, malgré moi, les voyaient dans la glace. Vêtus d'air et de jour au lieu de vêtements. Se tenant par la main ainsi que deux amants ; Sur l'herbe qui frémit leurs pieds joints s'arrêtèrent, Et de là, sans parler, leurs regards se portèrent Sur les sites, les eaux, les arbres du beau lieu. Comme ({uand on arrive, ou qu'on va dire adieu; Tour à tour l'aii à l'autre^ ils se montraient du geste Du tenq)s de leurs amours, hélas! le pen qui reste, Les j)lantes, les rochers, les chênes éclaircis, La mousse au bord du lac où l'on s'était assis, La source extravasée et les nids d'hirondelles, Et la plume i)ar terre arrachée à leurs ailes; Puis ils se regardaient, souriant, elle et lui. Comme quelqu'un qui voit st)n idée en autrui; Et Laurence, abaissant une nuiin jusqu'aux herbes, Des mille fleurs des prés cueillait de grosses gerbes,
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Feuille ;i feuille, an liasacd. miaiieait leurs couleurs,
Et (le la tète aux |)ie(ls se l'evrtait de Heurs,
(loiiiiiie une aui'oi'e au ciel se l'evèt de la nue;
Et lamaut embaume s'euivrait de sa vue.
Et, comme j)oui' venir assister à leurs jeux.
Tout ce (juils a|)|)elaient ressuscitait i)()ur eux;
Et les plantes croissaient à leur seule pensée,
Et la hiclie accourait lécher leur main baissée,
Et le chien an soleil se courbait à leurs |)ieds,
Et les pigeons enfuis de leurs nids, ellrayés,
Par Laurence nommés revenaient d'un coup d'aile
Becqueter son épaule et planei- autour d'elle.
Et puis je vis venir d'en haut, monter d'en bas,
Honnnes, femmes, enfants. (|ne je ne connus pas,
A ces noces du ciel foule (pie Dieu convie.
Venant pour retracer et bénir luie \'u\
Jocelyn, lui du moins, tous les reconnaissait,
Car j)ar son nom mortel chacun le bénissait.
Et deux anges de Dieu sur l'herbe descendirent;
Sur le couple béni leurs ailes s'étendirent;
Et ces ailes formaient comme un grand d(^nie bleu
Pour oml)rager leurs fronts d'un invisible feu;
Et j'entendis les voix d un million de génies
Se répandre sur l'onde en vagues d'iiarmonies :
Et pendant cpi'ils chantaient, les anges du Seigneni-
Aux doigts des deux amants rougissant de bonheur
Passaient le double anneau des noces éternelles.
Et sur leurs fronts baissés, ouvrant un peu leurs ailes,
Laissaient percei* du ciel un rayon de l'amour :
Et mes veux, foudroxés de ce céleste ioui*,
Virent les deiiv amants iic former qu'un seul être Où l'un ne pouvait })lus de l'autre se connaître, Et dans un lumineux évanouissement Fondre comme une étoile au jour du firmament, Et comme, pour mieux voir, je détournais la tête, Tout le lac frissonna du vol de la tempête. Et roula dans ses bruits, avec solennité : < Laurence! Jocelyn! amour! éternité! »