PRÉFACE XVII
purilanisme, et l’éclatant triomphe du drame musical fut trop universel pour ne pas être définihf.
Quant à l’aversion très sincère de Brahms pour la musique de théâtre, elle s'explique par son tempérament. J'en trouve la raison dans un trait frappant de sa nature d'homme. Ses intimes assurent que ce célibataire obsiiné ne fut un ascète qu'en musique. Mais, particularité frappante, non seulement 11 n'éprouva jamais un véritable amour ,mais on ne lur connaît pas un seul attachement sérieux. L’aversion, ou plutôt la crainte de Brahms devant la femme et devant l'opéra sont deux phénomènes parallèles et presque 1dentiques. Ils proviennent de sa crainte de la vie pleine et entrère, avec ses luttes et ses périls, avec Ses joies et ses souffrances. Un mot de lui rapporté par son am intime, le célèbre critique viennors Hanslick, qui représente un peu le Pmistin classique, nous donne la clef de sa nature,et nous éclaire sur ses lacunes. Hanslick lui ayant demandé, un jour, pourquoi 1l ne s'était pas marié, Brahms répondit : « Il en est du mariage comme des opéras. Sr j'avais une fors composé un opéra, qu'il réussit ou non, je ne penseras plus qu'à en composer un autre. Mans je n'ai pu me décider ni à un premier opéra ni à un premier mariage.» Sage prudence, si l’on veut, mais aussi limite fâcheuse pour l'homme comme pour l'artiste, qui confina Brahms dans le rêve et dans l’abstrachon. |
Pourquoi donc l’école de Vienne, dont Hanslick fut l’oracle, n’a-t-elle plus pour nous qu'un intérêt Mmstorique et rétrospectif, tandis que la vraie jeunesse de tous les pays s’est tournée vers Wagner comme vers un pionnier de l'avenir, debout sur la brèche des vieux remparts écroulés et brandissant l’oriflamme de la victoire ? C’est que l’école de Vienne étant, vis-à-vis de l’art vivant et complet, l'école de l’absti-
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nence. Elle disait à ses adeptes : « Si vous voulez rester purs, n'allez pas au théâtre oütout est danger souillure et corruption. 4 Contentez-vous de chanter les vieilles chansons, de composer pieusement d'irréprochables oratorios et d’agencer des svmphonies classiques à quatre compartiments. Vous resterez
ainsi les fidèles de notre chapelle et les élus du grand art.
Vous serez dignes enfin des trois B. Or les trois B, ce sont
Bach, Beethoven — el Brahms. »
En face de ce groupe timide et grincheux, en pleine opposion avec l’école de l’abstinence, Wagner représentait l’étreinte de la vie au nom de l’idéal. Le verbe vivant de son œuvre, Semblait dire au monde entier : « Pour couronner l'effort des siècles, pour assigner un but aux élans de la musique, aux rêves de la poésie, aux labeurs de la pensée, 1l reste une œuvre à faire : rendre au théâtre sa puissance et sa digmité, en faire le sanctuaire de la vie la plus v1ntense, des songes les plus audacieux, de la pensée la plus haute — et par là le centre rayonnant de l'art. Ayez tous assez de for pour oublier vos mesquines querelles, vos pauvres personnalités et vous fondre avec toutes vos forces dans l’œuvre d'art unique, vivante el souveraine —el VOUS aurez, COMME MO1, le pouvoir de désensorceler le lieu maudit, de le purifier et d'en faire le temple de l'Esprit vainqueur, révélé par les souffrances et les luttes de l’homme. » Et voilà pourquot la jeunesse ardente de toutes les nahons s’est levée à la parole de Wagner et s’est élancée sur ses traces. Qu'aujourd hur, de sages esprits nous avertissent qu'il serait dangereux de vow dans les poèmes et dans la musique de ce colosse le dernier mot de l’art, qu'il serait néfaste de limiter, qu’il y a place à côté de lui pour une école française, italienne, espagnole et scandinave, qu'au delà de son œuvre, tous les horizons s'ouvrent inchangés, éternels et infinis — rien de plus juste