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V. Progrès de la réputation de Brahms

Exécutions de ses ceuvres en France et en Belgique.

De la période où furent composés le Concerto (op. 77) pour violon, dédié à Joachim,et la Sonate (op. 78) pour pianoet violon, à la dernière heure du grand maître, qui sonna le 3 avril 1897, la production, loin de s'affaiblir, ne fit que grandir. On verra, par les catalogues insérés à la fin de cette biographie,quels beaux chefs-d'œuvre furent créés par lui,., de Topus 79 {Deux Rapsodies pour piano, dédiées à Elisabeth de Herzogenberg, 1880), au chant du Cygne, les Quatre chants graves (op. 121) pour voix de basses, avec accompagnement de piano.

En France, à partir de Tannée 1890 surtout, les œuvres de J. Brahms commencèrent à se répandre, très modestement, il est vrai, mais cependant avec une certaine suite, qui laissait prévoir leur pleine éclosion en un avenir peu éloigné. Au Conservatoire de Paris, grâce à Jules Garcin,. chef de la Société des Concerts, les symphonies sont présentées aux abonnés, qui leur réservent, il est vrai, un accueil peu chaleureux. Parmi les sociétés chorales, VEtiterpe est la première à révéler en son entier le beau Requiem allemand, dont Pasdeloup n'avait donné qu'une exécution imparfaite.Non contente d'avoir fait connaître de son mieux cette superbe page, elle inscrit sur ses programmes nombre de compositions non moins remarquables.

M. Charles lyamoureux suivit le mouvement, mais avec

une certaine lenteur. Quant à M. Edouard Colonne, il ne fit exécuter le plus souvent, au début, que les fameuses Danses hongroises ^ qui ne peuvent mettre en évidence le ■caractère grandiose de la musique de Brahms. Ce n'est que depuis les années 1899 et 1900 qu'il a commencé à révéler à ses auditeurs le Concerto pour violon au Châtelet, et la musique de chambre au « Nouveau Théâtre», (i) Puis viennent les sociétés particulières de quatuors, qui trouvent un aliment nouveau dans la superbe floraison de ses compositions de musique de chambre. Il faut citer en première ligne le quatuor A. Parent, I^ammers, Denayer et Baretti, auquel prêta son concours Mlle Boutet de Monvel. M. Armand Parent, dont le jeu procède de la belle école d'Ysaye, inculqua à ses partenaires sa passion pour l'œuvre •de Brahms, et, depuis plusieurs années, il ne s'est pas passé de saison musicale sans qu'une composition du maître de Hambourg fût inscrite au programme de ses séances. Ce que le « Quatuor Joachim » entreprit en Allemagne pour la divulgation de l'œuvre de Brahms, le « Quatuor Parent » Ta exécuté en France.

Sans chercher à noter exactement les auditions qui en ont été données à Paris ou en France, on s'attachera à signaler les plus importantes, en cette dernière partie de la biographie du maître. Sous l'impulsion de Jules Garcin, le très consciencieux et savant chef d'orchestre de la « Société des Concerts », le Conservatoire ouvrit le feu, le 12 janvier 1890, avec la 4® Symphonie en mi mineur, A la suite de cette audition, Charles Darcours, dans le Figaro,

(i) Le dimanche 26 janvier 1902, M. Ed. Colonne faisait exécuter poîiJ' la première fois au Châtelet une Symphonie de Brahms, celle en lU mineur ! En la saison 1902-1903, il a donné les quatre symphonies avec le plus grand succès.

traçait du grand symphoniste un portrait peu ressemblant. Il avançait que Brahms était « un musicien habile^ tempéré, ni gai ni triste, qui flirte volontiers avec Mendelssohn, mais qui ne s'aventure qu'incidemment avec les audacieux, et semble plutôt préoccupé de plaire que d'émouvoir! » Or, pour qui a lu ses œuvres et les a approfondies, Brahms est un musicien dont les tendances se rapprochent de la dernière manière de Beethoven et qui s'éloignent de T école de Mendelssohn. Sa note est austère, parfois même d'une rudesse de nature à dérouter ceux qui l' étudient superficiellement. Il a peut-être, plus que Schumann, fait revivre dans ses symphonies, dans sa musique de chambre, les grandes traditions Beethoveniennes ; mais il a su garder son ^ individualité par son invention mélodique et rythmique, par son harmonie, qui donnent à ses œuvres, depuis celles conçues dans la prime jeunesse jusqu'à celles produites dans l'âge mûr, un caractère si personnel. Si, dans quelques pages, il se rapproche d'un maître moderne, ce serait bien davantage de Robert Schumann que de Mendelssohn. « Mendelssohn — écrit I/éonce Mesnard, en sa belle et savante étude sur Brahms — reste étranger, lui, à cette question d'origine et de relations directes ; y engager son nom tiendait du paradoxe. » Et il ajoute : 4f II est bien vrai que, dans le finale du troisième Quatuor pour piano et cordes de Brahms, des connaisseurs raffinés ont pu signaler quelques points de contact avec les d'eux compositeurs. Mais, à regarder de près, ne sont-ce point là de ces jeux de physionomie qui dénotent moins une conformité véritable d'expression qu'une sorte de fausse ressemblance. » Rien n'est plus- exact, et il serait facile d'indiquer la différence très sensible qui existe entre l'orchestration de Brahms et celle de Mendelssohn. Chez le maître de Ham-

bourg, on constate la largeur du style, une sonorité presque toujours grave, l'emploi de l'unisson et des motifs populaires avec un rare bonheur, l'ingéniosité dans les rythmes, dans les modulations, des accents d'émotion pénétrante, triste — et, il faut bien le remarquer, l'absence du trait, qui existe d'une façon si caractéristique chez Mendelssohn. L'orchestration a pris sur lui un tel empire que, dans nombre de ses œuvres de musique de chambre, on sent qu'elles réclament pour ainsi dire le concours de Torchestre. Tout en respectant les traditions classiques, 1 Brahms a introduit dans ses compositions des effets harmoniques si nouveaux,qu'on peut le classer parmi les audacieux. Il n'y a pas jusqu'aux accompagnements de ses Lieder qui, tout en se tenant rapprochés de cetix imaginés par Robert Schumann, ne s'écartent des sentiers battus. Au-dessous du texte habilement traduit, il a placé une maquette musicale d'une ingéniosité et d'une liberté d'allure qui est l'antipode des simples et primitifs efforts de F. Schubert. Plaire au public ! il ne l'a jamais cherché, |ni dans sa vie privée ni dans ses œuvres. Brahms possédait JQM plus haut degré le sentiment de son art ; il n'a jamais su faire de concessions à la foule ; la banalité lui fit toujours horreur. On pourrait citer tels actes de sa vie qui dénotent chez lui des tendances très marquées et peutêtre même très exagérées pour la retraite absolue. Rester sous sa tente et n'en même pas sortir pour accueillir ceux qui venaient à lui et l'admiraient, telle fut toujours sa manière d'être.

ly' extrait d'une lettre que nous adressait, de Barr, le 7 octobre 1890, notre ami Edouard Schuré, donne bien l'impression de cette sauvagerie.

« Après Oberammergau, nous sommes allés à Gar-

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