‹ Johannès Brahms, sa vie et son œuvreChapitre 18 sur 50 · I.A VIK · texte numérisé non relu

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misch, où nous avons trouvé Mme de Pausinger et sa famille. L'excellente dame nous a fait dîner dans les montagnes, au bord d'un lac charmant. Elle m'a donné pour vous — réjouissez-vous et versez un pleur d'attendrissement — une lettreautographe de JOHANN ES BRAHMS/ Je la trimbale dans mon portefeuille depuis un mois, sans même l'avoir lue — on reste toujours barbare par un côté — mais vous l'aurez, mon cher ; Mme de Pausinger m'a assuré qu'elle avait écrit trois fois à Brahms, en le priant de répondre à l'envoi de votre livre, sans pouvoir obtenir de lui un mot de réponse. Quel drôle de pachyderme que C3t ours de génie ! »

Voici cette belle page éplorée, mais remplie de consolation pour les humbles et les souffrants : le Requiem allemand y sur lequel nous insisterons dans le chapitre II. Il fut révélé à Paris par Jules Pasdeloup à ses « Concerts populaires » ; mais l'exécution en fut si imparfaite, qu'il ne fut pas compris et passa inaperçu. La Société chorale « UEuterpe » est la première qui le fit entendre en des conditions meilleures, à la chapelle du château de Versailles, le 24 mars 1891. Bien que les chœurs Jfussent en nombre restreint, et que l'orchestre, auquel avait été adjoint le grand orgue pour remplacer les vents, fût réduit au double quatuor, cette page, une des plus nobles inspirations de l'artiste, put être mieux appréciée. Plus tard, deux ans après la mort du maître, « UEuterpe » devait donner, au cirque d'Été, une exécution de cette splendide composition, avec une masse chorale imposante, soutenue par l'orchestre au complet ; nous la relaterons à sa date. Léonce Mesnard, qui entreprit avec sa sagacité habituelle une fine analyse du Requiem allemandy écrivait les lignes suivantes : « Au lieu d'une nouvelle interprétation musicale du sombre office

catholique, c'est comme un harmonieux rituel formé d'élévations consolantes et de méditations chrétiennes sur ce triple sujet, la Vie, la Mort, TEtemîté. I^çs chants qui se transmettent ce thème et ses variantes avec un recueillement grave, mais nullement uniforme, paraîtront, en général, appartenir au genre tempéré, si on les compare à ces alternatives, à ces ripostes du pour et du contre soutenues à outrance par Berlioz et par Verdi. »

Il est à remarquer que la Première Symphonie en ut (op. 68) est celle qui fut connue la dernière en France. On s'explique difficilement cette anomalie ; car elle est bien la digne sœur des trois autres symphonies.

Dans les années i8gi et 1892, la « Société des Concerts » donne la Deuxième symphonie en ré majeur (op. 73), dont le début rappelle la prédilection de Brahms pour le cor (20 décembre 1891) — la Société « VEuterpe », le Chant du destin et les Poèmes d'amour (7 mai 1892), et les Concerts Lamoureux, la Deuxième Symphonie (23 octobre 1892).

Un cas de décentralisation à noter est l'exécution du superbe Concerto pour violon et violoncelle (op. 102), au concert donné le 11 décembre 1892 par 1' « Association artistique d'Angers ». Vextrême difficulté de l'œuvre, qui a toujours un peu effrayé les artistes, n'empêcha pas les intelligents Directeurs de l'Association d'inscrire à leur programme une composition qu'ils considéraient à juste titre comme une des plus merveilleuses pages de la musique moderne. La tentative était audacieuse : elle fut couronnée de succès, grâce à l'excellente direction de l'orchestre par M. Paul Frémaux, et à l'interprétation intelligente de l'œuvre par les detix solistes MM. Lemaître et Léon Reuland. Le bel article de M. Louis de Romain, inséré dans le

numéro d' « Angers-artiste », en date du 17 décembre 1892, se terminait par les lignes suivantes :

« Cette musique n'est pas de celles dont on saisit immédiatement toutes les nuances et tout le charme.Une audition ne saurait suffire, non qu elle manque de clarté, mais en raison même des trésors qui s'y trouvent accumulés. On a l'impression d'une grande chose, dont on ne saisit pas tous les détails. Ceux qui n'admettent pas l'efficacité d'im certain travail d'esprit,en présence d'une oeuvre d'art, n'y trouveront que peu de jouissance; les autres, s'inclinant devant la nécessité de réfléchir en écoutant, verront s'ouvrir un horizon plein de merveilles. »

M. Charles Lamoureux tient la corde en l'année 1893, et on relève, à ses concerts du Cirque d'Eté, les exécutions de la Troisième Symphonie en fa majeur (5 février 1893), VOuverture de fête (5 mars) et la Seconde Symphonie en ré majeur (17 décembre). L'effort avait été grand ; car, pendant les années suivantes, on ne trouve plus que rarement les œuvres de Johannès Brahms inscrites à ses programmes. M. Chevillard a toutefois repris les bonnes traditions en faisant exécuter les deux beaux Concertos pour piano par M. ly. Diémer, et plusieurs symphonies.

Nous avons déjà indiqué que, de tous les quartettistes les plus en vue à Paris, M. Armand Parent fut le premier qui tenta d'acclimater en France l'œuvre du maître. Du jour où il lit ses compositions, il en devient l'admirateur passionné, et il ne se passe pas d'années, depuis la fondation de son quatuor, remontant à l'année 1892, sans que les compositions du msatre soient exécutées dans une ou plusieurs de ses séances de la salle Pleyel. Il s'adjoint des artistes de mérite : Mlle Boutet de Monvel,MM. Lammers,

Denayer, Baretti. I^'élément vocal n'est pas exclu de ces très intéressantes séances. Cest ainsi qu'à côté des trois Sonates pour piano et violon, des deux Sonates pour piano et violoncelle, des quatuors à cordes, du quintette avec piano et cordes, du quintette avec clarinette, des trios y des superbes sextuors à cordes, etc., on entendit les plus beaux Lieder,

Parmi les artistes qui comprirent également, au début,la grandeur des œuvres de Brahms, il faut citer le grand violoniste Léonard, qui s'évertua à les faire connaître à Bruxelles et à Paris ; Maurin, le fondateur de la Société de quatuors de Beethoven, puis Philipp, l'intelligent pianiste, et son ami Delaborde, qui dédia à Brahms un Morceau romantique pour piano et orchestre d'instruments à cordes ; d'autres encore dont les noms viendront sous notre plume dans le cours de cette biographie.

Dans les numéros des 3 et 10 mars 1894, la « Revue bleue » donnait les « Souvenirs d'un critique musical viennois ». Ce critique n'est autre qu'Edouard Hanslick, le savant professeur d'esthétique et d'histoire de la musique à l'Université de Vienne, le chroniqueur remarquable de la Neue freie Presse , l'auteur de la belle étude « Du beau dans la musique », qui fut traduite en plusieurs langues. On doit attacher d'autant plus ^eprix aux réflexions d'Edouard Hanslick, qu'il fut de forf bonne heure le plus intime ami de Johannès Brahms. Vivant dans la même ville, appelé à juger ses œuvres, il reconnut vite en lui un musicien de premier ordre. Mais ce fut surtout sa grande modestie et son horreur pour la réclame qui l'amenèrent à con-

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