‹ Johannès Brahms, sa vie et son œuvreChapitre 23 sur 50 · SES PARENTS · texte numérisé non relu

SES PARENTS

En Allemagne, plnsîeurs études ont été faites, qui ont servi à faire mieux connaître celui qui, de son vivant, avait tenu à cacher sa vie. Parmi elles, on signalera celles de H. Deiters (1880), avec traduction française de Mme H. Frisch-Estrangin, de B. Vogd, de t,. Kohler, de Spitta, d'Albert Dietrich, de Widmann, d'Heinrich Reimann (1898) Nous puiserons, dans les unes et les autres, quelques renseignements qui ne figurent pas encore dans notre travail.

Le célèbre violoniste Edouard Remenyi (Hoffmann) avait, à la fin de Tannée 1852 ou au début de 1853, fait la connaissance, à Hambourg, de Johannès Brahms, qui était alors âgé de dix-neuf ans. Frappé par la beauté des premières oeuvres que lui révéla le jeune musicien, le violoniste hongrois se prit d'enthousiasme pour lui, et ils commencèrent ensemble une tournée de concerts qui les amena bientôt à Weîmar. En sa qualité de Hongrois, et de Hongrois compromis dans la révolution de 1848, ce qui T avait d'abord forcé de se réfugier en Amérique, Remenyi avait ses entrées auprès de Liszt. Il se rendit donc à Altenburg, mais sans trouver lyiszt ; celui-ci vint, peu de temps après, lui rendre sa visite à Thôtel où il était descendu avec Brahms. I^es premiers compliments échangés, je suppose, dit I/iszt, que vous

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n'avez pas grand argent. — Et Remenyi de répondre qu'en effet il en était presque dénué. — « Eh bien, vous viendrez à Altenburg et vous habiterez avec moi ; j'ai de la place pour deux. » — « Mais, maître je ne suis pas seuL » — Vous avez peut-être un domestique ? — Oh non, j'ai un génie — Un quoi ? riposte Liszt. Solennellement Remenyi reprend : Un génie ! — Puis il lui fait le portrait du jeune Johannès Brahms de Hambourg, qu'il considère comme le plus grand compositeur ayant paru depuis la mort de Bee* thoven.

— « Et votre génie est aussi sans argent ?

— « Absolument comme moi, maître.

— « Eh bien, amenez votre génie à Altenburg, et nous verrons. »

Liszt racontait de façon plaisante cette entrevue, te soir même à dîner, et la princesse de Wittgenstein riait de bon cœur de l'affirmation solennelle donnée par Remenyi du génie de Brahms.

Une autre anecdote, non moins amusante, a trait à cette première entrevue de F. Liszt avec Johannès Brahms^ Partis de Hambourg, Remenyi et Brahms avaient voyagé toute la nuit, dans une voiture de troisième classe, pour se rendre à Wehnar . En route, ils avaient pris, l'un et l'autre^ fort peu de nourriture ; aussi arrivèrent-As très fatigués au terme de leur voyage Liszt voulut examiner de suite les œuvres que lui apportait le jeune musicien : un Trio pour piano et cordes, une Sonate pour piano et violon, un Scherzo pour piano. Cette lecture lui fit concevoir de grandes espérances pour l'avenir de Brahms ; aussi, voulant lui montrer en quelle estime il le tenait, le grand virtuose lui joua une Sonate qu'il venait d'écrire. Liszt mit tous ses soins à l'interprétation de son œuvre ; mais lorsque, dans

ua des passages les plus expressifs, il se retourna pour voir l'impression que son auditeur en ressentait, il s'aperçut avec stupéfaction qu'il était profondément endormi. Le pauvre Brahms, harassé par la nuit passée blanche, accablé aussi par la chaleur de l'après-midi, n'avait pu vaincre le sommeil qui l'avait envahi. L'enthousiasme de Liszt s'en refroidit quelque peu ; mais il avait l'âme trop noble et l'intelligence trop ouverte pour garder un long temps rancune à Brahms d'une faiblesse bien excusable et indépendante de sa volonté.

\ Dès le début de Tapparition des compositions du jeune ; maître de Hambourg, tout le monde, même en Allemagne, ; n'eut pas, comme Liszt et Schumann, l'intuition de son ,' génie.

Dans une tournée de concerls que Remenyi et Brahms firent en Hanovre, ils jouèrent en présence du roi Georges, grand amateur de musique. Avant la séance, Remenyi avait annoncé au prince que Brahms était déjà un maître de premier ordre : « A parler de génie — lui dit le roi — après l'audition des œuvres de Brahms, — Remenyi oui, Brahms non !» Et les affirmations de Remenyi ne purent le convaincre. Trente ans plus tard, le célèbre violoniste hongrois vint rendre visite au vieux roi, devenu aveugle et exilé à Paris. Lorsque Remenyi eut joué et qu'on eut réveillé les souvenirs de l'ancien temps, le roi Georges lui annonça qu'il avait une confession à lui faire. Rappelant la conversation qu'ils avaient eue autrefois au palais de Hanovre, il ajouta : « Vous aviez raison, et c'est moi qui avais mal jugé Brahms ; il eut un grand génie. »

Hans de Bùlow ne fut point un admirateur de la première heure. Après l'article élogieux paiu sur Johannès Brahms dans le journal de Robert Schumann, de Bùlow

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écrivait à Liszt : » Mozart-Brahms ou Schubert-Brahms ne trouble pas mon sommeil. J'attends qu'il se manifeste. « Mais^ quelques semaines plus tard, le 4 janvier 1854, à l'occasion d'un concert que de Bùlow avait donné à Hanovre, il envoyait les lignes suivantes à sa mère : » J'ai appris à connaître Johannès Brahms, le jeune protégé de Robert Schumann ; il a passé par ici deux jours avec nous. C'est une simple et charmante nature, et son talent est certainement un don de Dieu. » Deux mois plus tard, dans une soirée donnée par Mme Adélie Peronî-Glasbrenner, le grand pianiste jouait le premier morceau de la Sonate en ut majeur de Brahms.

Nous avons dit quelle affection Brahms eut toujours pour les siens. Dans sa collection si importante et si précieuse d'autographes, M. Fr. N. Mansekopf, de Francfort, possède une lettre adressée par l'illustre compositeur à ses parents, indiquant bien les excellentes relations qu'il entretenait avec eux. En voici la traduction :

« Chers Parents,

« J'ai eu hier une grande joie : mon concert s'est très bien passé, beaucoup mieux que je ne l'espérais.

« Après l'exécution du « Quatuor », accueilli avec une grande bienveillance, j'ai eu un succès extraordinaire comme pianiste. Chaque numéro a été chaleureusement applaudi; il y avait, je crois, assez d'enthousiasme dans la salle.

« Sans nul doute, je pourrais organiser d'excellents concerts ; mais je n'en ai nulle envie, car cela me prend trop de mon temps, et je ne pourrais alors rien faire d'autre.

« En ce concert, je dois avoir couvert mes frais, bien

que 1& satte ctmtint nombre d'invités munis de billets de faveur.

« J'ai joué avec la même liberté d'esprit que si j'étais, dans un cercle d'amis ; le public d'ici était, à vrai dire, bien autrement enthousiaste que le nôtre. Si vous aviez pu seulement juger de son attention, de son silence et entendre également ces applaudissements !

« Je tiens à vous dire que M. Bagge a bien été le' seul à émettre une opinion aussi tranchante sur mon * Quatuor « ; les autres critiques m'ont au contraire beaucoup louai^é. Je suis donc très satisfait d'avoir donné ce concert.

« Vous êtes sans doute délivrés maintenant de vos hôtes ; peut-être trouveiez-vous alors une minute pour m'écrire,

* Communiquez cette lettre à M. Marxsen; dites-lui aussi que Bosendorfer ne pourrait pas envoyer de piano avant le nouvel an ; ses instruments sont trop demandés pour les concerts. Doîs-je m' occuper d'en trouver un autre nour lui ? En ce cas, j'attends des ordres.

;rês malheureux,en son récent concert,.

de la critique ; les journaux l'ont ter-

^a, je pense, ^écutée dimanche pro-

:ert d'hier, j'ai voulu faire conn^tre npositiou, d'où pour moi mille courses 'est une des raisons principales qui r le calme.

avez dû avoir réunion et punch aux ai ? Ecrivez-moi qudques détails à ce- >u générale, écrivez-moL

« Les éditeurs d'ici, notamment Spina et Lewy, me réclament des œuvres, depuis l'audition du « Quatuor »; mais je préfère l'Allemagne du nord en bien des points et surtout ce qui concerne les éditeurs. Aussi, je préfère renoncer aux quelques florin? que ceux-ci me donneraient peut-être en plus,

« Voyez-vous souvent Avé ? vous a-t-îl dit quelque chose de spécial de Stockhausen ?

« Qu'advient-il du Quatuor de jeunes filles qui avait été photographié ? Ne dois- je pas le recevoir ?

« J'oublie, chaque fois, de demander dans mes lettres à Mme B., si Fritz est maintenant tout à fait rétabli. Travaille-t-il avec ardeur et zèle ? Il devrait étudier sans relâche, de façon à pouvoir donner, l'hiver prochain, des soirées de Trios à Hambourg ; j'aimerais bien lui donner un coup de main. Mais qu'il travaille avec zèle et cherche à faire le tour de la musique !

« Ecrivez bientôt et aimez toujours votre

< Amitiés sincères à M. Marxsen, et n'oubliez pas ce qui concerne Bosendorfer. »

XII. Intimité avec Ci^ara Schumann. Habitudes de TRAVAii,. La musique Tzigane. Le musée Brahms a Gmùnden. Portrait du compositeur.

M. Hugo Heermann, rémînent violoniste de Francfort, qui fut l'ami de Johannès Brahms, nous a donné d'utiles renseignements sur la vie du compositeur. Il eut surtout l'occasion de le connaître, lorsque Brahms venait, tous les ans, à Francfort passer quelques semaines, dans le but de soumettre à Mme Clara Schumaim ses compositions nouvelles. A l'arrivée de Braîhms, la veuve du m^tre de Zwickau convoquait Hugo Heermann et son quatuor; ce n'était qu'après répétition sérieuse que les musiciens les plus marquants de Francfort étaient invités pour assister à l'audition. Et, lorsque Brahms rencontrait une approbation sincère, venait de personnes compétentes, il était ravi. Mme Schumann, qui avait la plus cotnplète admiration, pour son œuvre, était une des très rares personnes ayant sur lui une réelle influence. C'est ainsi qu'elle arriva à obtenir de lui la modification du premier Trio eu si majeur pour piano, violon et violoncelle. Une seconde version fut ' publiée chez l'éditeur Simrock.

Brahms apporta un jour à Hugo Heermann son Concerto pour violon. On lui avait affirmé à Vienne qu'il était injouable ; i\ pria son ami de vouloir bien le travailler pendant trois jours — étant tout prêt à le modifier si, après ce laps de temps, l'exécution en était impossible. Hugo Heer-

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mann lui prouva le contraire, et du reste, depuis la mort du maître, le grand violoniste francfortois Ta fait entendre à rétranger et même à Paris.

A Vienne, Johannès Brahms, qui habitait en dernier lieu un appartement, Karlgasse, n° 4 (i), se levait toujours de très bonne heure, Tété comme l'hiver. Il déjeunait,puis se mettait au travail jusqu'à quatre heures. Après une promenade au Prater, au Graben ou sur le Ring, il allait souper au restaurant Rother-Igel, où se rendait autrefois Beethoven. Brahms y avait sa chambre spéciale. Dans la soirée, une réunion musicale chez des amis l'attirait davantage que les grands concerts et surtout que l'Opéra^ pour lequel il n'éprouvait, on le sait, qu'une très médiocre attraction ; il ne rentrait guère chez lui avant minuit.

Son travail était lent, mûri, comme celui d'un homme qui ne voulait livrer au public qu'une œuvre dont il fût absolument satisfait. Lorsqu'il composa sa Première Sonate pour piano et violon (op. 78), qui date de l'année 1880^ il avait constamment sous les yeux la Sonate en sol de Beethoven, ce qui prouve une fois de plus quel grand éducateur fut pour lui le maîtrie de Bonn.

L'intérêt que lui inspiraient l'es œuvres nouvelles l'avait amené à préférer, parmi elles, celles du compositeur tchèque Dvorak, qu'il fut le premier à recommander à son éditeur Simrock : c'est par lui qu'elles devinrent populaires en Allemagne. Sa prédilection pour la musique hongroise se traduisit, non seulement par la publication des » Danses hongroises «, mais encore par l'emploi fréquent et l'application ingénieuse de la musique tzigane

(i) D*après une tradition, due à Franz Lachner, dont la mémoire n'était pas absolument sûre en les dernières années de sa vie, Franz Schubert aurait habité cette maison, sise Karlgasse, n« 4.

go JOHANNÈS BRAHMS

dans ses œuvres. Cette tendance est si sensible, qu'on pouvait être amené à rechercher s'il n'y avait pas là un cas d'atavisme ; mais la négative s'impose, lorsqu'on sait que ses ascendants étaient de pure race allemande. Il est également de toute authenticité que les troupes musicales hongroises, non point celles qui voyagent, mais celles qui restent en Autriche,à Vienne,et dont le talent est supérieur aux autres, captivèrent son attention. Cette musique de « Zigeuner » qui, par sa hardiesse et sa mélancolie, est bien la peinture fidèle de leurs caractères aventureuîx et -de leur humour, devait plaire à Brahms, en raison de la richesse et de la multiplicité de ses rythmes souvent contrariés, de la curiosité des intervalles et aussi de la prodigieuse abondance des enjolivures ou fioritures du thème mélodique. Ce sont de véritables feux d'artifice que ces «Czardas » aux combinaisons les plus variées, les plus inattendues, où les mouvements binaires à 2/4 et 4^4 alternent avec une souplesse rare. Quelle grâce pathétique, quelle morbidesse dans les introductions ( «Lassan »ou «Lassu »), aux tonalités mineures, et quelle verve endiablée, sauvage, s' accentuant en impérieux crescendo et en mouvements accélérés dans les « Frischka », qui leur succèdent en passant au majeur ! La belle sonorité des orchestres des chapelles tziganes, accrue par l'élévation du diapason normal enchantait celui qui, dans ses œuvres, a employé les harmonies les plus rares, les plus chatoyantes. Ce sont le violon et le zymbala(cyTnbalum),soutenus ou doublés par la contrebasse, le violoncelle, l'alto, le second violon, la clarinette quelquefois, la flûte beaucoup plus rarement, qui en sont la base. A Vienne, Brahms fut à même d'étudier la composition de ces chapelles tziganes ainsi que leur musique : l'impression profonde que cette dernière produisit sur lui

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l'amena à introduire dans ses œuvres symphoniques, surtout dans sa musique de chambre, l'élément hoi^rois, et il le fit avec un art consommé. Il suffirait de citer le «Finale » alla zingarese du premier quatuor (op. 25) pour piano et cordes, dont le motif rapide à trois temps est suivi de variations aux traits vertigineux.

Si les œuvres de Dvorak l'enthousiasmaient, par coi^tre les œuvres d'Edouard Grieg ne lui plaisaient pas. Brahms

ne pouvait certes pas ne point reconnaître l'habileté ^vec laquelle Edouard Grieg avait su utiliser les motifs populaires de son pays, dont le charme est indéniable ; mais ce qui devait moins le contenter, c'était la défectueuse architecture de ses œuvres de musique de chambre.

Parmi les compositions des maîtres anciens, celles 1 d'Haydn semblaient avoir ses préférences, et nul n'était i plus charmé que lui,lorsqu'il entendait exécuter les quatuors à cordes du maître autrichien. Mozart était également un de ses dieux ; il se déclarait incapable de pouvoir l'imiter, et il disait : » Nous ne pouvons plus écrire aujourd'hui aussi bien que Mozart ; mais ce que nous devons, c'est nous efforcer d'écrire comme lui. » I^es Noces de Figaro étaient , à son point de vue, l'œuvre d'art la plus belle, la plus extraordinaire et inimitable. Malgré les grandes innovations introduites dans ses Symphonies et sa musique de chambre, Brahms avait gardé un culte pour la forme classique, dont on sent du reste l'influence manifeste en son œuvre.

Sa collection de manuscrits était fort belle ; on remarquait, notamment plusieurs quatuors d'Haydn, la Symphonie en sol mineur de Mozart, des pages de Beethoven, Schubert, Schumann, etc.

Particularité bien caractéristique : Brahms ne conser-

vait dans ses archives que les critiques malveillantes émises sur ses compositions •

On sait que, dans la saison d'été, il affectionnait le pays du Salzkammergut.C'était tantôt à Gmùnden, tantôt à Ischl qu'il séjournait : la tranquillité dont il jouissait, les beaux panoramas des lacs et des montagnes si pittoresques de cette région lui permettaient de se livrer avec joie à la composition. Cette belle et splendide nature est, pour le musicien doublé d'un poète, une matière à rêveries, plus encore, une inspiratrice. Un admirateur du msatre, M. Victor Miller, a installé dans sa villa Aicholz à Gmùnden, que Brahms fréquentait souvent en les dernières années de sa vie, un musée intime où ont été réunis des objets ayant appartenu au maître, no'amment les diplômes, adresses,portraits en gravure ou en photographie, bustes, plusieurs manuscrits de ses compositions, puis le journal de sa vie, tenu par années, et nombre de ses lettres. Une salle de ce petit musée reproduit exactement l'intérieur de la très modeste chambre que le maître occupa à Ischl, en la lustique demeure de son ami Gruber, de 1880 à 1896. On y retrouve la petite armoire dans laquelle Brahms renfermait ses manuscrits, le moulin dont il se servait pour préparer lui-même son café, et jusqu'au lit très étroit dont il ne voulut jamais se séparer, parce qu'il lui avait servi en sa jeunesse. En outre, M. Victor Miller fit décorer la façade de la villa de Gmùnden d'un buste de Brahms, œuvre du sculpteur Hegentarth; le socle, sur lequel il se dresse est flanqué de deux lions de style roman.

Comme d' autres çompositeurs,iln'oubliapas decomprendre dans ses villégiatures la Suisse, et c'est à Thun que fut composée la Sonate en la pour piano et violon. Nous avons

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vu quels horizons lui ouvrirent ses voyages en Italie avec des amis fidèles.

Sur l'invitation du duc, Brahms vint souvent à Meîningen, où sa musique fut exécutée sous la direction du' chef d'orchestre, maître de chapelle de la Cour, Fritz Steinbach. Ce fut, du reste, dans la capitale du duché de Saxe- Meiningen qu'eurent lieu les fameux festivals des trois B. (Bach, Beethoven, Brahms).

Les voyages ne furent pas pour lui une simple distraction ou un repos après les fatigues de l'hiver. Il y trouva aussi la satisfaction du désir qu'il posséda toujours de s'instruire. Sa culture était supérieure ; c'était un lecteur assidu. La littérature allemande, l'histoire, la Bible, les livres relatifs aux Beaux-Arts n'avaient pas de secrets pour lui ; mais le roman ne l'intéressait point.

Une dernière anecdote assez originale et peu connue nous a été narrée par M. Edward Speyer, l'amateur de musique si distingué, le passionné collectionneur d'autographes ; elle a trait au portrait qu'Ingres fit du compositeur Cherubini, et qui est actuellement au musée du Louvre. Parmi les images des grands maîtres de la musique qui ornaient les murs de l'appartement de Brahms à Vienne se trouvait la lithographie du dit portrait de Cherubini, mmtre dont Brahms était un des plus chaleureux admirateurs. Il paraît qu'il avait pris en aversion la muse qu'Ingres avait donnée comme compagne à Cherubini. Pour la faire disparaître, il avait trouvé le moyen, aussi simple que radical, de la cacher complètement sous un morceau de papier d'emballage, de manière à ne laisser voir que le portrait de Cherubini.

Avant de clore la première partie de notre étude sur le grand maître allemand, nous voudrions tracer une es-

quisse de cette £gure, moralement et physiquement si bien trempée.

D'une taille bien au-dessous de la moyenne, Brahms avait une tête,superbe,rayonnante de génie. Elle concentrait toute l'attention, et qui l'avait vue une fois ne pouvait l'oublier. La barbe, devenue blanche en ses dernières années, s'étalait amplement sur la poitrine ; le front, largement développé indiquait celui d'un penseur, s'il en fut. 1^ nez était régulier; les yeux, d'une belle limpidité, vous r^ardaient bien en face. Il portait les cheveux un peu longs et rejetés derrière la tête, de manière à laisser au front et aux tempes toute leur amplitude.

Il était donc de petite stature et de forte corpulence La démarche était lourde et, disait Hanslick, celle d'un étudiant.

Nous avons fait connaître de notre mieux l'homme et sa vie ; il nous reste à révéler l'artiste et son œuvre.

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