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tenues par les pizzicati des violoncelles. Ce n'est plus du tout le Scherzo classique, généralement vif, animé, très rythmé J c'est bien plutôt une pastorale au caractère tendre. Enfin, le Finale à quatre temps est précédé d'une double introduction : un Adagio rappelant la tristesse du début de la sym* phonie, puis un Piu andante^ dans lequel le cor dessine une mélodie toute lumineuse, soutenue par une sorte de trémolos liés des violons, et altos con sordini, conduisant au thème plein d'entrain de V Allegro non troppo^ dont la similitude avec celui de VOde à la joie dans la Neuvième Symphonie de Beethoven est très sensible. Ce Finale se déroule en une belle plénitude et avec adjonction de motifs secondaires, parmi lesquels fait de nouveau son apparition la mélodie de VAndantey confiée au cor. La conclusion (piu allegro), avec les accords si richement étoffés qui la prépaj:ent, font penser à Schumann et à Beethoven.
Le Deuxième Symphonie en ré majeur (op. 73), qui fut exécutée pour la première fois à Paris aux Concerts populaires le 21 novembre 1880, puis le 19 décembre de la même année à la « Société des Concerts », ne mérite en aucune façon le reproche que lui adressa M. V* Joncières d'être pleine de broussailles ; elle encoure encore moins celui que lui a fait M. A. Pougin d'être enfantine. Quel emploi merveilleux Brahms a fait du cor, que Weber avait déjà utilisé d'une manière si poétique ! La place d'honneur lui est acquise au début même de la Deuxième Symphonie Et cette entrée si tendre, si troublante du cor, avec les premières mesures de V Allegro non ^ro/)/)o à 3/4,laisse entrevoir une impression de frîdcheur, de douce lumière, qui contraste vivement avec la première partie très austère de la Symphonie en ut mineur. On pourrait qualifier la seconde de printanière, tant l'atmosphère dans laquelle
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elle se meut est légère. A l'exception de certaines pages un peu sombres dans V Adagio non troppo toute la symphonie est tracée avec des couleurs délicates,et la trame en est des plus fines. Si l'entrée en matière laisse une gracieuse impression, les épisodes suivants, dans lesquels l'auteur dévoile sa remarquable originalité,n' excluant pas les hautes traditions, ne sont pas moins captivants. Il faudrait citer à la lettre C le chant élégiaque, présenté par les violoncelles et les altos, qui rappellerait, quant à la couleur surtout, telle page de Menddssohn. Mais, comme l'a écrit Léonce Mesnard : « Ne sont-ce point là de ces jeux de physionomie qui dénotent moins une conformité véritable d'expression qu'une sorte de fausse ressemblance ? « La péroraison que composent les cinquante dernières mesures de cet Allegro est grandiose ; le cor y joue un rôle important, évoquant le souvenir du début. Ce n'est plus la Coda habituelle, avec son crescendo habilement ménagé, son brillant édat, mais c'est un épilogue tout d'apaisement, de sérénité, d'un pathétique calme, que l'on pourrait comparer à la conclusion du premier morceau des deux sextuors pour instruments à cordes. Brahms, en l'écrivant, a rompu avec la tradition. Quel souffle anime le beau chant initial des violoncelles, repris par les violons dans V Adagio non troppo ! La phrase mélodique et pathétique coule de source. A la lettre B se présente un motif à 12/8, confié aux vents, qui a un accent de mystère : on regrette toutefois que les développements de la même idée, promenée à travers des tons et des rythmes différents, offrent quelques ténèbres et que la conclusion soit un peu écourtée. En revanche, X Allegretto graciosOy3.vec ses mesures alternatives à 3/4, 2/4, 3/8 et 9/8, est une fantaisie d'une nouveauté rare et d'un humour comparable à celui dont Brahms était cou-
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tumier dans la vie privée : sérénade gracieuse, chantée par les hautbois, clarinette et basson, avec les pizzicati des violoncelles comme accompagnement, — bavardage étourdissant des cordes,dérivant du motif initial et s'élançant à fond de train pour revenir bientôt au tempo i°, voilà des pages dignes d'un maître. Pour finir, un Allegro con spirito d'un bel et magnifique entrain, digne par ses riches développements d'être comparé à un Finale de Beethoven.
lya Troisième Symphonie (op. 90) en fa majeur, séparée de la seconde par un intervalle d'environ sept années, qui fut exécutée pour la première fois au Conservatoire de Paris, le 20 janvier 1895, sous la direction de M. Paul Taff anel, est peut -être une de celles qui, au milieu d'un art sévère, laisse entrevoir le charme enveloppant et la grâce mélancolique qui se dégagent de ses remarquables Lieder. Ecoutez VAndante, dont le thème, d'une adorable simplicité, exposé par les clarinettes et soutenu par les bassons, rappelle une phrase mélodique de Zampa, passe alternativement d'un timbre à un autre, — Andanie évoquant parfois le mystère comme à la lettre E ; c'est un petit tableau assez réussi et intime jusqu'au merveilleux élargissement de la phrase confiée aux violons (lycttre F) et à la conclusion mezza voce. Admirez également la douce rêverie du poco allegretto^ avec ses accompagnements d'une souplesse infinie, rappelant,par son coloris et son sentiment innig, telle page de Robert Schumann. Ici, l'auteur a rompu encore avec la tradition en écrivant cet Intermezzo à la place du Scherzo. « L'analyse du charmant Allegretto de la troisième Symphonie — écrivait Léonce Mesnard — permet de reconn^dtre une nouvelle application aux liai-^ sonsadmirablement ménagées du procédé que nous désignons •
SOUS le nom de division tripartite. » 1,* Allegro con brio du début et V Allegro final témoignent des tendances de l'auteur à modifier Tusage, qui veut, le plus généralement, que les conclusions de la première et de la seconde partie d'une symphonie se résolvent dans un crescendo ou dans une vigoureuse explosion. A la fin du premier A llegro, Brahms rappelle bien le thème d'allure si franche du début, mais très brièvement, et il termine par un diminuendo. A la conclusion du Finale^ si remarquable par son caractère « fantômal », il interrompt absolument, au Poco sostenuto, ridée première, pour faire exécuter par les cordes con sordini une sorte de murmure délicieux, qui va s'éteignant insensiblement jusqu'atix derniers accords pianissimo. Dans le premier Allegro y il emploie alternativement les mesures 6/4 et à 9/4, qu'il affectionne, alors que pour le Finale il préfère le rythme binaire. Il entremêle souvent, du reste, les rythmes binaire et ternaire et en obtient des effets bien particuliers. Dans ces deux parties, où Ton distingue les épisodes les plus charmants, le compositeur procède à une merveilleuse distribution des forces de l'orchestre.
I^a Quatrième Symphonie en mi mineur (op. 98) fut exécutée pour la première fois en Allemagne,à Meiningen, le 25 octobre 1885, avant qu'elle fût gravée. La première audition en France eut lieu au Conservatoire de Paris, le 12 janvier 1890, sous la direction de Jules Garcin. Cette Quatrième Symphonie est peut-être plus austère que les précédentes ; elle appartient,en effet, à la dernière période de production du compositeur, celle où, moins que jamais, • il écrivit pour plaire à telle ou telle fraction du public. Elle n'en offre pas moins des beautés réelles. La préférence qu'avait Brahms pour le cor est visible en cette œuvre ;
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il y prend hautement la parole pour lui donner tantôt un caractère de légende mélancolique, tantôt une allure de bravoure. V Allegro non troppo débute par une charmante exposition des violons, soutenue par les altos divisés et les violoncelles, que viennent interrompre des appels de cor, menant à un motif confié aux violoncelles et suivi d'épisodes ayant un caractère mystérieux, s'accusant principalement atix lettres E et H de la partition d'orchestre. I^es développements sont établis par un artiste maître de la forme classique. Dès qu'on a entendu ce premier morceau, on trouve qu'il a les allures d'un quatuor ou d'un quintette, orchestré après coup, et cette remarque s'applique, non seulement aux autres parties de la Quatrième Symphonie, mais encore, le plus souvent, aux autres œuvres pour orchestre. Mais quels accents pathétiques, quelle merveilleuse instrumentation ! Dans VAndante moderato à 6/8, le cor présente le thème ; puis se déroule une sorte de marche dans le mode mineur, pénétrée d'un sentiment profond , et développée par les instruments à vent, auxquels viennent se joindre bientôt les violoncelles et les violons. Il faut remarquer la belle et large phrase dite par les derniers. A la conclusion, le cor reprend le thème du début, qui s'éteint en un doux murmure. JJ Allegro giocoso à 2/4 est d'une vivacité et d'un entrain ravissants, avec sa tournure hongroise, ses traits rapides des violons, ses phrases entrecoupées, dans lesquelles les divers instruments se répondent, et enfin avec ses accords mâles et vigoureux, qui décèlent la main d'un maître. Le Finale à 3/4 {Allegro energico e passionato) est peut-être la plus belle partie de la Symphonie, eu égard au sentiment dramatique qui y domine. L'arrangement pour piano ne
peut donner aucune idée des beautés que ce Finale récèle.
Bien que traité en variations, suivant une habitude chère à Brahms, il présente un intérêt croissant, à mesure que les divers instruments entrent en jeu. Les accords prolongés, avec intervention des timbales, par lesquels il débute, donnent immédiatement Tidée du style élevé avec lequel T auteur a traité toutes ces variations, parmi lesquelles on distingue surtout T épisode à 3/2, pour la flûte, avec ses accompagnements haletants.
La Symphonie en mi mineur fut froidement accueillie, lorsqu'elle fut jouée pour la première fois à la Salle des Concerts, à Paris. Nul, parmi ceux qui en découvrirent les beautés, ne s'en étonna, sachant combien les abonnés du Conservatoire sont réfractaires à toute innovation. La presse fut également fort réservée. L'un des plus avisés parmi nos musicographes, René de Récy, que son admiration intransigeante et exagérée pour un mgdtre de T École française, rendait souvent injuste à Tégard de compositeurs plus remarquables, sut cependant reconnaître, malgré certaines réserves, la valeur de la Quatrième Symphonie de J. Brahms. La critique qu'il en fit dans la « Revue Bleue », après l'audition du Conservatoire, est assez curieuse pour être reproduite ici :
» Apparentée ou non à Beethoven, la Symphonie en mi mineur n'est ni plus ni moins qu'une composition de tout premier ordre, très digne du grand répertoire. Il s'en dégage une impression de force un peu brutale : Brahms est de la race des puissants. Le naturaliste qui s'est avisé que ce monde de la pensée obéit, comme l'autre, à la loi des sexes — c'est M. Emile Zola que je veux dire — le rangerait d'emblée parmi les mâles. Pas précisément adroit, il dédaigne les petites habiletés du praticien ; il ne joue pas avec la difficulté, il marche droit et tout plie devant lui.
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Son harmonie est pleine, très riche, neuve sans recherche trop apparente ; son orchestration, sonore, très étoffée, moins chargée pourtant que celle de Schumann ; il y circule plus d'air. Certes, je ne dis pas que l'œuvre soit parfaite ; il s'en faut d'assez loin. Les thèmes ne s'imposent pas à l'oreille (i),la matière n'est pas toujours de premier choix, ni l'enchaînement très naturel ; il y a, dans leur succession, des cahots, des secousses de rythmes. Enfin, la construction générale est parfois mal ordonnée. Exemple : V Allegro giocosOy qui sépare VAndante du dernier morceau, a toute l'allure d'un finale: à la tonalité près, l'on pourrait s'y tromper.; et, quand le vrai Finale arrive, il a l'air défaire double emploi. Mais cet Andante est une page mélodique vraiment géniale, toute vibrante de tendresse et d'émotion contenue. Le plan du dernier morceau a dérouté pas mal de gens ; c'est pourtant celui de la célèbre Passacaglia de Bach ; mais il faudrait la connaître. Avec cela, malgré ses défauts, sa lourdeur, ses oublis de goût, ses incartades, Brahms m'attache autrement que l'impeccable Mendelssohn, tout en façade. Si j'avais à décerner le prix, je me verrais forcé, sans doute, de couronner la Symphonie écossaise ; mais je me ferais rejouer la Symphonie en mi mineur. »
En présentant chronologiquement les symphonies de Brahms aux concerts du Châtelet, dès le début de la saison musicale 1902-1903, M. Edouard Colonne, qui avait été cependant le dernier parmi les chefs d'orchestre de Paris à inscrire les oeuvres du ms^tre de Hambourg sur ses programmes, avait compris que l'heure était venue de les mettre en relief. L'intelligente et vibrante interprétation
(I) Les commentateurs des Symphonies de Schumann, à leur apparition, avançaient également ce paradoxe.