‹ Johannès Brahms, sa vie et son œuvreChapitre 41 sur 50 · I.CEUVRE · texte numérisé non relu

I.CEUVRE

graves sont les dernières lueurs d'un soleil qui va s'éteindre. N'oublions pas de mentionner encore, parmi les Lieder proprement dits, une mélodie composée en l'année 1872, qtii ne porte aucun numéro d' œuvre : Clair de lune (Mondnacht)^ sur les vers de Joseph von Eichendorff . On se souvient de l'admirable, délicate et intime mélodie (op. 39 n® 5), écrite par Robert Schumann sur ce Clair de lune d'Eichendorff . Il y a là un élan mystérieux de l'âme étendant ses ailes pour gg^ner les hautes sphères : c'est une page divine, que rend encore plus impressionnante l'accompagnement haletant du clavier. I^a traduction musicale de la belle poésie d'Eichendorff, par Brahms, est évidemment tout autre que celle de Schumann, plus en dedans, moins expansive peut-être, mais aussi troublante en son genre. Elle établira d'une manière frappante la différence qui existe entre le style vocal de Schumann et celui de Brahms. On pourra encore rapprocher ce lied de Brahms de la mélodie écrite par lui en l'année 1877, sur la poésie de Karl Simrock et ayant pour titre : « A V astre des nuits, »

En dehors des Lieder, Brahms a également composé une série de morceaux pour plusieurs voix. — Voici, dans les chants de cette série, les trois Duos (op. 20) publiés en i86i,les quatre Duos (op. 28), pour contralto et baryton^ dédiés à Amélie Joachim et datant de l'année 1864. Voici encore les Quatre Duos (op. 61) pour soprano et contralto, datant de 1874 et écrits sur les poésies d'Ed. Morike, Justinus Kerner, Goethe et Joseph Wenzig; puis les Cinq Duos (op. 66), également pour soprano et contralto (1875), et enfin les Ballades et Romances pour deux voix (op. 75), au nombre de quatre, publiées en 1878. Elles ont été inspirées par les chants populaires écossais et bohémiens de Herder et de Joseph Wenzig, par la lyégende du» Cor

merveilleux de l'enfant » et la « Nuit de Walpurgis » de Willibald Alexis.

Si Ton aborde le recueil des Qitatuors pour voix (op. 31, 64, 92, 112), on ne sera pas moins frappé de la richesse et de la variété des idées que renferment ces pages vocales, qui seront une ressource nouvelle pour les artistes qui eurent Theureuse idée de former des « quatuors vocaux ».

Dans tous ces Lieder, Duos, Quatuors pour les voix, il existe une harmonie parfaite, une compréhension admirable du texte par la note, des accents tour à tour humoristiques, naïfs, passionnés, nobles ^ et, en plus, une richesse dans les accompagnements au piano, qui pourraient amener à déclarer que les chants de Johannès Brahms sont peut-être, dans son œuvre merveilleuse, les pages qui reflètent le plus fidèlement sa personnalité. Il ne faudrait pas cependant en conclure que ses autres compositions ne portent pas les traces de cette personnalité si accusée, qui a placé le maître de Hambourg sur le même rang que les plus grands symphonistes de TAllems^ne du XIX® siècle. ly' examen approfondi de ses symphonies, de ses Ouvertures, de ses œuvres pour chœur, soli et orchestre, de ses chœurs, a déjà révélé jusqu'à l'évidence l'unité d'inspiration personnelle qui a présidé à leur création. L'étude des autres parties de son œuvre ne fera que confirmer le caractère de ce qui est propre et particulier à son génie.

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