‹ Johannès Brahms, sa vie et son œuvreChapitre 6 sur 50 · XVI JOHANNÈS BRAHMS · texte numérisé non relu

XVI JOHANNÈS BRAHMS

antiwagnérienne ? Parce que V auteur de Tristan faisait du théâtre, et qu'il ne faisait, lui, que de la symphonie, parce que V auteur de Tristan ne se rangeait pas, même à la scène, aux idées cataloguées et que l'innovation s'aitaquant aux idées mêmes le choquait. Brahms s'était posé en homme de tradition. Le mot création ne revêtait pour lui qu'un peu d'orgueil. Au fond, son esthétique n'était pas une doctrine, c'était une négation. Un groupe de critiques se serra à ses côtés ; on fit à Wagner une guerre acharnée. Des arguments théoriques, on descendit aux quolibets, aux anecdotes désobligeantes. Je suis loin de prétendre que le symphoniste éminent [et personnellement désintéressé fut coupable de tous ces méfaits. Seulement, il était le chef de la Bastille. »

Dans ce groupe, on en était venu à décréter, en dépit •de Fidelio, du I^reyschutz et de Lohengrin, que le genre opéra était forcément un genre inférieur et une profanation de la musique ; que celle-ci, pour conserver sa noblesse et rester fidèle à sa mission, devait se renfermer strictement dans l'oratorio et dans la symphonie. Les partisans exclusifs du concert prononçaient la déchéance irrémédiable du théâtre pour rendre d'avance impossible le drame musical. Esthétique d'envieux, philosophie d'eunuques intellectuels et d'ascètes forcés, pour cause d'impuissance. Brahms avait trop d'esprit pour ne pas s'en douter , mais il est toujours agréable d'être chef d'école, surtout quand on n'a pas à combattre en personne. Quoiqu'il comprît la grandeur de Wagner, il se laissa faire, regardant avec complaisance la bataille du haut de sa tour d'ivoire. On en sait le résultat. Brahms, n'étant mort qu'en 1897, dut assister à la complète victoire de son adversaire. Vienne même ne fut pas épargnée par le débordement de la musique dionysiaque, redoutée de son

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