PRÉFACE XV
dant de voir en lui^ comme Hugœs Imbert, ^un continuateur I de Beethoven ». De Schumann ? Oui. De Beethoven ? Non. . Beethoven est un de ces géants que personne ne continue. Qui est-ce qui a jamais continué la sonate en fa mineur y le quatorzième quatuor ou la neuvième symphonie ? Brahms fut un épigone qui sut être original dans les cadres anciens. Ce fut^ comme Va dit excellemment M. Bellaigue, « un conservateur de la forme classique allemande ». Son double cacactère de sévérité et d'intimité ne contribua pas peu à faire, pour un temps, de Brahms un chef d'école en opposition avec la musique nouvelle. Et ici, je ne saurais éviter de dire un mot de la longue et aigre querelle entre les partisans de Brahms et ceux de Wagner. Cette querelle, qui repose en réalité sur un malentendu, n'a passionné que F Allemagne; mais elle est un symptôme du temps, dont nous pouvons tirer des conclusions intéressantes pour nous-mêmes.
Pendant les années oié Richard Wagner livrait en Allemagne ses grandes batailles pour faire triompher sa réforme théâtrale, tous les représentants de la tradition se rapprochèrent instinctivement pour essayer de lui barrer le chemin. Après divers stratagèmes, ils finirent par se masser autour de Brahms, le prirent pour drapeau et déclarèrent la guerre en son nom au maître de Bayreuth. Au premier abord, le fait semble étrange puisque l'auteur du Requiem allemand n'a jamais touché au théâtre. M. Louis de Fourcaud en a donné la raison évidente dans son remarquable article du Gattlois (7 avril 1897), qu'on trouvera cité in extenso dans ce livre, et qui résume spirituellement tout un chapitre de V histoire du théâtre en Allemagne. Citons-en le passage le plus caractéristique : « Pourquoi plut-il à Brahms de faire de Vienne, la ville où il s'était fixé, la grande Bastille