PREFACE XIX
et de plus salutaire. Il n'en reste pas moins vrai qu'il a frayé une voie sans limite. Ce n'est pas son œuvre qu'il faut imiter^ c'est son exemple quHl faut suivre. Nous savons tous maintenant qu'au XX^ siècle, les combats décisifs de l'art ne se livreront ni dans les salles de co7icert, ni dans les salons de sculpture ou de peinture, ni dans les livres, mais sur les planches. C'est là que nous verrons si la personne humaine est encore capable de donner d'elle-même autre chose que des fantoches dégénérés et des caricatures, c'est-àdire des modèle dignes de la pensée moderne et de l'éternelle beauté. Et le cri de ralliement qui dominera ces batailles proches ou lointaines sera toujours Tétreinte de la vie au nom d'un idéal ! — Or cette formule peut contenir toutes les écoles, car elle mène au but par mille chemins.
Est-ce à dire que le théâtre soit la forme unique de l'art futur et que les autres genres seront détrônés ? Loin de nous cette pensée absurde. Dans l'art comme dans la vie, il faut de longues haltes avant et après le combat. L'humanité a besoin de tours d'ivoire et de Thébaïdes pour y concevoir ses grands desseins et se reposer de ses luttes. Ce livre introduira le lecteur dans une de ces Thébaides paisibles, et le fera monter dans une de ces tours du songe par la vie et l'œuvre de Johannès Brahms.
Hugues Imbert la connaît et la décrit à merveille. Il s'y est complu en de longs séjours. Il y a rêvé et médité avant le grand voyage auquel la destinée trop brusquement l'appela. Il a élevé ainsi, par amour et dévotion pure, un monument durable au noble maître qui resta fidèle, lui aussi, à son idéal, et sut garder dans un monde hostile sa grâce austère et sa fierté.
Paris, février 1905.
Edouard SCHURÊ.