John Bull sur la sellette
Parce qu'il s'agit pour moi — œuvre doublement intéressante — de venger la France des injustes attaques dont elle est actuellement l'objet « de l'autre côté de l'eau», — ainsi s'exprime spirituellement M. Félix Duquesnel, dans le Petit Bleu, — et de défendre la caricature en ses droits imprescriptibles, la pensée graphique en sa plus haute expression, quelle que soit, du reste, sa forme extérieure.
Faisant œuvre d'histoire et non de passion, je n'admets ni la gallophobie de certains Anglais à laquelle je réponds par la publication de ces images européennes, ni Y anglophobie de nos braves gens qui n'ont pas oublié Sainte-Hélène — ce qui prouve combien bonne et simpliste est restée l'âme du peuple.
Mais entre ['anglophobie naïve delà masse et l'anglophilie véritablement un peu trop exagérée d'une petite fraction dont la bonne foi ne saurait être suspectée, il y a place pour la raison, pour la réalité.
Ce qu'il faut, c'est remettre les choses 'en place, c'est
rétablir la vérité faussée par des politiciens, ce qui ne surprendra personne. Que feraient-ils donc, en Angleterre comme en France, les politiciens, s'ilsjn'égaraientles masses, s'ils ne les lançaient contre quelqu'un ou contre quelque chose!
Un ministre, M. Chamberlain, qui a engagé son pays dans une guerre injuste et dans une entreprise pleine de dangers, — nombreux sont les Anglais qui pensent ainsi — n'a pas craint de dénoncer la France comme étant l'arsenal en lequel se forgeaient toutes les images désagréables à l'Angleterre et à sa Pieine, et il s'est oublié jusqu'à la menacer comme jadis Louis XIV menaçait les Hollandais refusant de courber l'échiné sous les injonctions du roi Soleil.
Contre une pareille prétention tout le monde s'est justement élevé. 11 s'est même présenté ceci: que les protestations ne sont pas venues de France, seulement, qu'elles sont également parties de l'Angleterre, de cette nation qui a vu naître en quelque sorte la caricature politique, qui a, elle, usé, et largement, de toutes les libertés du crayon, qui a eu des maîtres imagiers, comme Hogarth, comme
Ouikshank, comme Gillray, comme Rowlandson, qui adéculotlé et fessé Napoléon avec une vraie furia francese, qui a poussé le léger, l'inconvenant, l'irrévérencieux jusqu'aux dernières limites des choses permises.
Que dirais-tu, ù grand Rowlandson, toi qui a mis en
Gros fruits et gros légumes d'Europe,
Par Georges REDON.