LA POIRE D'ANGLETERRE
(Le Petit Bleu, de Paris, 1899.)
estampes restées célèbres le Rire gros et gras de Rabelais, que^dirais-tu de la pudeur du politicien Chamberlain?
Que dirais-tu de ce Kant, de ce respect « immodéré » pour la personnalité du souverain chez le peuple qui a porté les premiers coups à la majesté du pouvoir, qui, le premier, a fait tomber des têtes royales.
Je n'admets point les haines ridicules qui englobent en la même animosité tout un peuple, toute une race. Par cela même qu'elle incarne en elle des millions d'êtres humains, chaque Nation a ses grands et ses petits côtés, ses vertus et ses faiblesses, ses moments de grandeur et ses heures de décadence.
Et la Caricature est faite, non pour encenser, non pour glorifier, mais pour clouer au pilori les ridicules des peuples et des individus.
La vanité, la gloriole française, tous nos vices de politiciens et de rhéteurs, n'ont-ils pas, depuis cent ans, fourni aux crayons européens les satires les plus violentes.
Pourquoi donc, alors, l'Europe entière, elle aussi, ne se serait-elle pas élevée contre les défauts inhérents à la race saxonne, contre sa duplicité, contre le manque de générosité du peuple anglais, contre son amour immodéré de l'or, contre son personnalisme féroce.
Business n'est-il pas entré dans toutes les langues !
Times is money n'est-il pas devenu un proverbe universel !
D'après nue image du A ver 8 Dag, de Copenhague, douuanl les prolilsde tous les souverains européens (1897).
La réponse qu'il fallait faire à M. Chamberlain était donc d'un ordre très particulier, et cette réponse l'image seule pouvait la donner.
Vous avez accusé les Français d'être grossiers, haineux envers les Anglais, au moment même où vous vous trouviez aux prises avec mille difficultés ; vous les avez accusés d'être orduriers envers votre Reine, de manquer ainsi aux égards dus à la plus simple des femmes.
Or, en faisant cela, vous les avez accusés d'un crime — si crime il y a — qui est celui de l'Europe entière, en ce moment, et qui fut de toutes les époques.
Car si le siècle s'ouvre et se ferme avec les images en lesquelles on voit l'Angleterre traiter la France du haut.de son mépris et de sa grandeur, nous appelant à volonté grenouilles, saltimbanques , incendiaires, forçats de la liberté, il s'ouvre et il se ferme également avec les mêmes images contre la voracité d'Albion, et contre ses manœuvres déloyales.
Si l'Angleterre n'est pas satisfaite d'avoir dans l'Europe entière, une mauvaise presse, pour employer l'expression consacrée, qu'elle s'adresse à l'Europe, mais que, par une de ces fourberies qui lui sont naturelles, elle ne se retourne pas contre nous, l'éternel chien galeux qu'il faut poursuivre et abattre.
Si l'Angleterre trouve que Willette — le maître artiste —