‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 27 sur 77 · Celui de l'évêque · texte numérisé non relu

Celui de l'évêque

2. C'était des copies par Hoppner, avec des changements suivant les caprices de ces dames.

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malheureuse situation. Mon père se porte extraordinairement bien, à cheval dès six heures du matin, poursuivant ses projets avec toute l'ardeur de la jeunesse : c'est là assurément une preuve plaisante des bienfaits qu'apporte une vie sagement menée et mesurée. . . . Vous me demandez, dans une de vos lettres, ce que j'ai lu dernièrement. J'ai sur ma table toutes les œuvres de Cowper. Je lis surtout ses lettres. C'est un écrivain que je préfère à presque tous les autres, et quand je suis avec lui, je m'en trouve toujours bien. »

« East Bergholt, 22 juin. De ma fenêtre où je suis en train d'écrire, je vois toute cette campagne délicieuse où nous avons passé ensemble tant d'instants heureux. Je suis allé samedi au presbytère avec ma mère. Le docteur a été extraordinairement courtois et m'a serré la main en prenant congé. Dois-je en conclure que je ne suis pas entièrement hors des limites du salut ? Combien je suis heureux que vous aimiez Cowper. Mais comment pourrait-il en être autrement? Car il est le poète de la religion et de la nature. Je pense que le monde doit beaucoup de reconnaissance à M. Hayley. Je n'ai jamais vu jusqu'à présent le supplément aux lettres ; peut-être trouveraiton là quelques-unes des meilleures, et il contient l'intéressant récit de la mort du pauvre Rose, un jeune ami du poète. Rien ne peut surpasser le splendide aspect de la campagne, sa fraîcheur, son charme. » « 22 juillet. J'ai mené une existence d'ermite, quoique ayant toujours mon crayon à la main. Ce n'était peut-être pas beaucoup le cas avec les ermites, en exceptant Swaneveldt (l'élève de Claude Lorrain), qu'on appela 1' « Ermite d'Italie », d'après les solitudes romantiques où il vivait et que ses tableaux dépeignent si admirablement. Combien ai-je eu de vraies délices avec l'étude du paysage cet été ! Ou bien j'ai fait moi-même des progrès dans l'art de voir la

nature, que sir Joshua Reynolds nomme l'art de la peinture, ou bien la nature a été moins dédaigneuse de me dévoiler ses beautés. Peut-être y a-t-il de Tun et de l'autre, et nous partageons ainsi le compliment. Mais j'écris ces bêtises d'un cœur triste quand je pense quel serait mon bonheur si je pouvais goûter cette jouissance avec vous. Mon esprit alors aurait vraiment du calme pour contempler les beautés innombrables de cet heureux pays. »

Il dit dans une lettre du mois d'août : « Beaucoup de mes amis m'ont poussé à abandonner une profession aussi ingrate ; mais cela, vous le savez, c'est impossible. »

« East Bergholt, 6 septembre 1812... Je n"ai pas repris mes études de paysages depuis mon retour. Je ne me suis pas senti à la hauteur du vivant pinceau que demande le paysage. Je vais aller demain passer quelques jours chez le général Rebow, près de Colchester, pour faire le portrait de sa petite fille, une fille unique de sept ans ; je crois que j'aurai à faire le portrait du général et de sa femme, à quelque moment ; c'est à la suite de mon portrait du jeune Godfrey, qui a été beaucoup admiré... »

Constable avait offert à son ami Fisher un petit paysage dont celui-ci parle dans une lettre datée du 13 nov. 1812. « Votre peinture a été très critiquée ; les mauvais juges ne l'ont pas aimée. Ceux qui ne sont pas juges du tout sont restés devant bouche béante, et les bons l'ont admirée. Parmi ces derniers, Coxe l'historien, qui a beaucoup vu, en a été particulièrement enchanté. Gela lui faisait penser, dit-il, « aux forêts de la bonne vieille école hollandaise. » Il le regarde chaque fois qu'il vient chez moi, c'est-à-dire presque tous les jours. Ce qu'il faudrait, dil-il, c'est que « ce qui est vigoureux de près ne soit pas sombre à distance. » Ces mots de loin et de près, veulent dire selon que le spectateur s'éloigne du tableau

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OU s'en approche. C'est là, je pense, une observation juste. Je suis en train de le regarder à présent. Il est extrêmement agréable quand on appelle votre attention sur lui ; mais il faut être mené devant. Il ne sollicite pas V attention, et je pense que cela est vrai de tous vos tableaux, et que c'est là la cause réelle de votre manque de popularité. J'ai entendu faire cette remarque à propos de Rubens, que chacun de ses tableaux illumine la salle où il se trouve. Il donne de la joie à tout ce qui est auprès de lui. Il plaît avant que vous l'examiniez, avant même que vous connaissiez le sujet. Comment il obtenait ce résultat ou comment on peut l'obtenir — hic labor, hoc opus est. Ne riez pas de mes faibles critiques, Constable ; c'est pour votre bien, et il est permis à tout homme de dire de bon cœur des absurdités. Vous devriez vous remémorer quelque chose du grand Escurial (1) chez Lord Radnor. Je dois vous remercier de m'avoir donné le moyen de voir cette œuvre comme elle doit être vue. Vous m'avez donné un autre sens... J'ai passé trois jours absolument délicieux à cette campagne avec le D"" Callcott et son frère l'artiste.... Comment êtes-vous intellectuellement ? Calme ? Ayez l'esprit en repos, si vous le pouvez, car votre succès en dépend, comme vous le savez. Je vous verrai bientôt en ville, jusque-là

« Adieu — adieu, — souvenez-vous de moi ! »

bien que je ne sois pas un revenant. Croyez-moi, mon cher, très cordialement vôtre, John Fisher. »

Les portraits que Constable avait faits de l'évêque

de Salisbury et de M. Watts avaient beaucoup plu, et sa mère lui écrivit le 30 novembre : « La fortune semble maintenant amener la balle à vos pieds, et j'espère bien

(1) Un paysage de Rubens.

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que vous ne la renverrez pas d'un coup de pied. Vous réussissez si bien dans le portrait maintenant que j'espère que vous poursuivrez le sentier le plus capable de vous apporter gloire et richesse, par quoi vous pouvez seul espérer d'obtenir l'objet de vos plus chers désirs. »

Le portrait, nous dit-on, eut pour origine l'amour; et les amis de Constable espéraient maintenant que l'amour ferait de lui un portraitiste. Il paraissait plus probable toutefois que l'efTet immédiat en serait de retarder ses progrès à la fois dans le portrait et dans le paysage ; et M"« Bicknell, qui vit cela avec beaucoup de chagrin, l'exhortait en ces termes : « Vous aiderez beaucoup, par une attention assidue à votre profession, à procurer le calme à mon esprit, calme que je cherche en vain lorsque je vois avec douleur combien vous paraissez irrésolu et par conséquent hors d'état de poursuivre une étude qui exige une application incessante du cœur et du cerveau. Vous permettrez aux autres,qui ne possèdent pas la moitié de votre talent, de vous devancer dans la course de la renommée, et alors vous jetterez douloureusement les yeux en arrière sur le temps négligé et les occasions perdues, et peut-être me reprocherez-vous d'avoir été la cause de tout ce malheur. Faites des efforts pendant qu'il est encore en votre pouvoir » (1).

1. « M. W. Cuthbert Quilter possède plusieurs portraits de famille qu'il fit — un de Golding Constable, son père, un autre de son frère Abram, et un troisième de ses deux sœurs Ann et Mary, l'une en costume d'amazone et chapeau haute-forme, l'autre en manteau rouge tenant un chapeau à la main. Le portrait de son père — un homme au large visage, exprimant la résolution mais aussi la bonté, visage de quelqu'un de loyal et juste dans ses relations avec les autres — est peut-être le meilleur. Les deux sœurs sont bien groupées, mais aucun de ces portraits ne témoigne d'une maîtrise de traitement ou de modelé ni n'induit à penser qu'il aurait excellé dans le portrait comme dans le paysage. » Lord Windsoh, John Constable R. A.

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