‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 26 sur 77 · GONSTABLE AMOUREUX, MALADE ET PAUVRE · texte numérisé non relu

GONSTABLE AMOUREUX, MALADE ET PAUVRE

L arriva, en 1811, un événement extraordinaire dans l'histoire de l'art anglais :

les directeurs de l'Institut Anglais achetèrent le tableau de West, Le Christ guérissant les malades pour soixantequinze mille francs. L'excellente mère de Constable, qui avait vu ce tableau, après avoir dit qu'elle préférait la figure principale et l'enfant dans le tableau d'autel de Brantham peint par son fils, termine ainsi une de ses lettres: « En vérité, mon cher John, bien que suivant toute probabilité humaine ma tête sera depuis longtemps retombé avant que cela puisse arriver, cependant avec mes lumières d'à présent, je ne vois aucune raison pour que vous ne puissiez pas un jour avec du soin et de l'attention arriver à faire un tableau valant 75.000 francs. »

Il envoya cette année deuv; tableaux à l'Académie, Crépuscule et Vallée de Dedham, et à la Galerie Anglaise Un Porche d^église qui de même que la Vallée de Dedham

demeura en sa possession jusqu'à la fin de sa vie et que par conséquent je connais bien. Le Porche est celui de l'église de Bergholt, et le silence d'un après-midi d'été n'est rompu que par la voix d'un vieillard qu'écoutent une femme et une jeune fille assises sur l'une des tombes. Comme dans beaucoup des plus beaux tableaux hollandais, le petit nombre des parties séparées crée un charme dans cette petite œuvre ; telle est son extrême simplicité, qu'il n'y a rien pour retenir l'attention, mais une fois que vous l'avez observé, peu de tableaux retiendraient plus longtemps un esprit doué de quelque sensibilité. J'ai entendu ridiculiser le mot sentiment, appliqué à des représentations d'objets inanimés. Mais aucun autre mot ne peut exprimer ce dont résulte l'impression de ce tableau indépendamment des figures. Dans la Vallée de Dedham on voit une vaste étendue de campagne à travers une brume ensoleillée qui égalise la lumière, sans nuire à la beauté des teintes. Il y a au premier plan un arbre de forme légère, touché avec un goût auquel je ne connais rien d'égal dans n'importe quel paysage que j'ai vu. De tels tableaux étaient cependant trop peu tapageurs pour l'exposition, et l'art de Constable ne fit aucune impression quelconque sur le public. Mais si nous songeons quelle fut la destinée de Wilson, si nous nous rappelons que Gainsborough ne fut sauvé de la pauvreté que par ses admirables facultés de portraitiste, et que les noms de Cozens et de Girtin sont à peine connus de leurs compatriotes, nous ne nous hâterons pas de conclure que lorsque un paysagiste anglais ne réussit pas à fixer l'attention générale, c'est une preuve qu'il manque de mérite. Il se peut que l'art, si simple et si naturel, tel qu'il se montre dans les meilleures œuvres de ces hommes extraordinaires, apparaisse une nouveauté que le public ne sait pas comment apprécier ; Steele, dans un article du Tatler,

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parle d'un auteur « qui résolut d'écrire d'une façon absolument neuve en décrivant les choses exactement telles qu'elles se passent. »

Le père et la mère de Constable souhaitaient qu'il se mît au portrait, mais il n'avait pas le bonheur, comme Gainsborough, de combiner le paysage et le portrait avec une égale perfection. Sans doute il fit bien du portrait à l'occasion, durant tout le cours de sa vie, mais avec un succès très inégal; et ses meilleures œuvres dans ce genre, bien que toujours agréables de couleur et de largeur, furent dépassées, dans des qualités plus communes, par des hommes qui lui étaient très inférieurs en génie. Sa profession ne lui avait jusqu'ici rapporté aucun profit, mais on peut bien avoir des doutes que quelles qu'aient été les circonstances, il ait pu devenir un homme riche par ses propres efforts ; car bien qu'il se levât de bonne heure, qu'il fût frugal dans sa manière de vivre, qu'il ne fût nullement adonné au vice de prodiguer soit son temps soit son argent, il n'était pourtant pas économe de l'un ni de l'autre. Toujours l'un et l'autre étaient trop facilement à la disposition des autres ; il était aussi difficile pour lui de dire non à un emprunteur que de fermer sa porte à un désœuvré, encore moins pouvait-il rester sourd à un appel fait à sa charité ; et lorsqu'un livre ou une gravure qu'il désirait venait à lui tomber entre les mains, il y avait toutes les chances pour qu'il l'achetât, bien que ce fût avec l'argent qui aurait payé son dîner du lendemain. Il se connaissait bien ce manque de résolution, et il fit souvent des projets d'économie, mais ne parvenant pas à les exécuter d'une façon constante et ferme, ils lui servirent rarement à grand'chose.

Il devint alors visible aux amis de Constable que sa santé déclinait. Ce fut, je pense, à ce moment que . Sir George Beaumont entreprit d'être son médecin et lui

ordonna de copier un tableau entièrement de mémoire. 11 devait chaque jour aller à pied chez Sir George à Grosvenor Sfjuare, regarder le tableau aussi longtemps qu'il lui plairait, retourner ensuite chez lui et peindre autant que sa mémoire le lui permettrait, jusqu'à ce que la copie fût finie. L'exercice régulier et le changement, combinés avec une occupation agréable et pas très difficile, devaient opérer la guérison. Le tableau choisi était un paysage de Wilson et l'expérience fut tentée, mais la maladie dont soufTrait Constable ne pouvait pas être guérie si facilement.

Ce qui suit est extrait d'une très longue lettre d'un ami qui lui donna souvent des conseils mieux intentionnés que judicieux. Elle est adressée à «J. G. à l'âge de trente-cinq ans », ce qui montre qu'elle appartient à cette période :

« Cher John La conclusion à tirer de ceci est que

votre indisposition provient de plus d'une cause bien que l'une d'elles ait depuis peu prédominé et soit devenue le mal principal qui absorbe les autres plus petits et qui résout tous les soucis secondaires en hne préoccupation accablante ; et c'est une profonde anxiété du cœur et des affections. » J'épargnerai au lecteur la suite de cette lettre qui comprend quatre pages des conseils habituels quant au meilleur moyen de combattre une passion désespérée, conseil que l'on donne généralement et bien inutilement en ces occasions ; une page est une citation d'« un habile théologien». Je trouve joint à cette lettre un article imprimé qui s'intitule : « Un remède pour l'amour. Prenez un demi-grain de bon sens, un demi-grain de prudence, etc. etc.. »

Une autre longue lettre, émanant de ce Mentor bénévole paraît avoir été écrite le lendemain ; et quoique partant d'une bonne intention, elle manquait certainement d'àpi'opos : « Cher John,.. Mon avis est que vos paysages

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manquent d'allégresse : ils sont enveloppés d'une teinte sombre, ténébreuse. Les arbres, si je puis ainsi dire, n'y sont pas verts mais noirs ; l'eau n'y est pas claire, mais pleine d'ombre ; un air de mélancolie est répandu sur la scène au lieu d'un sentiment de douce gaieté, etc.. » (1) Combien l'artiste, malade de corps et l'esprit, déprimé comme il l'était alors, dut cruellement souffrir de ce conseil d'ami.

Maria Bicknell, la jeune fille entre laquelle et Gonstable existait alors un mutuel attachement, était la fille de M. Charles Bicknell, de Spring Gardens, avoué auprès de l'amirauté, et petite-fdle, du côté maternel, du révérend D"^ Rlmdde, pasteur de Bergholt, où Constable fit sa connaissance dès l'année 1800, alors qu'elle était une enfant. Des objections à leur union s'élevèrent du côté des amis de Miss Bicknell et le D"^ Rhudde en fut le principal adversaire. Il était probablement peu disposé à ce que sa petite-fille épousât un homme qui était au-dessous d'elle par sa fortune et qu'il pouvait, non sans raison, considérer comme sans profession, puisque Constable ne pouvait guère apparaître sous un autre jour aux yeux même de ses meilleurs amis. Un ditïérend s'était élevé entre Golding Constable et le pasteur, qui à ce moment les éloignait l'un de l'autre ; et l'histoire courait à Bergholt, d'une caricature du docteur faite par Constable, qui vraie ou fausse, était malheureuse. Quel qu'ait été l'effet de l'une ou de 1 ensemble de ces raisons sur Tesprit du D"" Rhudde, ou quelqu'autres objections qu'il ait pu

1. Je n'aurais pas interrompu le récit par les effusions de ce correspondant si je n'avais voulu que le lecteur pût juger, d'après ces gpécimens, des nombreuses épitres semblables de la même provenance qui furent infligées à Constable pendant des années. Elles sentent la sagesse comme le style de Polonius

avoir à accepter Constable comme son petit-gendre, ce que j'ignore, il devint dans la suite évident que M. Bicknell ne se serait pas longtemps opposé au mariage, si ce n'avait été la crainte d'exclure sa fille du testament de son grand-père, qui était très riche. Quoi qu'il en fût, les amoureux furent condamnés pendant cinq ans à souffrir toutes les lassantes inquiétudes dont leurs lettres forment riiistoire profondément intéressante.

La première que j'ai vue de cette série est de M''® Bicknell, qui était en visite chez un ami à la campagne.

« Spring Grove, 2 novembre 1811. Mon cher Monsieur, Vous m'avez causé énormément de peine par le récit mélancolique que vous m'avez fait touchant votre santé, et je serai beaucoup plus heureuse quand je vous saurai en Suffolk, où je ne doute pas que le bon air, joint aux soins et aux attentions de vos amis, vous feront faire un grand pas vers le rétablissement. Je n'ose pas me permettre de réfléchir à votre dernière lettre. Je suis très impatiente, comme vous pouvez bien l'imaginer d'avoir l'avis de mon père sur un sujet plein d'intérêt pour nous deux; mais je ne voulais pas rester plus longtemps sans vous écrire, car vous auriez ignoré la cause d'une telle négligence apparente. J'espère que vous ne trouverez pas que votre bonne affection pour moi vous a fait considérer sous un jour trop favorable ce qui s'est passé à Spring Gardens. Vous connaissez mes sentiments ; je me laisserai guider en tout par mon père. S'il acquiesce à mes désirs, je serai plus heureuse que je ne puis l'exprimeri S'il les repousse, j'aurai la consolation de penser que je lui fais plaisir, charme qui à la fin donnera la plus grande satisfaction à mon esprit. Je ne puis vous en écrire davantage jusqu'à ce qu'arrive la lettre désirée, mais terriblement crainte. Avec les vœux les plus ardents pour votre santé croyez-

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moi, mon cher Monsieur, votre amie dévouée. Maria E. Bicknell. »

La bonne mère de Constable qui, depuis le commencement de son attachement pour Miss Bicknell, épousait chaudement tous ses sentiments à cet égard, répondait ainsi à une lettre qu'elle avait reçue de lui :

« East Bergholt, 3 novembre 1811. Votre lettre du 31 du mois dernier me fait plaisir, parce qu'elle me dit que vous êtes « beaucoup mieux ». Mais vous ne pouvez imaginer combien vous m'avez surprise et fait perdre en conjectures par ces mots : « J'ai été reçu cordialement ce matin par les Bicknell et mon esprit est en une certaine mesure tranquillisé. J'ai la permission de M. Bicknell d'écrire à M"e Bicknell, ce que jai fait cet après-midi. » Alors, mon cher enfant, que peut-on augurer de cela ? Je fais des vœux que cela puisse être favorable. Ils sont trop bons, trop honorables pour se jouer de vos sentiments ; par conséquent je suis inclinée à espérer que cela ira pour le mieux et que tout finira bien. »

« M. John Constable. Spring Grove, 4 novembre. J'ai reçu la lettre de mon père. Elle est exactement comme je m'y attendais, raisonnable et bonne ; sa seule objection porte sur ce maudit argent nécessaire. Que pouvons-nous y faire? Je voudrais l'avoir, mais les souhaits sont vains; nous devons être sages, et cesser une correspondance qui est peu propre à nous faire moins penser l'un à l'autre. Beaucoup d'épreuves douloureuses sont exigées de nous en cette vie, et nous devons apprendre à les supporter avec résignation. Vous resterez mon ami, et je serai la vôtre. Alors, comme amie , laissez-moi vous conseiller d'aller en Suffolk, vous ne pouvez manquer d'être mieux là-bas. J'ai écrit à papa bien qu'en conscience je ne pense pas qu'il rétracte quoi que ce soit de ce qu'il a dit; s'il en est ainsi, je ferai mieux de ne plus

VOUS écrire, du moins jusqu'à ce que je puisse battre monnaie. Nous serions tous deux de mauvais sujets pour la pauvreté, n'est-ce pas? La peinture même irait mal; elle ne pourrait subsister dans les tourments domestiques. J'espère que vous avez beaucoup travaillé cet été ; Salisbury, je suppose, vous a fourni des études. Vous êtes particulièrement heureux de posséder l'estime affectueuse d'un homme aussi bon et aussi éminent que M. Watts dont vous devez considérer les désirs sur ce point extrêmement important. Rappelez-vous, cher Monsieur, que si vous désirez m'obliger moi et tous vos amis, cela ne peut être qu'en prenant soin de votre santé. Adieu et croyezmoi toujours cordialement à vous. M. E. B. »

Cependant Constable n'abandonna pas « un iota de courage ni d'espoir. » « Soyez sûre, lui écrit-il, que nous n'avons qu'à considérer notre union comme un événement qui doit arriver pour être encore heureux »

Constable reçut au même sujet la lettre suivante de son père: « East Bergholt, 31 décembre 1811. Cher John, Vos espérances actuelles et votre situation sont beaucoup plus critiques qu'à aucune période précédente de votre vie. Comme célibataire, je crains bien que vos dépenses, à les prendre sur le pied le plus modeste, ne se trouvent juste égaler ce que rapporte votre profession. Si vous me demandiez mon avis, je vous dirais d'abandonner pour le présent toute idée de mariage. Je vous conseillerais ensuite de vous appliquer d'une façon soutenue à votre profession et dans les genres qui rapportent le plus. Pour le moment vous ne devez pas choisir vos sujets, ni perdre votre temps à accepter des invitations qui ne vous rapporteront probablement aucun profit dans l'avenir. Lorsque vous avez trouvé un sujet, achevez-le de la meilleure manière dont vous êtes capable, et ne le mettez pas de côté de désespoir, remplissant ainsi votre

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appartement de toiles de rebut. J'ai peur que votre grand désir d'exceller ne vous ait conduit trop au-dessus de vous-même et que vous rendiez trop sérieuse une question d'affaires, diminuant par là vos capacités; cela a altéré votre santé et votre vitalité. Pensez moins, et JBnissez à mesure que vous travaillez, peut-être cela ira-t-il ainsi. Remontez-vous le moral, John, vous trouverez toujours en moi un père et un ami sincère. Sur votre demande, vous pouvez compter sur la venue de votre sœur au 63, jeudi prochain dans l'après-midi. »

La plus jeune sœur de Constable, la dame mentionnée dans cette lettre, resta à Londres avec lui depuis le commencement de l'année 1812 jusqu'au milieu de mai ; et elle contribua beaucoup, par l'intérêt affectueux qu'elle prit à tout ce qui agitait son esprit et par la douceur vraiment féminine de son caractère, à le consoler.

On ne devait guère s'attendre à ce que la défense que lui avait faite Miss Bicknell de ne plus lui écrire désormais fût observée par Constable, maintenant que les choses en étaient arrivées à un tel point, et un échange régulier de lettres entre eux eut bientôt lieu.

« M"« Bicknell. 63 Charlotte Street. Avril 1812. J'ai fait envoyer mes tableaux à Somerset House : mes amis m'assurent que ce sont mes meilleurs, mais Léonard de Vinci nous dit de faire attention à ce que nos ennemis disent de nous. C'est certainement l'un des grands buts d'une exposition publique, que nous entendions dire la vérité. J'ai envoyé quatre tableaux. Vue de Salisbury, Le Moulin de Flatford et deux petits. Mes bons amis l'évêque de Sarum et M"" Fisher sont venus les voir. Je vous donnerai avec grand plaisir un aperçu de l'exposition. Lawrence a envoyé un tableau de Kemble dans le rôle de Caton. M. Farrington m'en a parlé en termes flatteurs... Laissez-moi vous prier de conti-

nuer à conforter ma solitude de vos chères lettres; c'est comme si je vous voyais et vous entendais parler. Je suis occupé maintenant à des portraits. M. Watts a posé pour moi ce matin, et semble content de la façon dont cela va. Je suis en train de copier un tableau pour Lady Heathcote, son portrait en Hébé. Elle ne posera pas pour moi, bien qu'elle veuille beaucoup de changements sur l'original ; mais j'aurai des gravures, des dessins, des miniatures, des mèches de cheveux, etc. à n'en plus finir. Vous pouvez peut-être me raconter quelque chose des affaires publiques, mieux que je ne le puis, car je n'ai jamais l'occasion de voir le journal. »

« 63, Charlotte Street, Fitzroy Square, 24 avril 1812

J'ai rencontré l'autre jour M. West dans la rue ; il a été enchanté de mon tableau du Moulin, etc.. qui a passé devant le conseil de l'Académie, Je désirais savoir s'il considérait ce genre d'étude comme propre à constituer le fondement d'une vraie supériorité. « Monsieur, me

dit-il, je considère que vous Tavez atteinte. » Quel

bonheur pour moi de vous faire part de chaque petite circonstance qui se rapporte d'une façon quelconque à notre bonheur futur, alors que je sais comment vous les accueillerez ; et bien que le plaisir me soit refusé de vous les communiquer avec

« Votre bras fermement emprisonné dans le mien »,

cependant j'ai eu ce plaisir, et je pourrais peut-être l'avoir encore pour de nombreuses années. »

« 63, Charlotte Street. 6 mai 1812. Ma bien chère Maria,.,. J'ai fait deux rapides visites à l'exposition. Les portraits de Lawrence et Owen sont très bons ; et il y a de beaux tableaux d'imagination par Thomson, Jupiter enfant, et Lavinia s'appuyant du bras sur sa mère. C'est vraiment un

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paysage héroïque que celui de M. West (1), et Turner en a un autre, une scène au milieu des Alpes avec Hannibal et son armée. Cela est incertain au point d'être à peine intelligible en certaines parties (et celles-ci sont les principales), cependant, comme ensemble, c'est neuf et émouvant. M. Farrington a de superbes paysages, mais lourds et crus. J'ai attendu de les voir au crépuscule, où ils font un bien meilleur effet. Mes paysages sont très bien placés. Ma chère Marie est encore avec moi, mais je dois me séparer d'elle dans quelques jours »

La santé de Gonstable s'altéra de nouveau et on lui conseilla d'aller à la campagne. Il écrivit, le 24 mai, à M"« Bicknell : « Je songe encore à aller en Suffolk, où j'espère passer la plus grande partie de l'été, autant pour raison d'étude que pour tout autre motif. Vous savez que c'est dans les scènes de mon pays natal que j'ai toujours réussi le mieux. Elles m'ont toujours charmé, et j'espère qu'elles me charmeront toujours. J'ai maintenant devant moi un sentier très nettement marqué, et je suis désireux de le poursuivre sans interruption. » Cette dernière phrase mérite attention, car elle montre la fermeté de propos qui appartenait à son caractère en toutes choses se rapportant à son art, tandis que pour ceux qui ne le connaissaient ou ne l'observaient que superficiellement, il y avait dans sa manière une apparence de vacillation et d'indécision absolument en désaccord avec la stabilité réelle de son esprit. On verra dans la suite comment il fut impossible de l'entraîner hors du sentier par lui choisi, quoiqu'il ait reçu vraiment peu d'encouragement à y persévérer. Il dit dans dans la même lettre : « Mon tableau pour Lady Heathcote avance. Lady Louisa Manners a une misérable jcopie faite par Hoppner d'après Sir J. Reynolds, qu'elle

l. Saûl devant Samuel et les Prophètes.

désire me faire repeindre, de sorte que je crains de ne p ouvoir aller en SulTolk avant au moins quinze jours ou trois semaines. Mon ami John Fisher est à moitié fâché contre moi parce que je ne passerai pas quelque temps avec lui à Salisbury ; mais je suis résolu à ne pas gaspiller l'été, si je puis l'éviter. Je vous cite une phrase de sa lettre, qu'il a suivie en ville, afin que vous puissiez voir quel enthousiaste il est : « Nous essayerons, cher Constable, de vous faire venir ici, en vous amadouant par le récit de la vie que nous mènerons. Nous nous lèverons avec le soleil, nous déjeunerons et ensuite nous sortirons pour le reste de la journée. Si nous sommes fatigués de dessiner, nous pourrons lire, nous baigner, et alors nous rentrerons pour un bref dîner. Nous prendrons le thé chez Benson, ou nous nous promènerons sur le bas-côté de la cathédrale, ou bien si la fantaisie nous en prend, nous déchiffrerons un passage ou deux dans Horace. Je pense que cette existence bienheureuse d'Arcadie ou d'Utopie doit vous tenter.

« Je crois qu'il y a dans ce moment plus d'expositions ouvertes que d'habitude. J'ai été absolument enchanté chez Wilkie. >

Le révérend John Fisher (dans la suite archidiacre Fisher) était chapelain de son oncle, l'évêque de Salisbury. Il était fils aîné du D"" Fisher, directeur du collège de Charter House et, quoique de seize ans plus jeune que Constable, ils avaient contracté l'un pour l'autre une amitié qui jamais ne changea, sinon pour s'accroître.

« Charlotte Street, 6 juin 1812. J'ai fait hier une longue promenade avec M. Stothard. J'ai quitté la maison vers six heures du matin, nous avons déjeuné à Putney, traversé le Communal de Wimbledon, et passé trois heures dans le bois de Goombe (Stothard est un chasseur

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de papillons), où nous avons dîné près d'une source, ensuite retour à Richmond par le parc, où nous avons admiré la vue et de là à la maison. Tout cela à pied, et je ne me sens pas fatigué maintenart, quoique je l'ai été un peu ce matin. Auparavant je soutenais seulement que je me portais bien, j'espère maintenant que ceci en est la preuve. »

Constable était, depuis un certain temps, le compagnon choisi par Stothard dans ses longues courses à pied, la seule distraction de cet admirable artiste, attelé à la corvée de travailler pour les éditeurs. Ces promenades se prolongeaient avec les jours devenant plus longs et je lui ai entendu parler de l'air de joie avec lequel Stothard entrait dans sa chambre par un bel après-midi de printemps et lui disait : « Allons, Monsieur, mettez votre chapeau, mes enfants me disent que les lilas sont en fleur aux jardins de Kensington.»J'ai vu un superbe dessin au crayon d'un chemin ombreux, que fit Constable dans leur excursion au bois de Coombe, pendant que son compagnon, qui avait pénétré à l'intérieur du bois, était occupé avec ses filets à papillons. Stothard était alors vers la cinquantaine, sa surdité l'empêchait de jouir de la société ordinaire, mais seul avec un ami et comme dans le cas présent, avec un homme plus jeune, qui le considérait avec beaucoup de respect et d'admiration et dont l'esprit lui était proche à beaucoup d'égards, il était très communicatif. Dans leurs promenades ensemble, il sentait sans doute aussi peu que possible son infirmité ; tandis que les heures passées avec lui ont dû contribuer à adoucir l'humeur de Constable, rempli d'inquiétude comme il l'était alors.

« Charlotte Street, 10 juin 1812. Vous verrez par l'enveloppe que l'excellent évêque est toujours aussi bon pour moi. Lui et M"* Fisher sont venus hier ici pour une heure

OU deux ; et j'ai achevé le portrait (1) à leur complète satisfaction. Je dois en faire une réplique pour le palais d'Exeter. Pendant qu'ils étaient là, M°^= Fisher a écrit à la Marquise de Thomond pour me permettre de voir sa belle collection de tableaux de Sir Joshua Reynolds. Je vais ce matin à Pall Mail (je crois vous avoir dit que j'avais quelque chose à y faire au sujet d'un portrait de Lady Louisa Manners), pour de là passer chez Sir George Beaumont ; il désire voir les Gainsborough chez Lord Dysart, et en retour il doit me mener voir la collection du Marquis de Stafford. Tout cela retarde ma visite à mon cher Bergholt et je soupire après la campagne. On me dit que les arbres n'ont jamais été plus beaux ; en effet, je ne les ai jamais vus d'une beauté plus achevée que pendant une promenade à Richmond avec M. Stothard. >

« Charlotte Street, 15 juin. Je suis en train de gaspiller mon temps d'une manière désolante avec ces malheureux portraits dont je vous ai parlé. Je suis assez peu galant pour faire ainsi allusion aux portraits de ces dames (2). Si je reste, je ne vois pas la fin de mes travaux à Pall Mail. Lady Louisa était absolument désolée quand je lui ai dit que je devais faire emporter ma boîte de couleurs ; mais je ne vois d'autre alternative que de fuir comme un autre Télémaque, bien que ce ne soit pas pour la même raison. Je suis sûr que vous me pardonnerez quand je vous dirai, que par devoir et par affection envers ma mère, il m'a été impossible de lui refuser quelques-unes de vos lettres. Leur lecture lui fait plus que jamais déplorer notre

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