‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 29 sur 77 · Linnell, d'après Lord Windsor, loc. cit. (N. D. T · texte numérisé non relu

Linnell, d'après Lord Windsor, loc. cit. (N. D. T

LES ÉTÉS A BERGHOLT 57

je désirais savoir combien je lui devais pour ce qu'il avait fait au tableau, afin que je pus régler le compte. Il me dit alors qu'il ne voulait rien me faire payer, car il se sentait une obligation envers moi qu'il désirait reconnaître, et qu'il était heureux d'avoir maintenant l'occasion de le faire. .Je lui dis que je ne me connaissais aucune obligation envers lui, et que je désirais par conséquent qu'il me fit un prix. Il me répondit que j'avais été le moyen de faire de lui un peintre, en achetant le premier tableau qu'il ait vendu à un étranger, ce qui lui avait donné tellement d'encouragement qu'il avait résolu de poursuivre une profession dans laquelle ses amis doutaient grandement qu'il eût du succès. Il ajouta également que désirant que le tableau me plût autant que possible, au lieu de réduire en hauteur l'ancien tableau, il en avait peint un autre entièrement nouveau du même sujet, et exactement de la dimension de celui de Callcott ; si j'étais satisfait de l'échange (et je l'étais naturellement), cela lui faisait beaucoup plaisir. Croyez-moi, cher Monsieur, votre bien dévoué, John Allnutt. Clapham Common,2 février 1843. »

Les tableaux que Constable envoya cette saison à l'Académie étaient Une scène de labour en Su/folk et un Bac...

« A M'"' Bicknell. East Bergholt, 3 juillet 1814. J'ai été absent d'ici plus d'une quinzaine, en visite chez le Rev. Driffield, à Feering, près de Kelvedon. C'est un très vieil ami de mon père, et il a vécu autrefois dans la commune. Il se souvient de moi depuis longtemps, car il m'a baptisé, dit-il, un soir, en grande hâte, vers onze heures. Il y a quelque temps, je lui ai promis de faire un dessin de sa maison et de son église à Feering ; et pendant ma visite, il a eu l'occasion d'aller à sa cure de South Church et j'ai été heureux d'accepter sa proposition de l'accompagner, grâce à quoi j'ai vu une grande partie du comté d'Essex

que je n'avais jamais vue auparavant, et la plus belle partie. J'ai été à Malden, Rochford, South End, Hadleigh, Danbury, etc., etc. A Hadleigh, il y a les ruines d'un château qui est extrêmement beau par sa situation. Il commande les collines de Kent, le Xore, et la pointe du Nord, ayant vue sur la mer sur une étendue de nombreux milles. J'ai rempli, comme à l'habitude, un carnet de notes prises à la hâte aux endroits que j'ai vus. Mon compagnon, bien qu'ayant plus de soixante-dix ans, est un homme extrêmement actif, jamais en repos, et je n'ai jamais pu le faire rester longtemps à la même place. A n'importe quelle occasion, il allait plus vite que moi et me devançait; mais il a été très bon et de très bonne humeur. Vraiment, ma chère Maria, cette petite excursion a été tellement agréable pour moi que bien que je n'ai pas été un seul instant sans vous avoir dans ma pensée, il y avait des moments où j'étais tellement enchanté du paysage que j'oubliais que mon esprit avait été si longtemps étranger au bonheur...» « A M''^ Bicknell. East Bergholt, 18 septembre 1814. Cette saison charmante, comme vous pouvez le penser, me tient entièrement occupé dans la campagne ; et je crois avoir fait quelques paysages qui sont meilleurs que d'habitude, au moins dans l'opinion de tous ici. J'espère bien que rien n'arrivera pour interrompre mes travaux actuels, et que je passerai le reste de l'automne comme j'ai passé l'été ; et j'espère aussi avoir à mon retour à Londres le grand bonheur de vous voir beaucoup plus souvent que je ne l'ai eu jusqu'à présent. Je crois que nous ne pourrons rien faire de pire que de nous laisser aller à une .sensibilité inutile ; mais je puis à peine vous dire ce que je ressens en regardant, de la fenêtre où je suis en train d'écrire, la campagne où nous nous sommes si souvent promenés. Un calme soleil couchant d'automne illumine de ses teintes rouges le jardin du près-

LES ÉTÉS A BERGHOLT 59

bytère et ces champs où quelques-unes des heures les plus heureuses de ma vie se sont passées. »

Parmi les paysages dont il parle dans cette lettre il en était un au sujet duquel je lui ai entendu dire qu'il l'avait peint entièrement en plein air. Il fut exposé l'année suivante à l'Académie, sous le titre de Construction de Bateaux. Au milieu d'un pré à Flatford, on voit un bateau accoté sur des pièces de bois, tandis qu'au delà la Stour brille dans le soleil paisible d'une chaude journée d'été. Ce tableau est une preuve que dans un paysage ce que les peintres nomment couleurs chaudes n'est pas nécessaire pour produire un effet chaud. Il n'a en effet aucune couleur positive, et les gris et les verts y sont nombreux. Mais telle est la vérité de l'atmosphère que la vibration et le tremblement de l'air chauffé près du sol semble visible. Cette œuvre parfaite est restée en sa possession jusqu'à la fin de sa vie (1).

« A M"" Bicknell. East Bergholt, 2 octobre 1814. Nous avons eu une saison absolument délicieuse.. Il y a bien des années que je n'avais poursuivi mes études avec une telle continuité et dans un tel calme, ou que je n'avais

].<•< Ou peut juger des fermes progrès de sa peinture par une comparaison du Porche d'Eglise de la Galerie Tate, exposé en 1811, avec la Construction de Bateaux du Musée de South Kensington, exposé quatre ans plus tard. Le Porche d'Eglise est, comme ton et comme traitement, presque l'œuvre d'un maître ancien. La Construction de Bateaux d'autre part fut, dit-on, entièrement peint en plein air ; et ainsi, tandis que la profonde tradition technique du passé lui donne sa merveilleuse force, son unité et sa solidité, le tableau s'attaque franchement au rayonnement du fort soleil d'été. La palette de l'artiste est encore restreinte aux verts, aux bruns et aux gris apaisés, mais s'il évite les difficultés de la couleur de l'air, l'œuvre est néanmoins un rendu magistral de l'éclat et de la délicatesse du ton de l'air. » C. J. Holmes, loe. cit.

travaillé avec tant de sûreté et de confiance. J'espère que vous me verrez artiste un jour ou l'autre. »

L'application soutenue de Constable à son art pendant qu'il était à Bergholt, l'avait empêché d'accorder à quelques-uns de ses amis là-bas autant d'attention qu'on s'y attendait, semble-t-il, et après son retour en ville, sa mère lui écrivit: « Je crois qu'on pense que vous avez trop négligé les gens ici: ceci refroidira l'ardeur des meilleures amitiés. C'est vrai que vous avez été délicieusement occupé cet été, et cela est d'autant mieux. »

« A M"° Bicknell. 25 octobre 1814 Les études-

que j'ai peintes cet été sont préférées à toutes celles que j'ai faites; mais j'aimerais bien mieux avoir votre avis làdessus que celui de tous les autres mis ensemble. Mais le destin est encore barbare. Je déplore à chaque instant le manque de votre société et j'en ressens la perte dans mon cerveau et dans mon cœur. Vous méritiez ;un meilleur destin. »

« A M"« Bicknell. 63, Charlotte Street, 12 novembre 1814.. .... J'arrive toujours à trouver une joie incessante dans l'art ; mais pour ceux qui sont à la recherche des honneurs, je ne les connais pas. Il est suffisant pour moi de savoir que je ne les recherche pas, bien que j'accorde qu'il y a quatre ou cinq ans, quand j'étais plus jeune, j'étais quelque peu anxieux de parvenir à la renommée.. Je ne suis qu'à peine réconcilié encore avec les murs de brique et les rues sales, après avoir quitté les scènes chéries de Suffolk. Au moment même où je recevais, votre lettre, j'en ai reçu une de ma mère si intéressante qu'il me tarde de vous la montrer. C'est un vrai journal du temps que j'ai passé avec eux, quoiqu'elle regrette à la fin que ma propension naturelle à ne pas me faire voir ait tellement augmenté en. mjoi. » . . . ^

Page 1