La mère des petits chats
Tous ceux-ci sont payés, et une quinzaine suffira pour que je m'en débarrasse ; comme je serai heureux et tranquille alors. Je suis en train de rendre mon dernier tableau vendable^ de dessiner le contour du Waterloo, etc.
« Dimanche, 2 octobre. Jour anniversaire béni et cher de notre mariage, qui nous a donné cinq bébés...
« 4 octobre. M. Stothard est venu dans la soirée; nous nous sommes promenés ensemble jusqu'à Islington, il est revenu prendre le thé avec moi, et je l'ai heureusement consulté au sujet du Pont de Waterloo pour lequel il m'a suggéré une très essentielle modification. Cela augmentera son importance et fera tant pour lui que je suis tout à fait gai et heureux. Votre père a voulu que j'aille voir, à Saint Martin's Court, trois tableaux de Morland, un à onze francs, les autres à quinze chacun. Si je les considérais comme vrais, je devais les acheter pour lui, car il les estimait de très jolies peintures. J'y suis allé et j'ai trouvé trois gravures coloriées et vernies d'après Morland, MM. Bigg et Wheatley. Les arènes de boxe sont très en déclin ; espérons qu'elles disparaîtront. Je travaille à mon grand Waterloo sur la vraie toile ; nous sommes occupés le soir à mettre en ordre mes cartons à dessins, etc. Waterloo promet délicieusement. >
M"« Constable, dans une de ses lettres à son mari, dit : « Je n'ai nul délice comparable à votre journal et vos lettres.... Je me permets à peine de désirer vous avoir, sachant comme vous êtes bien et profitablement occupé ; mais je m'efforce de me rendre heureuse, la séparation étant pour notre bien mutuel. Mais quand vous viendrez, je crois bien que nous jouirons de nos courses et de nos promenades. Il me tarde d'aller avec vous au Rempart, et de suivre du regard avec vous les ombres fuyantes sur la plaine. Les Darby sont enchantés de notre maison de
campagne. Ils disent que nous avons là Hampstead avec la mer en plus. »
« Charlotte Street, 12 novembre. Mon cher Fisher, . . . Ce que vous me dites de M"'' Fishei-, de vous-même et des vôtres me fait grand plaisir. Je reviens de Brighton, et je suis content de pouvoir vous donner de bonnes nouvelles de ma femme et de mes enfants ; mon pauvre garçon a gagné de la force et du calme. Je n'ai été que par occasion les voir, étant très occupé ici, où j'ai beaucoup fait. Je travaille dur à mon Waterloo, qui doit être terminé pour la prochaine exposition, à moins que les fatalités de la vie ne soient contre. J'ai presque terminé une seconde cathédrale, et je crois que vous l'aimerez peut-être mieux que la première, mais je l'enverrai à Salisbury pour que vous l'examiniez. J'en aurais beaucoup plus long à vous dire sur les tableaux, mais vous savez que je ne réponds
jamais à vos lettres Vous mettez mon esprit en
repos par la façon dont vous parlez de votre tableau qui est à Lille ; on o fait demander le prix ; je les ai détrompés sur ce chapitre. Je me porte à merveille ; je n'ai jamais été en meilleure santé ni plus en train. »
« Charlotte Street, 19 novembre. Mon cher Fisher, . . . Mon attente du bonheur de vous voir à Salisbury ne sera qu'une vision. Je suis tellement bousculé de tous les côtés que je ne sais pas par quelle toile commencer. Mon Waterloo, comme un emplâtre, a commencé à se coller après moi de plus en plus serré et à troubler mon repos les nuits. Mais je suis dans un champ qui ne connaît ni faveur ni affection.* Marche » est le seul ordre que j 'entende. .... Mon nom n'apparaîtra pas à l'ouverture du bel institut d'Edimbourg. J'aurais aimé frapper un coup de ce
côté; mais je dois me soumettre aux circonstances
John Dunthorme et moi sommes heureux de la plénitude d'occupations que nous avons ici. Il est calme, doux,
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intelligent, laborieux, plein de prudence et exempt de vice. »
« 26 novembre. Mon cher Fisher, Mon nouveau tableau de Salisbury est très beau, et j'ai repeint entièrement celui qui appartient à M. Mirehouse; mais quand je parle ainsi de mes tableaux, souvenez-vous que c'est à vous, et seulement en comparaison avec moi-même. Ces tableaux de la cathédrale, m'ont fait ces derniers temps presque vivre avec vous. Mes finances sont en bien mauvais état, et ceci, je le crains, me fera abandonner mon grand ouvrage (1). Je viens d'avoir une visite de
1. « La cause immédiate de ses embarras financiers était une malheureuse querelle avec Arrowsmith, qui lui avait donné des commandes, sur lesquelles il avait fait une avance. Non seulement Constable rompit lengagrement et perdit l'argent sur lequel il comptait mais il eut en outre à reverser la somme qu'il avait déjà reçue. Cette rupture de leurs relations amicales était apparemment duc au manque de savoir-vivre d'Arrowsmith ; mais c'est Constable qui doit nous conter l'histoire en ses propres termes : € A force de peine et d'économie et grâce à l'amitié de mon frère, j'avais déposé chez mon banquier une somme suffisante pour être sans inquiétude à ce sujet pendant que je travaillerais au Pont de Waterloo, lorsque mon ami français, Arrowsmith, vint ici de Paris. Une très cordiale entrevue eut lieu, lui trouvant sa commande de deux paysages terminée et à son entière satisfaction... Il m'avança mille francs sur des ouvrages déjà commandés et me donna de nouvelles commandes pour une somme d'environ cinq mille francs... A sa dernière visite avec un ami français, il fut si excessivement impertinent, usant d'un langage tel qu'on ne s'était jamais servi de semblable auparavant à mon égard auprès de mon chevalet, que je les renversai par la manière dont je leur fis voir combien je ressentais cette indignité. Il me fit des excuses, mais je ne pus les accepter et il sortit de chez moi en disant à Johnny qu'il aurait mieux aimé donner deux mille cinq cents francs
que, etc Je lui ai écrit en rompant tous mes engagements avec
lui et en lui envoyant un chèque de mille francs sur mon banquier comme solde. » Pour rendre justice à Arrowsmith on doit dire qu'il s'efforça d'offrir toutes les réparations possibles pour sa grossièreté. En réponse à la lettre de Constable, il lui écrivit.... Sa lettre
M. Bannister (1) qui me demande un paysage ; il en désire un depuis longtemps, un, comme il dit, dont « il pourra sentir le vent lui souffler au visage »....
Constable dit dans le journal écrit pour sa femme : « 25 novembre. Travaillé toute la journée au petit tableau de la cathédrale, pour M. Mirehouse, ce qui fait en tout trois « cathédrames > comme la gentille Minna (2) les appelle »
« 28 novembre. Maître Billy a fait un terrible remue ménage dans la cour aujourd'hui ; il voulait faire une partie avec les poules, mais elles prirent cela au sérieux, et firent un grand tumulte, spécialement le coq. John et moi nous vînmes à leur secours. jNI. Balmanno est venu me voir et a été si enchanté de mon Waterloo (bien qu'il n'ait
« douce et courtoise » apaisa l'irritation de ce dernier: « Je viens de lui écrire à Paris, continue Constable, pour lui dire que comme nous étions à présent sur un pied dégalité, j étais tout prêt à oublier ce qui s'était passé et à reprendre nos relations amicales, en assurant que la rancune ne faisait pas partie de mon caractère ; de plus en m'en remettant à lui, pour ce qui concernait des commandes postérieures de tableaux. Ainsi, comme le maréchal Tallard, j'ai tout perdu sauf l'honneur. » Il craint évidemment de se faire gronder par son ami Fisher pour cet accès de mauvais humeur, car il ajoute. « Je suis en si bon état, corps et esprit, souffle et membres, que je puis virilement combattre le diable et tous ses alliés. Quand vous porterez un jugement sévère sur mon impétuosité susmentionnée, soyez assez bon, je vous en prie, — car vous l'êtes toujours, — de vous souvenir que j'ai à soutenir une haute réputation à Paris. Arrowsmith a vendu ma Charrette dix mille francs et on a offert à Schroth deux mille cinq cents francs pour l'un des petits tableaux qu'il a. Arrowsmith a une pièce chez lui appelée Salle de M. Constable, Je ne contribuerai plus à la meubler. Il dit que mes paysages ont fait époque là-bas. » LoRD Windsor, loc. cit.