‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 48 sur 77 · Il fait aJlusion au grand nombre de toiles refusées · texte numérisé non relu

Il fait aJlusion au grand nombre de toiles refusées

CONSTABLE VEUF ET MEMBRE DE l'aCADÉMIE .183

Venez, je vous en prie ; et promenons-nous à nouveau parmi ces délicieux sites d'une splendeur naturelle et artificielle ; où les curés mangent et se bourrent, en rêvant d'avancement ; où les pédagogues fouettent les petits garçons, parlent avec une grosse voix, et se croient de grands hommes avec leurs tricornes ; où les hommes

d'état, etc ; et où tout le monde semble indifférent

devant le paysage splendide qui les entoure. Toujours votre, avec quelque peu de cynisme. J. Fisher. ». . . .

Le Château de Iladleigh, le principal tableau de Constable à l'exposition de 1829, reçut un accueil plutôt plus dur que d'habitude, de la part des critiques des journaux ; toutefois il incarnait bellement devant le regard les vers suivants de l'Été de Thomson qui accompagnaient la mention du tableau sur le catalogue de l'exposition :

« Le désert s'égaye Dans sa sauvagerie, à travers toute sa mélancolie étendue, D'âpres ruines étincellent ; et l'onde anière Vue du sommet de quelque promontoire en pointe, Jusqu'aux dernières limites de l'horizon bleu, Agitée, reflète des rayons flottants. »

J'ai été témoin d'une scène amusante devant ce tableau, un des jours de vernissage à l'Académie. Chantrey dit à Constable que son premier plan était trop froid, et lui prenant la palette des mains, il passa un fort glacis (1) d'asphalte sur toute cette partie du tableau; pendant que ceci se passait, Constable, qui se tenait derrière lui en proie à quelque inquiétude, me dit : « Voilà toute ma rosée qui s'en va. » Il tenait en grand respect le jugement de Chantrey en la plupart des matières, mais cela ne l'empê-

1 . Le glacis consiste à se servir seulement de couleurs transparentes.

i84 JOHN CONSTABLE

cha pas d'enlever soigneusement du tableau tout ce que le grand sculpteur y avait ajouté (1).

« Charlotte Street, 4 juillet. Mon cher Fisher, J'ai été très heureux de recevoir la très bonne lettre de ]\jme Fisher, dans laquelle vous avez la bonté de me demander de venir avec nos enfants. J'ai pris des places dans la diligence pour mercredi prochain, 7, et nous serons tous les trois chez vous pour le thé, avant six heures, me dit-on ; de sorte que nous pourrons aller nous promener au delà du pont avant la nuit. Il se peut que le temps soit plus sûr quand j'irai chez vous, mais les beaux effets d'une saison comme celle-ci compensent amplement ses inconvénients. Mes enfants vont tous bien, et je crois que je ne me suis jamais senti en meilleure santé, grâce à Evans.

« J'ai été faire une visite d'adieu avec lui à l'Académie,

jeudi. Il est frappé de mon château Il sera

enchanté de nous rejoindre à Salisbury. Son intelligence et sa culture sont, comme vous l'avez reconnu, de premier ordre, et son intégrité inestimable. Je viens de faire un petit portrait de sa mère. Si vous n'avez pas votre album des eaux-fortes de Claude Lorrain à Salisbury, voulez-vous vous le procurer? Car il contient son épitaphe et des notes,

1. « Lanecdote est assez connue pour ne guère valoir la peine peutêlre d'être redite, si ce n'était le fait qu'elle semble établir que la palette de Constable, même à cette période de sa vie, contenait encore de l'asphalte, cette matière séduisante, traîtresse, dont l'usage est en lui-même presque suffisant pour empêcher celui qui s'en sert de prendre place parmi les peintres modernes. Constable, comme nous l'avons vu, s'en servit librement dans le tableau d'autel de Nayland en 1809, lorsqu'il était un disciple de Reynolds, mais qu'il eût continué à s'en servir vingt ans après, alors que tout le style de sa peinture avait extérieurement subi une si grande révolution, cela montre quelle forte prise la tradition technique du passé, même lorsqu'elle était défectueuse, eut réellement sur lui. » C. J. Holmes, loc. cit.

CONSTABLE VEUF ET MEMBRE DE l'aCADÉMIE 185

et je suis occupé à faire une esquisse de sa personnalité comme préface à un album de gravures exécutées d'après des tableaux de la Galerie Nationale.

« J'ai passé l'après-midi d'hier avec Jackson qui était seul à sa villa. Il a employé une définition qui est utile et compréhensive. Il a dit : « Tout l'objet et toute la difficulté de l'art (à vrai dire, de tous les beaux-arts) est d^unir l'imagination et la nature. Nous avons parlé de X... et de Z... etc., etc. L'art est maintenant rempli de fantasmagories. Je vous en dirai plus long quand nous nous verrons. »

« Salisbury, 3 septembre. Mon cher Constable,

Il me tarde bien de vous voir travailler tranquille et recueilli à votre prochain grand tableau, sans être troublé par les potins, bons et méchants ; à une saison de l'année où les glandes du corps ne sont pas obetruées parle froid, et où les nerfs sont en repos. Vous choisissez février et mars pour travailler, alors que les hommes les plus forts deviennent irritables, pendant la durée des vents du nord-ouest, qui sont la ruine de l'organisme en Angleterre.

« Minny(l)est la plus charmante enfant qui soit possible à la maison. Personne ne se douterait qu'elle existe si on ne la voyait pas. Elle fait des progrès en français et en musique (elle a l'oreille excellente), et elle danse le quadrille avec les chaises comme un pois sec sur la peau d'un tambour.

« X... et Z... ont été ensemble en tournée pastorale pendant trois semaines. Ils n'ont pas rompu le pain ensemble, ni ne se sont adressé la parole, ni, je crois, vu l'un l'autre. Dans quelle erreur tombent nos missionnaires apostoliques d'Oxford et de Cambridge en faisant duchriS'

Page 1