‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 47 sur 77 · CONSTABLE VEUF ET MEMBRE DE L'AC.\DÉM]E ^ LE PAYSAGE ANGLAIS · texte numérisé non relu

CONSTABLE VEUF ET MEMBRE DE L'AC.\DÉM]E ^ LE PAYSAGE ANGLAIS

NE maladie de son frère Abraham appela Gonstable à Flatford, au printemps de 1828, au même moment où iM'"^ Constalîle allait extrêmement mal.

Le mot suivant à M. Samuel Lane a dû être écrit à ce moment. « Mon cher Lane, Je suis heureux d'apprendre votre retour. J'espère que nous nous verrons bientôt. I\îa pauvre femme est encore très malade à Putney, et je ne sais quand je pourrai l'avoir à la maison. Nous parlons de Brighton mais nous ne faisons qu'en parler. Elle ne peut faire un pareil voyage. Je suis heureux de restei tranquille à mon travail, car je veux me débarrasser l'esprit de certaines ennuyeuses besognes. Je reviens de Suffolk, où j'ai été appelé à nouveau pour voir mon frère, mais je l'ai quitté allant tellement mieux que cela me réconforte. Je lui ai conseillé de renvoyer tous ses médecins. Ils ne lui ont laissé que sa boufse, à présent vide, et lui-même, qui n'est plus qu'un squelette. >

« Charlotte Street, 11 juin. Mon cher Fisher, Est-il possible que je n'ai que peu ou point de nouvelles de vous depuis que nous nous sommes quittés en novembre ? Nous sommes vraiment bien injustes envers notre amitié. Ce silence est une mauvaise chose et je suis résolu à ne pas laisser passer ce jour (qui est mon anniversaire de naissance) sans m'afTranchir de ce qui me semble presque un sort jeté, car je n'ai jamais ressenti un plus grand désir de vous écrire, ni eu réellement plus de choses à vous dire, au moins sur moi-même qu'à présent. Cette année a été pour moi une année extrêmement pleine d'événements, car la moitié n'en est pas encore passée, et trois choses d'importance pour moi sont survenues : premièrement la naissance d'un garçon que nous avons appelé Lionel Bicknell, le 2 janvier ; deuxièmement j'ai fait un grand paysage en hauteur, peut-être mon meilleur, il est à l'exposition et est qualifié de « réparateur » par « John Bull », et un autie de moindre dimension mais d'égale valeur acheté par Chantrey; troisièmement et en dernier, — mais non dernier comme importance, — M. Bicknell nous a laissé une fortune qui peut s'élever à cinq cent mille francs ! Je vais la placer sur la tête de ma femme et de mes enfants, afin de justifier la bonne opinion qu'il avait de moi. Cela va me rendre heureux, et je vais pouvoir me mettre devant une toile de deux mètres avec l'esprit tranquille, grâce à Dieu!

< L'exposition est pauvre ; mais bien que le talent soit mince, elle a rapporté beaucoup d'à gent : près de quatre mille francs par jour, en moyenne. Je n'ai guère le temps d'en parler. Lawrence a beaucoup de tableaux, et jamais son style élégant et sympathique n'a été plus heureux. Jackson est beaucoup plus peintre, mais il ne peut rivaliser avec Lawrence, comme talent d'ensemble. Turner a des visions dorées, glorieuses et superbes ; ce ne sont que

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des visions, mais c'est quand même de l'art, et on pourrait vivre et mourir avec des tableaux pareils. Il y a des portraits qui vous pétrifleraient. Newton a Le curé de Wakefield qui est très émouvant

« Ma femme est bien malade à Brighton : sa lettre d'aujourd'hui est cependant gaie. Hampstead, le cher Hampstead est abandonné. Je travaille ici, et je conduirai mon garçon et ma gentille Minna k Brighton le 20 »

Le tableau en hauteur dont il parle dans cette lettre était une vue de la Vallée de Dedham et le petit La Lande- Hampstead

Constable retourna avec sa femme à Hampstead, d'où il écrivit le 22 août à John Dunthorne fils, qui était à Bergholt : « J'espère bien que les choses ne vont pas plus mal ici. Au contraire, je crois que ]M«»e Constable gagne du terrain. Sa toux a à peu près disparu, elle a quelque appétit, et les sueurs nocturnes ont, en grande partie, cessé. Tout cela doit être bon signe, et je suis beaucoup rassuré. Pourtant je suis inquiet, elle est tellement maigre et faible. Je suis résolu à essayer de la faire sortir L'affaire de Neyland peut être bientôt décidée (1) J'espère que vous la ferez, mais seulement, conjointement avec votre père. Je pense que cela ne demande pas une minute d'hésitation. Faites attention au froid. Travaillez avec les portes et les fenêtres de l'église ouvertes, même si cela la rendait plus froide. Gela chassera l'humidité et l'odeur de tombes, etc.. Il n'y a rien de si mauvais que l'air d'un grand appartement, car il ne se renouvelle jamais, et il se répand toujours dans le cœur, le foie et les poumons. Je me suis presque tué en copiant Sir Joshua, chez lady Dysart, à Hyde Parle corner....

1. Il semble que John Dunthorne devait faire quelque peinture d'ornement à l'intérieur de l'église de Neyland.

Rappelez-vous que Claude Lorrain peignit de l'architecture en imitation dans les églises, et que cela ne l'a pas empêché de devenir un peintre. Mais il tomba d'un échafaudage ». . .

Les souffrances de ^1°»® Constable, qu'elle supporta avec cette absolue résignation à la volonté de la Providence, qu'elle avait montrée dans toutes les circonstances de la vie, étaient causées par la consomption pulmonaire. J'étais à Hampstead peu de jours avant qu'elle rendît le dernier soupir. Elle était alors sur un sofa dans leur gai salon, et bien que Constable, en sa présence, montrât son entrain habituel, pourtant, avant de partir, il me prit à part dans une autre pièce, m'étreignit la main et éclata en larmes sans dire mot. Elle mourut le 23 novembre

« Osmington, 7 décembre. Mon cher Constable, Aussitôt que ma mère sera fixée à Hampstead, je viendrai vous

faire une visite et vous aider à supporter votre perte

La lettre d'Evans était tellement satisfaisante qu'elle disait que vous étiez dans l'entière possession de vous-même. Je vous supplie de la conserver, car vous n'avez besoin que de regarder en vous-même pour trouver satisfaction. Je souhaite que si le Brighton n'est pas encore sorti do chez vous, vous le mettiez sur le chevalet à côté de vous et que vous adoucissiez ses féroces beautés. Calmez votre esprit et votre mer en même temps, et mettez-y du soleil et de la sérénité. Je sympathise beaucoup avec votre état, mais je ne puis traduire en mots ces sentiments. Vous avez un trésor dans votre nouvel ami Evans, que vous avez toujours sous la main.... J. Fisher. »

Constable retourna avec ses enfants à Londres, mais garda la maison d'Hampstead comme résidence occasionnelle.

« Charlotte Street, 21 janvier. Mon cher Leslie, J'ai

été malade, mais je me suis efforcé de me remettre au

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travail, et si je pouvais m'embarquer dans une toile de deux mètres, je pourrais avoir la chance que cela me sorte de moi-même. Je viens de recevoir la commande de peindre une sirène pour Venseigne d'une hôtellerie du comté de Warwick. C'est encourageant, et cela me procure une consolation non mince après un antérieur travail de vingt ans dans le paysage. Cependant je ne veux pas me fâcher pour le moment avec la dame, elle peut m'aider à élever mes enfants. » Il change alors de sujet, et, après quelque plaisanterie, continue : « Je ne vous écrirais pas cette bêtise, si ce n'était afin de vous prouver, mon cher Leslie, que je suis redevenu, au moins à un certain degré, moimôme. »

Constable fit une esquisse très jolie et très poussée de la Sirène, mais je ne pense pas que l'affaire allât plus loin. Il donna l'esquisse à M. Evans.

Il fut élu de l'Académie le 10 février (1). Le fait que cette distinction ne lui ait pas été conférée beaucoup plus tôt est une preuve que les progrès d'un style d'art original sont dans l'opinion, môme des artistes, très lents. Tout satisfait qu'il fût d'avoir atteint cet honneur, il ne put s'empêcher de dire « qu'il avait été reculé jusqu'au moment où il était solitaire et où il ne pouvait plus le partager. » Il n'ajouta pas avec Johnson « jusqu'au moment où il était connu et où il n'en avait plus besoin. » Car, jamais peintre de génie égal ne fut moins connu dans son propre pays. Wilkie, qui avait été pendant quelque temps à l'étranger, me dit que quand il vit au Louvre les tableaux de Constable, il ne put comprendre pourquoi le peintie d'œuvres aussi splen-

1. Il ne fut élu qu'à une voix do majorité sur son concurrent. Francis Danby, d'après MM. G. D. Leslie et Fred. A. Eaton (77ie Art Journal, janvier 1903) (N. D. T.)

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dides n'était pas depuis longtemps tout à fait membre de l'Académie

« Mon cher John Chalon, Recevez mes remerciements pour Faimable message que m'a apporté votre frère. Je me réjouis beaucoup de mon élection, car elle est entourée de tant de circonstances agréables; mais je vous assure que je ne me réjouis de rien plus que de la certitude qu'elle ne peut manquer d'augmenter et de continuer notre estime mutuelle. Je vous prie de présenter mes compliments les meilleurs à votre famille. Croyez bien, mon cher Chalon, que l'aimable et constant soutien de votre frère a fait sur mon esprit une impression que le temps ni les circonstances n'effaceront jamais. Après qu'il m'a eu quitté, hier soir, Turner et Jones vinrent, « les derniers, mais non en importance ». Nous nous sommes séparés à une heure du matin, enchantés les uns des autres. Je saisirai l'occasion prochaine de passer chez vous... Croyez-moi toujours, cher Chalon, très cordialement à vous, John Constable, Charlotte Street, 11 février. >

Constable fit, selon la coutume, après l'honneur qui venait de lui être conféré, une visite pour présenter ses respects à Sir Thomas Lawrence, qui ne cacha point à son visiteur qu'il le considérait comme particulièrement heureux d'avoir été choisi comme académicien, à un moment où il y avait des peintres d'histoire de beaucoup de talent sur la liste des candidats. Un homme de cœur aussi bon que l'était Lawrence ne pouvait avoir l'intention de faire de la peine ; mais leurs goûts étaient dirigés dans des sens si largement différents, et le président, qiii attachait une si grande importance au sujet et considérait le grand art comme inséparable de l'art historique, n'avait jamais été amené à prêter une attention suffisante aux tableaux de Constable pour se pénétrer de leur valeur réelle. Il ne peut y avoir aucun doute qu'il pensât que le peintre de ce

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qu'il considérait comme la plus basse classe du paysage, fût aussi surpris de l'honneur qui lui était conféré, qu'il l'était lui-même. Gonstable savait bien que les opinions de Sir Thomas étaient les opinions à la mode ; il ressentit la peine que l'autre lui infligeait ainsi sans le savoir, et sa réponse donna à entendre qu'il considérait son élection comme un acte de justice plutôt que de faveur. Ce qui se passa à cette visite, de même que certains entrefilets méchants dans les journaux, expliqueront le passage écrit en italique dans ce mot adressé à moi en date de « Harapstead, 5 avril. Depuis que je vous ai vu, je suis resté enfermé ici. J'ai poussé mon tableau du château de Hadleigh, que j'enverrai à Charlotte Street demain matin. Pourriez-vous avoir la bonté de venir me voir pour me dire si je dois l'envoyer à l'exposition ? Je suis douloureusement inquiet là-dessus, car je sens encore la piqûre cuisante de mon élection. J'ai assez peu de prudence, et je me connais assez peu, vous le savez ; je suis tout disposé à me soumettre à ce que vous et ceux que j'estime pouvez décider. Je dîne aujourd'hui avec la douairière Lady Beaumont, et j'espère vous rencontrer. Je ne pouvais guère refuser ; pourtant en ce moment les vieilles murailles délabrées du château me mettent au comble de l'agonie. J'aimerais mieux rester chez moi. Je vous demande une réponse par un porteur pour me dire comment vous allez tous. Mes enfants vont très bien et se trouvent bien d'être ici. Nous avons eu une petite fête lundi dernier, qui était l'anniversaire de naissance de deux des miens, et j'avais une tablée de quatorze personnes dont l'aînée n'avait que onze ans. »

« Charlotte Street, 23 avril. Mon cher Fisher,

J'ai été très malade après que vous m'avez quitté. Je n'ai jamais eu auparavant un aussi fort rhume. Cependant Hampstead et un tableau m'ont remis passablement sur

pied. J'ai envoyé le giand château, tel qu'il est, à l'exposition, et une savoureuse chaumière. Rien ne m'empêchera de venir vous voir cet été à Salisbury ; Evans serait enchanté de venir, mais il a la charge de l'humanité souffrante. J'ai passé un jour ou deux avec mes enfants à Ham House, chez la comtesse de Dysart ; elle a été très bonne pour eux et contente d'eux.

« Wilkie a huit tableaux. Lawrence huit, Jackson, Phillips et Pickersgill huit chacun. Callcott n'en a pas huit, mais il en a un de deux mètres, un paysage classique. Turner en a quatre. Il y a une immense débâcle (1) dans la salle, et il est évident que le diable doit vomir des

tableaux sur Londres Le pauvre vieux Northcote a

été au bord de la tombe, mais s'est rétabli. Je l'ai vu hier. »

« Osmington, 27 avril. Mon cher Constable, .... Je vous demande pardon d'en avoir mal usé avec vous quand j'étais à Londres. Mais les vents du nord-est froids et aigres m'ont entretenu dans un tel état d'irritation pendant tout mon séjour que j'aurais été pour vous un très désagréable pensionnaire, et que j'aurais troublé votre quiétude. J'ai senti cela, et je suis resté exprès à l'écart. Je vous ai donné de ma société tout ce que j'ai osé ; et finalement j'ai quitté Londres sulîitement et ses rues pleines de vent, dans un soudain accès de fureur. Je ne m'en suis pas encore remis. Il est dans les régions infernales un profond caveau réservé aux plus furieux. Londres, en mars, est un type de cela. Voyez l'enfer froid de Milton. Pourquoi vous êtes-vous retiré dans une pièce malsaine à cause de moi ? Je ne puis me tenir pour responsable de tels cas d'imprudente hospitalité. Votre vie est précieuse.

« Voulez-vous venir à Windsor pour quelques jours entre le !"■ et le 14 mai ? Vous m'y trouverez en appartement.

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