CONSTABLE VEUF ET MEMBRE DE L^ACADÉMIE
Il connaissait parfaitement à ce temps-là les obstacles qui existaient pour une juste estimation de son art et il rédigea pour son œuvre une Préface dont le passage suivant me paraît être un exposé véridique du cas existant entre le public et lui : « En art, il y a deux manières pour les hommes de se distinguer. Dans l'une, par une soigneuse attention à ce que les autres ont accompli, l'artiste imite leurs ouvrages, ou choisit et combine leurs diverses beautés; dans l'autre, il cherche l'excellence à sa source primitive, la nature. Dans le premier cas, il forme son style d'après l'étude des tableaux et produit de l'art d'imitation ou éclectique ; dans le second cas, par une scrupuleuse observation de la nature, il découvre en elle des qualités existantes qui n'ont jamais été reproduites auparavant, et forme ainsi' un style qui est original. Les résultats de la première méthode, répétant ce qui est déjà familier à l'œil, sont tôt reconnus et estimés ; tandis que les progrès de l'artiste dans une nouvelle voie doivent être nécessairement lents, car peu sont capables de juger ce qui dévie du cours ordinaire, ou ont qualité pour apprécier des études originales (1). »
la lumière et de lombi-e dans le paysage, non seulement dans son impression générale et comme moyen d'accentuer convenablement les parties, mais aussi pour montrer son usage et sa puissance comme moyen d'expression de façon à noter « le jour, l'heure, le soleil et Tombre». On a tenté, dans certains de ces sujets, de fixer les aspects les plus abrupts et les plus fugitifs du clair-obscur dans la nature ; de montrer ses effets de la manière la plus frappante ; de donner une existence durable et sérieuse « à un bref moment arraché au temps qui fuit » ; enfin de rendre permanents beaucoup de ces splendides mais éphémères spectacles qui toujours surgissent dans la variété sans fin de la nature au cours de ses modifications extérieures... » (N. D. T.)
1. La Préface du Paysage Anglais reproduit presque mot à mot le prospectus que nous venons de citer et se termine par le paragraphe
En 1814, à l'époque où fut exposée à la Galerie Anglaise une collection de tableaux par Wilson, Hogarth et Gainsborough, on disait dans la préface du catalogue : « On apprécie justement aujourd'hui le mérite des œuvres de Wilson ; et nous pouvons espérer que depuis l'époque de sa mort, l'amour et la connaissance de l'art se sont tellement répandus dans le pays, que les efforts de pareils talents ne peuvent plus désormais rester sans récompense pendant la vie de celui qui les possède. » Qui ne répondrait amen à cela ? Et cependant, longtemps après que cela fût écrit, Constable était aussi négligé que Wilson l'avait été et il en sera encore ainsi dans le Paysage, pour le génie à la fois naturel et original, tant que cette branche de l'art ne sera pas mieux comprise par rapport à la nature, qu'elle ne l'est jusqu'ici par nos dispensateurs de renommée.
Dans l'un des carnets de croquis de Constable, il y a un projet de lettre à M. Fisher où il dit : « Je ne sais pas si les paysages que j'offre aujourd'hui à votre attention ajouteront à l'estime dans laquelle vous avez toujours eu la bonté de me tenir comme peintre. Je vous les dédierai, comptant sur l'affection que vous m'avez invariablement accordée dans toutes les circonstances. »
Dans une autre partie de cette note, il mentionne M. Lucas, dont il dit: « Sa grande urbanité et sa grande intégrité ne sont égalées que par son habileté de graveur; et les paysages rendus par sa main sont ceux que j'ai toujours préférés. Pour la plupart, ce sont ceux avec lesquels j'ai les plus fortes associations, ceux de mes pre-
que donne ici Leslie, De cette fin, lord Windsor donne, en son ouvrage, une variante (l'une des six connues), qui rend encore plus énerj^ique le texte ci-dessus (N. D. T.)
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mières années quand, dans le « gai matin de ma vie, je contemplai la nature avez une joie incessante. »
M. Fisher mourut avant que l'œuvre ne fût publiée et elle parut sans dédicace.
La première planche gravée était le Moulin de Dedham d'après une légère esquisse ; mais Constable ne confia plus dans la suite quelque chose d'aussi peu fini à M. Lucas. Quelques-uns des nombreux billets qu'il écrivit à M.Lucas pendant que l'œuvre était en train, montreront combien l'entreprise le rendait inquiet, — bien qu'elle ne fût pas en elle-même d'une grande importance, — à cause de son goût difficile dans le choix et l'exécution des sujets (il refusa cinq planches qui étaient terminées) et parce qu'il découvrit, à mesure que le travail avançait, qu'il n'avait aucune chance d'être rémunéré du temps et de l'argent qu'il y dépensait. Le Paysage Anglais se trouva vraiment être à la fin, comme Coleridge le disait d'une de ses œuvres, « un secret confié au public et très fidèlement gardé. »
« 15 septembre. Cher Lucas, Un total changement a encore eu lieu ; Leslie a dîné avec moi hier ; nous sommes tombés d'accord pour un paysage en longueur, effet de soir, avec un vol de corneilles, comme pendant au Printemps et pour VEscalier de Whitehall au lieu du Château. Venez me voir, je vous en prie, ce soir à 6 heures et emportez les choses, de peur que je change encore. Toutefois j'accepte toutes les dernières affaires si vous y tenez. Je vous dirai les raisons pour ce changement. Venez à 6 heures, n'est-ce pas ? Apportez quelque chose que vous ayez en train, n'importe quoi, ça m'est égal. »
Le Coucher de Soleil d^ Automne, le sujet mentionné dans ce mot, fut esquissé dans sa campagne favorite, près de Bergholt. Dans le lointain veps la droite est la tour de
l'église de Stoke, et à gauche la colline et l'église de Langham (1).
1. « Des gravures elles-mêmes, on ne saurait dire trop de bien. Plusieurs d'entre elles, il est vrai — le Cheval Blanc et le Moulin d'Arundel, par exemple — apparaissent quelque peu encombrées de détails, par suite de la grande différence entre les dimensions du tableau original et celles de la planche. La plupart cependant furent gravées d'après des esquisses ou des études guère plus grandes que les gravures, de sorte que le résultat correspond admirablement à la conception originale de l'artiste
« Il est impossible de mentionner en détail toutes les planches de cette série, mais certaines d'entre elles vivent avec trop de persistance dans la mémoire pour qu'on les laisse passer sans quoique courte remarque. Aucun sujet ne pourrait être plus profondément caractéristique de Gonstable que le Printemps, par exemple, avec son vent frais, ses averses de grêle qui éclatent, ses éclats soudains de lumière, et son moulin à l'œuvre — un moulin du communal de Bergholt, où l'artiste lui-même travailla, et où des années après, M. Sheepshanks trouva son nom soigneusement gravé sur un des poteaux. Songez aussi à la Campagne d'été où les champs et les haies au-dessus de Dcdham passent rapidement dans une obscurité d'un si grand effet, sous un dais de nuages ; à l'obscurité plus terrible et à l'étendue de l'orage sur la baie de VVcymouth, à la désolation sauvage du Vieux Sarum, au ciel agité et ardent et aux larges taches de soleil sur la prairie dans le Soir d'été (c'est, entre parenthèses, cette planche que Leslie trouvait la moins réussie de toutes celles de Lucas !) ; ou au calme profond des personnages assis dans le cimetière de Bergholt, et vous reconnaîtrez alors combien large, profonde et variée est la force d'émotion de ces petites gravures. » G. J. Hoi.mrs, loc.