Jeu de mots sur Own et Disown (N. D. T
petit dessin. Il m'a dit comment il fallait « faire du paysage » et a eu la bonté de me faire voir tous mes défauts. Le prix du dessin était d'un louis et demi pour un particulier, et un louis seulement pour un artiste. Mais j'ai insisté pour qu'il prenne le prix le plus élevé, comme il m'avait prouvé clairement que je n'étais pas un artiste. » « 9 septembre. Mon cher Leslie, Mon domestique vous a dit que j'étais au couronnement. J'ai été dans l'abbaye pendant onze heures, et j'ai vu de mes propres yeux poser la couronne d'Angleterre sur la tête de ce brave homme de Guillaume IV; et cela dans le fauteuil d'un saint! J'ai vu aussi couronner l'aimable Adélaïde, et je crois bien que ce qu'on peut appeler maintenant la meilleure moitié de la couronne d'Angleterre a, dans cette circonstance, recherché celle qui devait la porter. J'ai vu également B.... sa couronne en tête, spectacle que rien ne saurait surpasser en fait de ridicule ; car avec sa petite couronne perchée sur le sommet d'une énorme perruque il avait l'apparence extérieure d'un pantin, comme il se tenait une grande heure le dos tourné de mon côté. » (La lettre est interrompue par un croquis). « J'étais assis de telle façon que je dominais du regard tous les pairs placés en rangs élevés dans le transsept sud. Au moment où le roi fut couronné, ils mirent tous leurs couronnes eux-mêmes. Au même instant les acclamations « Vive le roi ! » les trompettes, l'orchestre, les tambours des soldats dans la nef, et enfin, bien que non le moindre, l'artillerie, que l'on pouvait distinguer parmi tous ces fracas, et dont on sentait même la secousse, rendaient le spectacle imposant au plus haut point. L'hermine blanche des pairs faisait un charmant effet au soleil; je croquerai quelques-uns des effets ; le ton des murailles était splendide, rehaussé sans doute par les ornements, comme un vieux tableau dans un cadre à l'or neuf. »
« 12 septembre. Mon cher Leslie, Veuillez accepter ma troisième livraison avec mes compliments les meilleurs. J'espère que M""' Leslie ne s'est pas mal trouvée d'avoir eu des visites hier. Son cher bébé ne s'est pas effacé un seul instant de ma vue depuis que je vous ai quitté; c'étaient d'heureux jours pour moi quand j'avais des bébés. Voulez-vous venir n'importe quel jour où nous pourrons aller voir ensemble les vieux maîtres à Pâli Mail? Je couche en ville ce soir. Je suis content d'avoir assisté à la cérémonie à l'abbaye ; c'était extrêmement beau et je puis dire maintenant que j'ai vu un couronnement. Tout le monde paraissait s'amuser de B... ; cela a dû beaucoup l'ennuyer. »
« 26 septembre. Mon cher Leslie, J'ai passé un jour ou deux à Epsom avec Digby Neave. J'ai couché vendredi soir dans la chambre où Lord Lyttelton vit le spectre. Mais je n'ai ni vu ni entendu quoi que ce soit de la dame ou de l'oiseau. C'est une superbe et romantique vieille maison, enfoncée profondément dans les arbres et les vallons et remplie de statues de marbre, de dauphins, d'amours, etc. J'ai vu ce matin les études de X... en Italie et en Grèce, temples, arbres, statues, chutes d'eau, figuiers ; excellentes dans leur genre et faites uniquement pour la raison ; la nature, chauve et nue, dépouillée de son clair obscur, ce qui ne lui arrive jamais en aucun cas, car nous ne la voyons toujours qu'à travers un intermédiaire. Cependant ces choses ont un mérite étonnant, et l'horlogerie en a aussi. »
Un des carnets d'esquisses de Constable contient un très beau dessin à l'aquarelle, représentant la maison appartenant autrefois à Lord Lyttelton, maintenant à
M. Digby Neave. La vue est prise de la pelouse, qui est
ornée de statues, d'urnes, etc..
Parmi les gravures faites en vue du Paysage Anglais
que Constable rejeta dans la suite, quand il vint à les arranger avec les autres, il y en avait une très puissante, une vue sur l'Orwell, avec deux vaisseaux tirés sur le rivage ; c'est de cette planche qu'il parle dans le mot suivant : « 27 septembre. Cher Lucas, Je crains qu'il nous faille à présent graver le Waterloo. Les navires sont trop communs et trop vulgaires et ne s'harmoniseront jamais avec le caractère général de l'album. Bien que je désire de la variété, je ne désire pas faire un salmigondis. Nous ne devons pas avoir un seul sujet qui soit contraire à la nature de l'ensemble ; si nous en mettons un, tout l'album en portera la tache. » Il dit dans un autre billet : « Cher Lucas, Vous serez étonné et content des épreuves d'essai ; elles donnent la tentation de continuer, tellement le diable est habile et rusé. »
Constable commençait alors à ressentir les symptômes de ce qui s'affirma bientôt une maladie très sérieuse ; et dans une lettre à M. Lucas, en date du 27 octobre, il écrit: « Je crois que je vais mieux, mais je ne m'en soucie guère; cela me donne une excuse pour ne rien faire. Conservez la clarté, l'éclat, l'acuité du nouveau Vieux Sarum, mais sans perdre la solennité. »
Une ville changée en paysage, indépendamment des souvenirs historiques associés au Vieux Sarum, ne pouvait manquer d'intéresser Constable ; et non satisfait de la première gravure de M. Lucas, dans laquelle ses remparts et ses terrasses n'étaient pas marqués avec assez de précision, il fit les frais d'une seconde planche. Sir Thomas Lawrence, qui avait vu la première, admirait beaucoup le traitement de ce sujet, et dit à Constable qu'il devrait le dédier à la Chambre des Communes.
La planche du Vieux Sarum était accompagnée d'un texte imprimé dont voici des passages : « Ce sujet — qui semble réaliser les mots du poète : « Peignez-moi un lieu
désolé », — est un de ceux avec lequel les grands phénomènes de la nature s'accordent le mieux. Apparitions soudaines et brusques de lumière, nuées d'orage, sauvages soirs d'automne, crépuscules solennels et obscurs — « projetant une moitié d'image sur la vue qui s'efface » — avec des nuages diversement teintés, sombres, froids et gris — ou bien vermeils et éclatants — ces conflits mêmes des éléments rehaussent, si c'est possible, le sentiment qui lui appartient.
« L'aspect actuel du Vieux Sarum, sauvage, désolé et morne, contraste fortement avec sa splendeur d'autrefois. L'emplacement de cette ville célèbre, qui jadis donna des lois au royaume tout entier, et où les plus anciens parlements dont on se souvienne furent réunis, ne peut aujourd'hui être reconnu que par de vastes fossés, fréquentés uniquement par des troupeaux de moutons. « La charrue a passé là-dessus ».... 11 ne reste aujourd'hui que l'emplacement de cette ville jadis orgueilleuse et populeuse, dont la forteresse presque imprenable avec ses hautes tours crénelées, dont les églises, avec tout vestige d'habitation humaine, ont depuis longtemps disparu » (1)
1. L'intention primitive de Constable était d'écrire un texte pour chacune des planches du Paysage Anglais. Voici, d'après Lord Windsor, un passage (qui fait suite au fragment cité par Leslie au chapitre premier du présent ouvrage) du texte accompagnant la planche intitulée Printemps :
« L'automne seul est appelé la saison des peintres, à cause de la grande richesse de couleur du feuillage mor< et pourrissant, également à cause du ton et de la beauté des ciels ; maïs le printemps a autant et peut-être plus de droit à son attention et à son admiration, et cela pour des raisons qui ne sont pas tout à fait dissemblables — pour la grande variété des teintes etdes couleurs du feuillage vivant, en outre qu'il possède les fleurs des plantes et des arbres. Les splendides et délicates nuances des jeunes feuilles et des boutons sont rendues plus délicieuses par le contraste qu'elles forment alors avec les sobres
Dans un billet à M. Benjamin Dawson de Hampstead, Gonslable dit en parlant du Vieux Sarum : « Qui pourrait visiter un lieu aussi solennel, jadis la plus puissante ville de l'Ouest, sans éprouver la vérité et la terreur sacrée de
bruns roussàtres des arbres et des haies d'où ils éclatent et qui montrent encore les tristes vestiges de la saison qui est passée. Les délicates beautés qui accompagnent la saison des fleurs ne sont que trop souvent prématurées ; les premières brouissures et les « gelées qui tuent », ordinaires à cette époque, ont rendu proverbial le caractère capricieux et changeant du printemps, même chez les poètes qui y font allusion en s'y prouvant profondément sensibles — « Abortif comme les premières fleurs du printemps »... Le laboureur « penché sur la charrue au soc luisant », le semeur « parcourant à pas mesurés les champs d'alentour » sont les objets qui frappent dans le paysage printanier ; et en dernier lieu, bien qu'il ne soit pas le dernier en intérêt, les oiseaux « inspirés par le père du printemps » qui de leurs chants réjouissent le travailleur à son ouvrage, et complètent l'animation joyeuse de la saison nouvelle. »
De la même source ce fragment du commentaire accompagnant la planche intitulée Matinée d'Été :
« Le matin — depuis l'aube jusqu'à l'heure où le soleil a atteint une plus grande puissance et, plus haut au-dessus de l'horizon, « flamboie au front du ciel oriental » — a toujours été reconnu comme l'un des moments les plus plaisants par les amants de la nature ; et il n'y a pas d'instant plus délicieux et exhilarant. La fraîcheur de la brise, la sérénité et l'allégresse qui accompagnent les premiers moments de la journée, communiquent toujours un sentiment de la même nature à toute créature vivante, et les plus sublimes et les plus charmantes descriptions des poètes sont indubitablement celles qui se rapportent au matin. On ne peut voir la Nature, au moins sous nos climats, avec une plus grande perfection que vers neuf heures du matin pendant les mois de juillet et d'août, lorsque le soleil a acquis assez de force pour faire resplendir le paysage « encore gemmé de rosée matinale », sans son étouffante chaleur ; et il apparaît encore plus délicieux si la végétation a été rafraîchie par une averse pendant la nuit. Il est peut-être bon de noter les divers aspects qui caractérisent les effets du matin et du soir. La rosée et l'humidité que la terre a absorbées pendant la nuit donnent plus de vigueur et de fraîcheur aux ombres du matin ; également pour le même motif les lumières sont à
ces mots de saint Paul : « Nous n'avons ici-bas nulle cité qui demeure ! »
Gonstable devint très malade vers la fin d'octobre, et se trouva extrêmement abattu. J'étais allé le voir et je l'avais trouvé dans un état d'esprit à grossir tous les mauvais pressentiments. On était alors en pleine fièvre de la Réforme, et il parla beaucoup de tout ce qu'on avait à craindre de cette mesure. Je m'efforçai de tranquilliser son esprit, mais craignant de lui avoir fait plus de mal que de bien en prolongeant la conversation, je lui écrivis un jour ou deux après
« Cher Leslie, Je déplore grandement d'être allé à l'Académie. Je suis beaucoup plus mal que lorsque vous et M™' Leslie êtes venus. La vérité est que je suis malade depuis longtemps, et cela vous étonnera d'apprendre que j'ai toujours eu la plus mauvaise langue qu'il soit possible. Le mal qui a couvé pendant si longtemps est arrivé à la fin à son éclosion. Evans me dit que je dois prendre grand soin de ma santé pour mes enfants; je doute beaucoup que ma vie leur serve à quelque chose, mais je les aime et ils m'aiment, de sorte que la séparation sera,
pour le moins, triste Ce qui me fait redouter cette
effroyable attaque contre la constitution du pays, c'est que les plus sages et les meilleurs d'entre les Lords y sont sérieusement et fortement opposés ; et qu'elle va livrer le gouvernement aux mains de la racaille et de la lie du peuple, et des agents du diable sur la terre, les agitateurs. Croyez-vous que le duc de Wellington, l'archevêque de Canterbury, que Copley, et Eidon, et Abbot,
ce moment plus argentées et plus étincelantes ; les lumières et les ondées du soir sont d'une teinte plus safranée ou plus vermeille la végétation ayant été grillée pendant le jour par la sécheresse et la chaleur » (N. D. T.)
que tous les hommes les plus sages et les meilleurs que nous ayons, s'y opposeraient, si cela devait faire du bien au pays? Je ne le crois pas. Aucun gouvernement whig ne peut faire du bien à ce pays-ci. »
« Charlotte Street, 4 novembre. Mon cher Leslie,. . . . Je suis à présent tout à fait remis peut-être, et je ne puis vous en donner une meilleure preuve qu'en vous disant que le bill de Réforme ne me cause plus le moindre souci. Je ne m'en préoccupe aucunement, et je n'ai nulle curiosité de savoir s'il est mort ou en vie, ou s'il est mort, s'il revivra de ses cendres! J'espère passer l'hiver tranquille et en restant chez moi. Ma maladie a été beaucoup augmentée par le chagrin de l'absence de mes enfants, que je n'ai vus que peu ou pas du tout. J'appellerai maintenant Hampstead ma maison, et Charlotte Street, mon bureau. Songez donc que toute l'année dernière, je n'ai eu ici mes enfants que pendant trois ou quatre mois, et que je les ai alors conduits à Hampstead ayant l'air de lapins sautés. J'ai commencé la copie du tableau de M. Wells. »....
« Well Walk, 17 décembre. Mon cher Leslie, Je ne puis laisser partir Lucas, sans un pauvre petit mot pour vous. Je ne suis pas allé à Londres depuis que nous nous sommes quittés la dernière fois à l'Académie. Ma triste maladie est en grande partie revenue, et le pire, c'est qu'elle est accompagnée d'une attaque de rhumatisme aigu qui m'a complètement rendu invalide. Grâce à Dieu, la main droite m'a été laissée intacte; cela me remet en mémoire, si j'ai jamais pu l'oublier, la surprise de votre cher enfant à voir « ce pauvre monsieur qui avait tout le corps emporté excepté la main » (1); mais la douleur que me causaient mon côté et mon bras gauche et l'impossi-