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Le Parc d'Helmingham

M, Lucas. Le site est près de Bergholt, avec Stoke et Langham dans le lointain. Cette planche, la Campagne d'été et le Coucher de Soleil d'automne] représentent tous la même campagne, prise de points de vue pas très éloignés l'un de l'autre.

« 2 mars. Cher Lucas,... Vous verrai-je jeudi ? Alfred Chalon m'a dit : « Le château est une chose qui a bel air. » Je suis désireux de voir une première épreuve du Soir, mais prenez votre temps ; je serai très bon et très patient à l'avenir. Il me tarde de revoir l'Eglise, maintenant qu'elle est replacée à un meilleur endroit, deux champs plus loin. Ayez soin d'éviter l'aspect vieux et sale, c'est de toutes, la pire qualité. Leslie n'a pas le Stoke ; donnez-lui une épreuve la première fois que vous en tirerez, avec la dernière modification. »

« Cher Lucas, J'envoie le Jaques Je suis très

content de ce que nous avons fait jusqu'ici, je crains seulement que si nous n'y faisons pas attention, nous n'aurons pas assez de choses du genre pastoral. Leslie sort d'ici et aime beaucoup l'esquisse dans un chemin, que je vous envoie pour que vous la voyiez. C'est un charmant sujet riche et nouveau, et ce qui est mieux que tout, naturel ; ce serait là un glorieux sujet entier. » Le Jaques dont parle Constable dans ce billet était un dessin à l'aquarelle de la scène souvent peinte du cerf blessé. Il fit beaucoup d'esquisses de ce sujet, et se proposa d'en faire un grand tableau, le seul paysage d'imagination qu'il ait jamais songé à faire.

En qualité d'académicien nouvellement élu, il était maintenant du comité de classement de l'exposition, et il dit dans un mot à M. Lane : « Je suis tout à fait harassé, et cela m'ennuie extrêmement de ne pouvoir aller chez vous. Je ne puis sortir, de peur que mon tableau et mon feu s'en aillent aussi. Comment allez-vous ? Je

serai accablé de tableaux, spécialement de portraits, dont les auteurs croient tous qu'ils peuvent facilement chausser les souliers de Lawrence. »

Dans un mot qui me fut adressé tôt après, il dit : « Je regrette d'avoir vécu dans une réclusion absolue depuis que je vous ai vu. Mon tableau m'a tourmenté et me tourmente encore à l'excès, car il est toujours impossible de savoir ce qui manque réellement à un tableau avant qu'il touche à sa fin. Toutefois il faudra bien que cela aille. Cela vous amuserait de voir comme je suis entouré : j'ai des poètes, des comtes, des ducs, et même une royauté à mes pieds ; tous peints sur la toile naturellement. » Ses tableaux cette année-là, étaient le Vallon dans le parc d' Helmînffham, un petit paysage, et une Vue de la Lande-Hampstead . Pendant qu'il aidait à l'arrangement, la dimension excessive de certains cadres lui donna beaucoup de mal; et, comme il faisait à ce sujet des remontrances à un exposant, qui se défendait en disant que ses cadres étaient faits exactement sur le modèle de ceux de Lawrence, il ne put s'empêcher de dire : « Il est très facile d'imiter Lawrence dans ses cadres. »

J'ai souvent observé avec surprise combien facilement Constable faisait des changements dans ses tableaux, conseillé par des personnes de peu de jugement. Pendant qu'il terminait le Vallon, il fut un jour obsédé par un grand nombre de suggestions ayant une origine très basse; et après en avoir adopté quelques-unes, il se sentit disposé à s'arrêter, ce qu'il fit en disant à son donneur d'avis : « C'est absolument vrai ; mais ne voyez-vous pas que je pourrais continuer et rendre ce tableau si bon, qu'il ne serait plus bon à rien. »

Un jeune homme de mes amis, élève de l'Académie, que j'avais présenté à Constable, était allé le voir pour lui demander conseil sur le projet de s'engager comme aide

d'un grand portraitiste ; c'est à ce sujet que le mot suivant se rapporte principalement : « Charlotte Street, 29 décembre. Mon cher Leslie, K. F... venant me voir ce matin en allant chez vous, je vous envoie la seconde livraison de mon Paysage, la première qui ait encore été envoyée. J'en ai soigneusement choisi une belle, et vous prie de recevoir toutes ces bagatelles comme des témoignages de mon affection, et si vous les considérez ainsi, elles cessent d'être des bagatelles à mes yeux. Le pauvre F... a beaucoup de choses à vous dire à son sujet et au sujet de X... Je ne sais que lui conseiller. X... est un homme honorable, et son art est solide et bon, mais tout ce que F... pourra gagner avec lui, le payera mal, j'en ai peur, de sa perte de temps. Ces sortes d'engagements apportent rarement de la satisfaction des deux côtés, car chacun veut tirer parti le plus possible de l'autre. J'ai été enchanté de la journée chez vous dimanche, et, pour la terminer, j'ai passé la soirée avec Turner chez Tomkinson. »

Bien que Constable s'opposât vigoureusement à tout style en art, si parfait qu'il fût, considéré comme un but à atteindre, plutôt que comme un moyen vers l'atteinte de ce qui est toujours meilleur que le meilleur style, la nature, il comprenait bien pourtant comme il était important que l'élève fût guidé vers la nature, par le secours de l'art antérieur. Au mois de janvier 1831, il fut inspecteur à l'Académie d'après le modèle vivant. Le devoir des inspecteurs est de déterminer l'attitude du modèle et de donner des conseils aux élèves ; et pendant la durée de ses fonctions, il disposa chaque modèle d'après quelque œuvre très connue d'un grand maître, commençant avec une Eve d'après Raphaël ; et il ne laissa passer aucun soir sans faire une courte conférence aux élèves.

« Cher Leslie, J'ai fait poser mon premier modèle hier,

et on l'aime beaucoup; Etty m'en a félicité; venez donc le voir, mon cher Leslie. J'ai disposé un berceau de laurier, et j'ai dit aux élèves qu'ils attendaient probablement de moi un fond de paysage. Je suis très populaire à l'école; en tous cas je n'épargne ni peines ni dépenses pour devenir un bon Académicien. Mon jardin d'Éden me coûte douze francs, et mes hommes en revenant d'Hampstead avec les branches de verdure ont été deux fois arrêtés par la police, qui croyait (comme c'était le cas) qu'ils les

avaientvolées dans le jardin de quelque propriétaire

L'amusant est que mon jardin à l'école a été pris pour

une décoration de Noël, du houx et du gui Je

pars de la maison à cinq heures et demie de l'après-midi au plus tard. Venez et vous ferez la route avec moi. Ce n'est pas une petite affaire de faire un Paradis de l'école d'après le modèle vivant. »

Constable fit poser deux modèles d'hommes à l'Académie, d'après le Jugement dernier de Michel-Ange ; — il disposa ensuite un modèle femme qu'il appela une Amazone. — « 27 janvier. Mon cher Leslie, J'espère que vous trouverez un soir pour venir à l'Académie voir mon Amazone. Mes travaux finissent samedi. C'est ce modèle qu'on aime le mieux de tous. Etty est tellement enchanté qu'il m'a invité à déjeuner, pour rencontrer quelques amis, parmi lesquels M. Stothard »

Le commencement du printemps était chaque année une époque d'inquiétude pour Constable, comme il l'est pour la plupart de nos artistes, qui sont alors en train de terminer leurs œuvres pour l'exposition. Il se trouvait trop souvent en retard, et l'application redoublée que demandaient ses tableaux, à mesure que le moment de les envoyer à l'Académie approchait, lui fatiguait l'esprit, et ceci, joint aux effets des vents d'est particuliers à la saison, et à rit régularité croissante de ses repas, le rendait

généralement malade. L'heure habituelle de son dîner était le milieu de la journée, mais quand il était très occupé elle variait, et je l'ai connu mangeant quelques oranges tout en travaillant, et s'asseyant pour dîner malade d'épuisement, quand il faisait trop noir pour peindre. S'ajoutant à tout cela, son inquiétude au sujet de l'album contribuait alors à provoquer la maladie dont parle le billet suivant.

« 12 mars. Cher Lucas, Mon indisposition me tourmente beaucoup, et me fait penser (peut-être sous im jour trop sombre) à presque tous les sujets. Néanmoins, nos sept enfants, mon âge, l'état de ma santé, et d'autres graves sujets, me rendent désireux d'alléger mon esprit autant que possible de tout ce qui l'oppresse sans nécessité, car je crains qu'il ne soit déjà trop accablé. J'ai beaucoup pensé à mon album ; et toutes mes réflexions sur ce sujet concourent à m'oppresser. Sa durée, son pri>c, le peu d'espoir de rémunération ; en ajoutant à cela, que je découvre maintenant que les marchands d'estampes le guettent comme leur proie légitime ; et mon salut est en eux seuls. Je ne puis le vendre qu'en le leur donnant. Mon intention est de limiter le nombre des planches à celles qui sont maintenant en train ; je crois que nous en avons vingt environ. Les trois livraisons actuelles en contiennent douze ; les autres commencées sont au nombre de huit ou dix, dont quelques-unes peuvent ne pas être continuées, et nous devons commencer le frontispice. Ce livre accable mes jours, et trouble mon repos la nuit. La dépense est trop énorme pour une œuvre qui n'a que votre très beau sentiment et votre superbe exécution pour la recommander. Le peintre lui-même est absolument impopulaire, et le sera toujours jusqu'au tombeau ; les sujets n'ont rien autre que Part, et les acheteurs sont totalement ignorants de cela. Je suis accablé de la perspective qui s'allonge de

sa durée ; par conséquent, je reviens à mon premier plan de vingt planches, en comprenant le frontispice et la vignette, et nous pouvons maintenant sortir du dédale et y voir clair. Je ne puis plus supporter l'irritation du retard (dont j'ai tant souffert que je lui attribue en partie ma maladie présente) ; considérez que pendant ces quatre derniers mois, on n'a pas fait en vue de l'achèvement le réel travail de quinze jours. Il faudra des années pour faire les vingt-six gravures, et pendant tout ce temps je ne vendrai pas un exemplaire. Rappelez-vous, mon cher Lucas, que je n'ai ni l'intention ni la pensée de vous faire un reproche. Tout, le projet compris, est de moi, et je voudrais soulager mon esprit de tout ce qui le harasse comme une maladie. Ne croyez pas un seul instant que je vous blâme, ou que je ne sympathise pas avec vous dans ces causes désolantes de retard qui ont affligé votre foyer. Je ne suis pas absolument incapable de travailler, grâce à Dieu ! J'espère que la pauvre M™^ Lucas va mieux. Le D"^ Davis est venu pour me voir ainsi que mon pauvre petit John qui est très malade. M. Drew m'a donné des pilules, de manière que leurs médicaments à tous deux (que je prends ensemble) me rétablissent deux fois plus vite. »

« 23 mars. Cher Lucas, Faites-moi savoir quand je vous verrai. Je désire beaucoup que vous veniez, car je suis extrêmement seul et je ne suis pas rétabli ; mais je vais beaucoup mieux. J'ai conçu le désir d'ajouter un moulin à vent à la série, laissant le titre et la vignette à part, et pour être donné en sus, ce qui fera un très bel effet. J'ai fait un dessin du titre pour vous le faire voir, et je souhaite que vous choisissiez le moulin. J'ai beaucoup avancé ma grande toile... Beechey est venu hier et m'a dit : « Eh bien, Constable, sacrebleu, quel sacré beau tableau vous êtes en train de faire ; mais vous avez une sacrée mine, et vous avez attrapé un sacré gros rhume !» — de sorte que vous

avez la preuve sous serment que je suis occupé à un beau tableau et que j'ai l'air malade. J'espère que M"^° Lucas va mieux et que vous allez bien. »

Constable exposa cette année à l'Académie, avec le grand tableau de La Cathédrale de Salishury vue des prairies, celui dont il parle dans cette dernière lettre, et dont on parlera souvent encore, un plus petit de la Jetée de Yarmouth; et quand l'inquiétude de se préparer pour l'exposition fut passée, sa santé s'améliora.

L'art anglais qui avait si récemment éprouvé de grandes pertes par la mort d'Owen et de Lawrence, souffrit à nouveau cruellement de la mort de Jackson, qui prenait place avec eux, et parfois peut-être avant tous les deux, au premier rang des portraitistes (1). Il avait traîné quelque temps, atteint de consomption, et comme sa maison était près de la mienne, Constable apprit sa mort par moi.

« 2 juin. Cher Leslie, Votre mot de ce matin m'a appris le premier la mort de ce pauvre Jackson. On est si porté à croire que toutes les choses qui nous font plaisir doivent toujours continuer, que lorsque ces malheurs surviennent, et doivent survenir, nous en sommes d'autant plus terrifiés et affligés. Il semble impossible que nous ne devions plus jamais voir ce cher camarade. C'est une grande perte pour l'Académie et pour le public

« Les journaux maltraitent encore l'exposition et les peintres. On vient de laisser ici un livre : La Bibliothèque des Beaux-Arts où on parle très convenablement de vos tableaux, et peut-être en justes termes de mon « Chaos », comme ils appellent la Cathédrale de Salishury. Après

1. Son portrait de Caiiova, fait pour Chantrey, et celui cleNortlicotc, fait pour le comte de Carlisle, justifieront, je crois, mon dire. Comme coloriste, Lawrence ne l'approcha jamais.

maintes injures on dit : « C'est cependant un tableau dont il est impossible de s'éloigner sans admiration. » Je voudrais vous voir bientôt, mais Hampstead me démolit ; je ferai un tour demain, si je puis. Je voudrais voir la galerie de Lord Grosvenor à côté de chez vous. Je dois dire que j'aime à voir mes amis dans l'embarras; rien de bien ne sort sans cela; mais je ne puis guère comprendre en quoi

les vôtres peuvent consister Je reçois de bonnes

nouvelles de Fisher; il prêche à Salisbury. »

« 5 juillet. Mon cher Leslie, Je suis revenu hier de Suffolk pour assister au conseil. J'y ai laissé mes petites filles avec ma famille, très heureuses et très bien. Rien ne peut surpasser la beauté de la campagne ; elle fait paraître les tableaux de la misérable camelote, même ceux qui contiennent le plus de nature ; que doit-il en être de ceux qui n'en contiennent pas du tout? »

La lettre suivante est adressée non pas à l'éminent Académicien, mais à une autre personne du nom de Ward, qui à ce moment pratiquait le portrait à Londres : « Charlotte Street, 22 juillet. Cher Ward, Notre perte commune en la personne du pauvre Northcote nous fait nous rattacher à ce qui reste, et maintenant plus que jamais j'apprécie les trésors que vous possédez de sa délicieuse conversation. Avez-vous l'intention (car j'espère bien que vous l'avez) de les donner au public ; ils contiennent une masse de renseignements, spécialement sur l'art. Je crois vraiment sous ce rapport qu'ils sont au-dessus de toutes les choses propres à guider utilement les élèves dans le droit chemin, pour ce qui est de penser et de régler leur existence et leurs habitudes. Faites-moi le plaisir de venir me voir bientôt. Croyez-moi, cher Ward, cordialement à vous, John Constable. »

J'avais demandé à Constable d'examiner une copie d'un Watteau de la Galerie de Dulwich, Le Bal, à laquelle je

travaillais alors à l'Académie ; et c'est à cela que le mot suivant l'ait allusion.

« Cher Leslie, Je vous ai manqué le jour où nous devions nous rencontrer à l'école de peinture, d'environ une demiheure. Votre Watteau faisait un elTet plus froid que l'original, qui semble avoir été peint avec du miel; si fondu, si tendre, si moelleux et si délicieux. J'espère bien que le vôtre sera ainsi; mais soyez satisfait d'atteindre le bord de son vêtement, car cette chose inscrutable et exquise ferait paraître vulgaire jusqu'à Rubens et Paul Véronèse... Mes chères petites filles sont splendidement brûlées du soleil ; elles ont fait un heureux séjour. Nous sommes tous ici. Venez nous voir demain soir. »

« Août. Mon cher Leslie,.. Je suis allé hier faire une visite à la Galerie Nationale. Les Rembrandt de Carr sont beaux, et le grand Gaspard Poussin splendide; vraiment nulle part le paysage n'est plus hautement représenté que sous ce toit »

« 22 août. Mon cher Leslie,... C'est vraiment aimable à vous de désigner ma collection à X... Mais quand même vos efforts parviendraient à l'y faire venir, pouvez-vous lui donner la compréhension? « Un seul homme peut mener un cheval à la mare, mais une douzaine d'hommes ne pourraient le forcer à boire. » Je serais ravi toutefois de le voir chez moi, car ce serait une joie rare pour moi de le voir si embarrassé... Je préfère Lord N... mais il estime trop « notre Glover » pour aimer notre Constable renie (1). Il avait un tableau de Glover dont le premier plan consistait en une centaine de pots de fleurs rangés en ligne comme ceci (ici un croquis), le soleil était éclatant, mais ils ne projetaient aucune ombre.

« Varley, l'astrologue, sort d'ici et je lui ai acheté un

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