A présent Sir Francis La\vley
propos du mien, car je suis résolu à l'envoyer. Je désirerais beaucoup voir le vôtre, mais cela ne m'a pas été possible, comme vous me ferez la justice de le croire. J'ai rencontré Callcott à dîner l'autre jour ; il m'a dit qu'il regrettait beaucoup que vous ayez résolu de ne pas envoyer le Sterne. Je le regrette également ; il m'a dit qu'il « était très bon, et très digne de l'exposition » ; je le pense aussi. En tous cas. j'ai pensé qu'il pourrait vous être agréable de connaître son opinion, et je vous assure que ce fut la seule où nous sommes tombés d'accord pendant la soirée. Il pense que je ne crois pas ce que je dis, et que je cherche seulement à attirer l'attention en me singularisant ; mais mes tableaux étant mes actes montrent à mes dépens que je suis sincère, car
« Celui qui se pend ou se fait sauter la cervelle Le diable est en lui s'il fait semblant. »
Mais il est sur le bon bord Mes garçons sont
tous ici. J'ai vu mes petites filles dimanche, toutes en bonne santé, en sorte que le monde m'est léger comme une plume. »
« Charlotte Street, 24 avril. Mon cher Leslie, .... Je n'ai jamais été plus inquiet au sujet d'un tableau qu'avec l'envoi prématuré de celui-ci, et il n'a même pas ma qualité rédemptrice, le rural. »(1)
1. « Bien que L'Ouverture du Pont de Waterloo n'ait pas été un tableau populaire à l'exposition, c'est une des plus puissantes productions de Constable, en dépit du fait que le sujet était en réalité étranger à son tempérament et à son goût. On dit qu'après la mort de Constable l'éclat de l'œuvre fut anéanti par un marchand de tableaux, qui lui donna du « ton » au moyen d'une couche de noir fixé avec du vernis. Cette détérioration, si jamais elle fut faite, doit avoir été bien réparée, car l'impression que laisse à présent le tableau est celle d'une extraordinaire force et splendeur, bien que les masses
Les peintres, dans l'exécution de leurs œuvres, adoptent deux méthodes opposées. Chez quelques-uns c'est l'habitude de terminer une partie après l'autre à mesure que le tableau avance, de sorte que pendant qu'il est en train, on voit sur la toile des parties entièrement terminées ou très près de l'être, tandis que le reste est blanc. D'autres artistes exécutent le tout à la fois; ils emploient pour commencer une couleur faible et sourde, avec laquelle ils situent les masses, et procèdent graduellement aux détails, sans permettre qu'une partie avance beaucoup sur les autres, jusqu'à ce que le tout soit achevé. La première méthode est la plus favorable à la précision de touche, la seconde à la richesse de la surface et à la vérité du ton. Je n'ai pas besoin de dire que c'est cette dernière qu'avait adoptée Constable. 11 semble vraiment impossible dans le paysage que ces gradations presque imperceptibles de couleur et de lumière et d'ombre qui constituent en si
ultra-modernes de couleur épaisse du premier plan, obtenues par un très libre usage du couteau à palette, lui donnent une rudesse et une imprécision qui seraient choquantes dans toute salle ordinaire. A rAcadcmie il était accroché à côté d'une grise marine de Turner, et Leslie nous raconte dans son autobiographie, que le jour du vernissage Turner observait Constable en train de donner encore plus d'éclat à son tableau au moyen de touches de laque et de vermillon. Alors il sortit, revint avec sa palette, et sans dire un mot, mit une touche ronde de minium sur sa mer grise, ce qui fit paraître faible toute la couleur de Constable. « J'entrai dans la salle, dit le narrateur, au moment où Turner en sortait. « Il est venu, dit Constable, et il a tiré un coup de fusil. » Sur le mur d'en face était un tableau de Jones représentant Les Enfants dans la Fournaise ardente. « Un charbon du tableau de Jones, dit Cooper, a sauté à travers la salle, et a mis le feu à la mer de Turner. » Le grand homme ne revint plus dans la salle pendant un jour et demi, et alors, pendant les derniers moments accordés pour peindre, il passa un glacis sur le sceau écarjatc qu'il avait ajouté à son tableau et le transforma en une bouée. » C. J. Holmes, loc cil.
grande partie son charme, puissent être obtenues par tout autre moyen. Toutefois cela a ce désavantage de donner parfois à l'artiste la tentation de sacrifier trop les parties à l'effet général. Pour Constable le clair obscur était la seule chose qu'il fallait obtenir à n'importe quel prix. « J'ai toujours été résolu, disait-il, à ce que mes tableaux aient absolument du clair obscur, s'ils n'avaient rien d'autre. » Dans la poursuite de cette qualité indispensable et de cet éclat dans la nature qui échappe à tous les procédés ordinaires de la peinture, et qu'il n'est guère possible d'unir au poli de la surface, il fut amené par degrés à un mode particulier d'exécution qui offensait trop les gens incapables de voir l'effet de nature que cela donnait à une distance convenable. Dans le Pont de Waterloo il s'est laissé aller à l'excès à toutes les fantaisies du couteau à palette (dont il se servait avec une grande dextérité). Le sujet appelait une comparaison avec Canaletto, dont la précision d'exécution est merveilleuse, et la comparaison fut faite au grand désavantage de Constable. Même son ami, M. Stothard, secoua la tête et dit : « Très peu fini cela, Monsieur » et on jugea en général ce tableau comme un insuccès (1). Ce fut toutefois un insuccès glorieux. Je l*ai vu souvent depuis qu'il fut exposé, et j'oserai dire que la splendeur de plein midi de sa couleur ferait paraître presque toutes les œuvres de Canaletto, si on les plaçait à côté, telles que des clairs de lune. Mais on ne doit pas comparer de pareils tableaux: chacun a son propre mérite, et rien ne peut être plus vrai que la remarque de
1. « De Wint néanmoins admira tellement cette œuvre qu'en revenant de lAcadémie avec Constable, il lui proposa de lui donner en échange du couteau à palette dont il s'était servi ce jour- là un couteau en argent de la même dimension et de la même forme, mais Constable refusa. », Lord Windsor, loc. cit.
Constable affirmant que « les beaux tableaux ne demandent ni ne supportent la comparaison. » (1) Il est possible que c'est à ce temps-là qu'il écrivit cette remarque que j'ai trouvée sur un morceau de papier parmi ses notes : « Mon art ne flatte personne par Vimitation, il ne sollicite personne par le poli, il ne chatouille personne par la petitesse, il est sans sucreries ni fadaises, comment alors pourrais-je espérer être populaire? »
Constable exposa, avec le Pont de Waterloo, un très petit tableau, La Villa de Sir Richard Steele à Hampstead et Clair de lune, en plus quatre dessins, parmi lesquels était le Jaques et le Cerf blessé.
Quand il écrivit le billet suivant, toute pensée d'art était bannie de l'esprit de Constable par la maladie soudaine de sa fille aînée, atteinte de la fièvre scarlatine. « Charlotte Street, 22 juin. Mon cher Leslie, Merci de vos bonnes lignes. Je savais que vous seriez inquiet, et je regrette de dire que mon mot ne calmera pas votre inquiétude. Ma chère enfant est malade d'une façon alarmante. Son pouls est aujourd'hui à cent cinquante. Mon espoir est que ce jour-ci puisse être le plus mauvais, et Evans l'espère
aussi Le pauvre John Dunthorne (2) est chaque
jour, chaque heure même plus mal ; je ne pourrai le cour server longtemps. Je n'envisage pas une vieillesse heureuse, même si je devais y parvenir »
« 25 juin. Cher Lucas, Je vous envoie le tableau avec mes souhaits et mes vœux les meilleurs, qui je vous l'assure ne sont ni minces ni indifférents ; je suis plus soucieux pour vous que pour moi-même, soucieux que votre