‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 60 sur 77 · De Ruysdacl, appartenant à Sir Robert Peei · texte numérisé non relu

De Ruysdacl, appartenant à Sir Robert Peei

« l^"" octobre. Cher Lucas, . . . J'ai vraiment de tristes nouvelles du pauvre John Dunthorne, reçues de Suffolk. Il ne reverra jamais plus Londres. Il est cloué au lit et ne peut écrire »

« Cher Lucas, J'ai ajouté une Ruine à la petite Ferme du Presbytère (1), car ne pas avoir dans l'album un symbole de moi-même et de l'œuvre que j'ai projetée, ce serait manquer l'occasion. L'épreuve du nouveau Vieux Sarum fait bon effet ce matin, à sept heures et demie. 2 octobre. J. C. »

« 6 novembre. Mon cher Lucas, Je vais en Suffolk jeudi pour assister aux derniers devoirs rendus au pauvre John Dunthorne ; mais il « a combattu un bon combat » et je crois qu'il a dû quitter ce monde avec aussi peu de regrets que n'importe quel autre homme de son âge que j'aie rencontré Son bon père, qui était ici aujourd'hui, s'en est

retourné le cœur absolument brisé; il était si fier de lui, et il pouvait bien l'être. Ne commencez pas encore aujourd'hui la planche du nouveau Vieux Sarum. J'ai retouché une autre épreuve aujourd'hui, et elle fait si bien, que vous l'aimerez je crois, et que peut-être vous l'adopterez. Je l'ai faite en voyant ce matin l'arc-en-ciel de ce pauvre John

Dunthorne On aime le Stonehenge. Je veux dire

Leslie et la personne qui a fait une conférence sur ce sujet et qui a essayé de prouver que c'était un monument antédiluvien. La chose était ingénieuse. »

« Well Walk, 14 novembre. Mon cher Lucas. Je suis revenu hier soir, après avoir vu la dernière cérémonie du

1. C'était là une planche que Constable avait refusée, et que les masses générales de son dessin permirent de changer en une vue du Prieuré de Castle Acre. Elle ne fut pas publiée, quoiqu'il eût, je crois, l'intention d'en former, avec quelques autres planches, un appendice à l'ouvrage.

pauvre John ; personne ne peut remplir sa place auprès de moi. Que la volonté de Dieu soit faite! .... Hier dans la diligence, il y avait avec moi venant de Suffolk deux messieurs, étrangers l'un à l'autre. En passant par le vallon de Dedham, comme je disais que c'était splendide, l'un d'eux remarqua : « Oui, monsieur, c'est ici le pays de Constable. » Je lui dis alors qui j'étais, de peur qu'il ne gâtât ce qu'il avait dit. »

La délicieuse gravure, dans le Paysage Anglais, appelée Matinée d'Eté, est une vue du vallon de Dedham, à peu près tel qu'on le voit de la grand'route. Le premier plan et le ciel furent grandement modifiés par Constable pendant que la planche était en train. La charrue, les deux vaches, et la fille de ferme furent introduits à la place d'un seul personnage, celui d'un homme avec une faux sur l'épaule.

« Well Walk, 20 novembre. Mon cher Leslie, Mon domestique va chez Lucas et je profite de l'occasion pour vous renvoyer le De Hoogh, qui m'a fait beaucoup plaisir. Ces communications mutuelles d'étude contribuent beaucoup au bonheur de la vie J'enverrai à ma filleule le sermon de l'évêque Horne, avec un baiser, quand elle sera plus grande (1) »

« Charlotte Street. Mon cher Leslie, .... Je n'ai pas mis le pied à la rue depuis mon retour, mais j'ai terminé

1. Il lui fit cadeau l'année suivante du premier et du meilleur livre qu'on ait jamais écrit exprès pour les enfants : Les chansons du D' Wa.tts. Il est illustré de gravures sur bois d'après Stothard, et Constable non seulement les coloria splendidement, mais il ajouta des dessins de lui, tels par exemple un oiseau chantant sur son nid, pour la chanson contre les disputes, et une abeille se posant sur une rose pour celle sur l'activité industrieuse; et au-dessus des vers commençant ainsi : « Que les chiens se plaisent à aboyer et à mordre » il écrivit au crayon : « Pour Landsecr »,

OU terminerai demain un petit bois, et une tête, deux commandes de vieille date, et ainsi j'ai assuré ma tranquillité d'esprit. Quant à l'exposition, la « Maison que construisit Jack » me suffira.

Constable avait depuis peu fait la connaissance d'une personne qui était son homonyme, quoique n'étant pas parent, M. George Constable d'Arundel, et ce fut le commencement d'une chaleureuse amitié qui contribua beaucoup au bonheur de ses dernières années. La lettre qui suit est adressée à ce dernier: « Je me permets de vous envoyer les exemplaires de mon ouvrage pour que vous choisissiez. Les épreuves qui sont cachetées ont été examinées de près par moi; mais je vous envoie celles que vous avez eues hier soir pour les comparer avec celles sur Chine. J'envoie aussi les gravures, qui sont également bonnes, car c'est nousmêmes qui les avons toutes tirées (1). Je serais heureux si je croyais que mon ouvrage pût jamais faire ses frais; car je contente ma vanité aux dépens de mes enfants, et j'aurais désiré qu'ils pussent vivre de moi, et non le contraire. Ma seule consolation est que ma fortune ne m'ait pas fait me réfugier dans la paresse, comme mes grandes toiles, les rêves d'une vie heureuse mais peu favorable, le prouveront. Pardonnez, je vous prie, le manque de réserve de ce hâtif griffonnage. Croyez-moi, mon cher monsieur, votre reconnaissant et dévoué, John Constable. »

Il était alors occupé à peindre Englefield House, dans le comté de Berk, pour son propriétaire, M. Benyon de Beauvoir, et il en fit un superbe tableau, bien que le sujet fût ingrat. La commande lui avait été procurée par la recommandation de M. Samuel Lane.

« 17 décembre. Mon cher Leslie, J'ai été extrêmement désappointé de vous manquer ainsi que M™^ Leslie mardi

Page 1