‹ John Keats et les odesChapitre 17 sur 18 · ODE A LA MELANCOLIE · texte numérisé non relu

ODE A LA MELANCOLIE

N'allez point au Léthé et point ne demandez

A l'aconit vivace un suc qui empoisonne.

Point n'est besoin que Proserpine aille effleurer

Votre front pâle avec les baies de belladone,

Les baies de l'if pieux n'allez point égrener.

Que ni le scarabée ou le triste phalène

Ne soient votre Psyché en deuil, ni la chouette

Le confident admis à vos secrètes peines,

Car ]a torpeur de l'ombre est prompte à submerger

L'âme où déjà s'étend une nuit inquiète.

Mais quand du ciel soudain s'abattra sur ton cœur La mélancolie telle une nuée d'orage Qui de larmes nourrit les languissantes fleurs Et du manteau d'avril revêt le vert bocage, Fais coûter à ton deuil la rose matinale, L'arc-en-ciel incliné sur les ondes amères, La pivoine arrondie en exquise splendeur; Si ta maîtresse montre une aimable colère. Serre sa douce main; laisse couler ses larmes, Savourant de ses yeux l'inégalable charme.

Amie de la beauté — celle qui doit mourir, Et de joie, une main sur ses lèvres vermeilles, Prête à l'adieu; amie du douloureux plaisir. Qui prépare un poison dans le miel de l'abeille; Oui, c'est au cœur du temple de la volupté Que la mélancolie voilée à ses vestales. Où seul vient adorer celui qui du plaisir Sait l'art de savourer le raisin éclaté. Son âme éprouvera sa puissance fatale.

Et parmi ses trophées sombres ira finir.

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