‹ John Keats et les odesChapitre 18 sur 18 · ODE A L'AUTOMNE · texte numérisé non relu

ODE A L'AUTOMNE

Saison des brumes et des fruits les plus sucrés, Du soleil mûrisseur ô l'amie la plus douce, Conspirant avec lui des moyens de charger La pampre autour du toit de chaume déroulé, Qui veut de pommes courber l'arbre vert de mousse. Et de maturité veut tous les fruits emplir, Gonfler la calebasse et grossir la noisette D'une amande sucrée, et veut épanouir Les fleurs dernières à foison pour les avettes Qui croiront cet automne un été éternel. Puisqu'il fait déborder leurs cellules de miel.

Qui ne t'a vue parmi les trésors de la terre? Si l'on va par les champs, o paysanne heureuse. On te trouve au repos sur le plancher de l'aire, Les cheveux caressés du souffle des vanneuses, Ou bien dormant sur un sillon demi-fauché, Et les yeux alourdis du parfum des pavots. Tandis que par ta faux l'andain est épargné. L'on peut te voir parfois, ainsi qu'une glaneuse, La tête droite sous le faix, traverser l'eau. Ou bien près du pressoir surveiller, patiente. Le cidre qui s'écoule, aux cours des heures lentes.

Mais où sont du Printemps,las!où sont les chansons? Ne les désire point: n'as-tu donc pas les tiennes? Quand les fleurs des nuées s'ouvrent au jour mou-

[rant Et caressent de pourpre un reste de moissons, Alors les moucherons, en leur plaintive antienne, Parmi les saules du ruisseau, légèrement. Obéissent au rythme irrégulier du vent, Et l'agneau déjà grand sur la colline bêle. Au fond des haies le grillon chante et le robin De son moelleux fausset éveille le jardin. Tandis que dans le ciel gazouille l'hirondelle.

PR Catel, Jean

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