‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 133 sur 321 · Works, II · texte numérisé non relu

Works, II

3. « Euphues and his England. Containing his voyage and aduentures, myxed with sundry pretie discourses of honest Loue, the discription of the countrey, the Court, and the mañners of that Isle ».

4. Je ne serais même pas étonné si plusieurs des critiques qui ont parlé de l'Euphues n'avaient pas lu les deux parties; sans cela, comment s'expliquer que l’on ait si souvent affirmé que l’Anatomy of Wit et l'Euphues and his England avaient mêmes caractères ?

Dans les deux Euphues nous avons pu découvrir, à travers bien des gaucheries, un développement presque ininterrompu de la technique lylienne : dans le théâtre, au contraire, nous n'avons à constater ni progression ni tâtonnements. Les huit pièces qui nous sont parvenues présentent, il est vrai, des différences sensibles dans la forme ; mais elles n’en sont pas moins conçues selon une formule parfaitement nette et que l’auteur appliqua du premier coup. Elles échappent à tout classement dès que l’on veut en estimer la valeur ; elles forment un bloc homogène dans lequel il est impossible de tailler ces trois périodes, que l'on distingue d'ordinaire dans l'étude d'un dramatiste les débuts, l'apogée et le déclin t.

La raison de cette différence entre les deux parties de l'œuvre n'est pas difficile à trouver. Dans le roman, Lyly avait à peu près tout à créer; dans le théâtre, il bénéficrait de l'exemple de ses prédécesseurs et des modèles qu'ils lui avaient légués, après un quart de siècle d'efforts continus. Cette assertion surprendra, j'en suis sûr ; car elle va à

1, Pour ma part, je ne distingue pas une courbe bien nette dans le développement dramatique de Lyly. Les différences que nous aurons à relever plus loin sont plus spécifiques qu'esthétiques. On peut dire, en somme, que Lyly a atteint du premier coup à un certain niveau qu’il n'a guère dépassé ensuite. Certains critiques ne considèrent-ils pas Campaspe comme la meilleure de ses comédies ?

l'encontre de toutes les idées jusqu'ici admises sur l'originalité de Lyly. Depuis quelque temps, en effet, dans le but louable de réagir contre l’injuste oubli du XVITT- siècle, on s’est laissé entraîner à exalter notre auteur et à le placer bien au-dessus de ses prédécesseurs. D’après ses partisans les plus enthousiastes, Lyly aurait été le grand ouvrier qui a défriché le terrain de la comédie anglaise ! et qui a émancipé le théâtre? ; le premier il aurait su écrire des pièces nettes et cohérentes, brillantes et aisées 3; il aurait été le créateur de genres inconnus avant lui : la comédie-masque, la comédie romanesque 5, le drame historique f, et il aurait enseigné l'usage de la prose comme moyen d'expression dramatique ? ; avec lui, l'intrigue serait enfin sortie de la léthargie dans laquelle elle était restée plongée depuis l’époque romaine 8 ; c’est chez lui que l’on percevrait les premiers essais pour brouiller les fils multicolores d'inirigues principales et secondaires ? ; il aurait introduit en Angleterre un comique idéalisé 1. Et l’on résume parfois le mérite de toutes ces nouveautés en lui octroyant une de ces paternités que l’on décerne volontiers en ces temps de critique évolutive : « Lyly », dit-on, « est le père de la comédie anglaise 11 ».

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