Ibid
10. R. W. Bond, Lyly, Works, II, 252; J. P. Baker, Endymion, cIxxxv.
11, J. D. Wilson, Lyly, 140.
Sans doute, si l'on évoque les spectres de productions amorphes et enfantinement gauches comme Thersites, Misogonus, Tom Tiler, Jack Juggler, Gammer Gurton's Needle — on pourrait ajouter Ralph Royster Doyster — on à beau jeu pour démontrer que le théâtre de Lyly marque un progrès presque incommensurable. Mais ce n'est pas avec les êtres décharnés et diaphanes qui continuèrent à obstruer la scène populaire jusqu'au jour où ils furent rudement chassés par la troupe vigoureuse des héros shaksperiens, qu'il faut établir la comparaison. Lyly a écrit presque exclusivement pour la reine et pour les courtisans, et c'est, en conséquence, dans le théâtre de cour que nous devrions chercher les modèles possibles des Campaspe, des Sapho and Phao, etc. Ce théâtre dont on ne tient jamais compte était pourtant fort riche. On jouait environ sept fois par an devant la reine, c’est-à-dire que, depuis l'avènement d'Elizabeth jusqu’au moment où Lyly écrivit sa première comédie, on avait déjà représenté quelque cent cinquante pièces. Presque toutes ces pièces sont aujourd’hui perdues 1; il n’en demeure pas moins vrai qu’elles ont existé. Que. ce théâtre de cour ait eu une évolution autre, et surtout plus rapide que celle qui se poursuivait languissamment sur les scènes de la ville, on n’en saurait douter. Les œuvres dramatiques, avant d'être Jouées, étaient soumises au sévère examen des officiers des Revels, tous gens de cour et d'éducation; et les meilleures d’entre
1. Parmi les pièces antérieures à Lyly, et que nous savons d’une manière certaine avoir été jouées devant la reine, nous ne pouvons citer que : Gorboduc (1562), Tancred and Gismund (1568) et Damon and Pithias (1564). Les deux premières sont des tragédies, la dernière est une tragi-comédie. On a voulu voir également dans Godly Queen Hester (1561), Appius and Virginia (? 1563), Horestes (1567), Cambises (? 1569), d’autres spécimens du théâtre de cour; mais aucune d'elles ne porte sur le titre qu’elles furent représentées devant la reine, et leur identification avec des pièces, dont les titres analogues figurent sur les comptes äâes Revels, sont on ne peut plus hypothétiques.
elles, après avoir été acceptées, subissaient un travail de correction, ou plutôt d'adaptation aux goûts du public raffiné dont la reine était l'âme t. La pression ainsi exercée sur le théâtre a eu des résultats dont nous pouvons à peine concevoir aujourd'hui l'importance; elle a dû produire des effets comparables à ceux d’une culture forcée. La dictature exercée par le Master of the Revels permettait évidemment aux préférences littéraires de la Cour de s'imposer avec toute leur force, et la sélection que ce puissant personnage faisait dans la production dramatique stimulait nécessairement le désir de progrès. Les titres des pièces que nous connaissons sont, à cet égard, éminemment suggestifs. Ils nous laissent entrevoir que la tragédie et la comédie à sujets classiques avaient trouvé asile et encouragement auprès du public aristocratique : Oreste, Iphigénie, Ajax, Ulysse, Narcisse, Quintus Fabius, Timoclée, Alexandre, Persée, Andromède, Mutius Scévola, Scipion, Serpedon, Pompée ?, etc., tous les héros historiques ou mythologiques avaient déjà été ressuscités sur la scène royale, alors que Lyly commençait à peine à rêver de littérature. Ces titres nous prouvent, en outre, que dans cette atmosphère favorable et tiède, le théâtre avait pris un développement merveilleux. Tous les genres semblent avoir été cultivés, depuis les moralités vieillissantes jusqu'aux plus récentes importations italiennes, comme la pastorale. Et les nombreuses dénominations par lesquelles les officiers des Revels s’appliquaient à différencier les divertissements qu'ils avaient à préparer, — on trouve dans leurs livres de comptes, des morals, des pastorals, des stories, des hislories, des tragedies, des comedies, des interludes, des
1. Voir Feuillerat, Documents relating to the Office of the Revels (Eliz.), Subject Index, au mot : Plays.