‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 136 sur 321 · Ibid., pp. 119, 145, 193, 206, 213, 256, 321 et · texte numérisé non relu

Ibid., pp. 119, 145, 193, 206, 213, 256, 321 et

inventions, des antick plays ! —— témoignent de l'ingéniosité des auteurs dans leurs efforts pour varier les régals scéniques qu'ils offraient à la reine. Enfin, que dans cette longue liste de pièces aujourd'hui perdues nous eussions pu trouver des comédies égales à celles de Lyly, en valeur esthétique aussi bien qu'en développement spécifique, on n'en saurait également douter, quand on songe que, dès 1564, Edwards avait déjà appliqué une formule de tragicomédie de cour, où le comique, s’il n’est pas des plus fins, est, du moins, pur de toute grossièreté ?, el que Peele, dans l'hésitation de ses débuts, avait écrit son Arraignment 0j Paris (probablement jouée en 1581) 3, comédie sur un sujet grec à caractère mythologique et allégorique, qui n'est certainement pas inférieure à la meilleure des comédies lyliennes. Assurément Lyly était plus avisé que la critique moderne, lorsque dans le Prologue de Sapho and Phao, avec une modestie sans doute feinte, mais qui n'enlève rien à la valeur de la constatation, il considérait sa propre pièce comme de « l'absinthe amère », en comparaison des « épices suaves » avec lesquelles on avait, avant lui, flatié le goût de la reine “. Il ne saurait à aucun titre passer pour

1. Voir Feuillerat, Documents relating to the Office of the Revels (Eliz.), Subject Index, sous chacun de ces mots.

2, On trouve dans Damon & Pithias les principales caractéristiques d’une pièce comme Campaspe : le milieu d’une Cour avec ses pages espiègles ; des personnages empruntés à l’histoire grecque ; le mélange d’un tragique adouci et d'un comique épuré ; un dialogue parfois vif et antithétique, parfois alourdi par un esprit de mots quelque peu pédantesque. Je ne crois pas que l’on puisse découvrir dans la pièce la moindre intention allégorique ; mais, en revanche, les précautions prises par l’auteur dans le Prologue, pour réfuter à l’avance les fausses interprétations, nous prouvent qu'à l’époque on était déjà habitué à chercher des allusions cachées dans les pièces jouées à la Cour.

3. Nash a appelé cette pièce « Peele’s first encrease » (Preface to Greene’s Menaphon, p. 26). The Arraignment of Paris fut représentée, dit M. Greg, « no doubt in 1581 » (Pastoral Poetry, etc., 216).

4. « Your Highnesse eies », dit-il à la reine, « whom varietie hath filled with fayre showes, and whose eares pleasure hath possessed with rare soundes, will (we trust) at this time resemble the princely Eagle, who fearing to surfeit on spices, stoupeth to bite on wormwood » (Works, II, 372).

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un novateur dans le genre dramatique anglais; venu à un moment où toutes les tentatives avaient déjà été faites, il n’a eu sans doute qu’à choisir parmi les spécimens variés du théâtre de cour ceux qui convenaient le mieux à son but et à son tempérament. Il serait même téméraire de supposer qu'il ait contribué à faire progresser le genre dramatique dont nous avons entrevu le riche développement.

Les Sources.

Avec la disparition du théâtre de cour, nous avons perdu non seulement le moyen de déterminer la place de Lyly dans l’évolution de ce genre, mais encore la possibilité de rechercher jusqu'à quel point notre auteur était redevable à ses prédécesseurs t. Et aussi longtemps que ce problème, en demeurant insoluble, continuera à inquiéter les critiques soucieux d'arriver à la vérité, toute histoire des sources, il faut bien le dire, sera incomplète et incertaine. Cependant pareille étude n’est pas impossible. Car Lyly, en raison des goûts du public pour lequel il écrivait, a sept fois sur huit traité des sujets fondés soit sur la mythologie, soit sur l'histoire classique, et l’on en peut, par suite,

1. Nous avons dit, cependant, qu’il y avait de nombreuses ressemblances entre le Damon & Pithias d'Edwards et Campaspe. Bond a également vu des ressouvenirs de la première pièce dans les deux Euphues (Lyly, Works, II, 238, note 1). Il est, de même, vraisemblable que Lyly, lorsqu'il à écrit The Woman in the Moone, a songé à The Rare Triumphs of Love and Fortune (imprimée en 1589, mais jouée plusieurs années auparavant à la Cour), une tragi-comédie mythologique, dans laquelle on voit certaines divinités olympiennes culminer tour à tour, et influencer le sort de deux amants (Cf. Bond, Lyly, Works, III, 236). On pourrait encore supposer que Lyly connaissait la pièce de Timoclia at the sege of Thebes, jouée à Hampton Court, le soir de la Chandeleur 1573/4, et qu'il s’en est inspiré dans Campaspe (I, i) (Cependant, voir page suivante).

retrouver tout au moins la substance dans les auteurs grecs et latins.

Ces emprunts à l'antiquité forment, dans l'œuvre dramatique de Lyly, une part très importante. On peut dire que toute la matière des pièces est classique d'origine. À Plutarque Lyly doit la plupart des scènes épisodiques de Campaspe : c'est dans la Vie d'Alexandre qu'il a pris l’idée de la rencontre entre le héros macédonien et Timoclée; le même ouvrage lui a aussi fourni des détails sur Héphestion, Clitus et Parménion, le texte des questions posées aux Gymnosophistes et une anecdote sur Diogènet. Les autres scènes où paraît le Cynique ont été extraites de Diogène Laërce?. Lyly a trouvé dans Hésiode la conception satirique du personnage de Pandora et l’'énumération des dons

que les « immortels habitants de l’'Olympe avaient faits à cet objet fatal 3 ». Il s'est inspiré d’Elien lorsqu'il a représenté Vénus amoureuse de Phaon#.

Cependant, comme tous les gens qui appartiennent à cette époque déjà déclinante de la Renaissance, notre auteur avait avec la littérature grecque un commerce moins intime

1. Lyly s’est servi de la traduction de Plutarque par North, dans l'édition de 1580 (Bond, Lyly, Works, II, 307). L'histoire de Timoclée se trouve au chapitre xii; le récit de l’entrevue entre Alexandre et Diogène au chapitre xiv; l’entrevue entre Alexandre et les Gymnosophistes au chapitre Ixiv.

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