More, History of Richard III
prendre en considération la théorie du D' Landmannt. Et certes, elle est vraiment trop simple pour pouvoir expliquer d'une manière satisfaisante et définitive la naissance de cette chose complexe qu'est le développement d’un style. Les mouvements littéraires, quand ils sont durables, ne peuvent guère se ramener à limitation d'un homme ou d'une œuvre uniques ; ils sont généralement la résultante de forces diverses. L'euphuisme ne fait pas exception à cette loi. Il ne s’est pas ébranlé brusquement sous la simple impulsion communiquée par un livre même aussi singulier que le Relox. Il à fallu tout un ensemble d’influences faisant simultanément pression sur la prose anglaise pour déterminer la formation de ces caractères que nous avons analysés chez notre auteur.
Parmi ces influences, il faut placer en premier lieu celle qui donna au monde moderne le goût de la prose ornée? : j'entends la fascination exercée par les langues classiques sur les gens de la Renaissance. Car les humanistes n'admiraient pas seulement dans l'antiquité la grandeur de ses doctrines et les exemples de sagesse qu'elle offrait. Ils étaient tout aussi sensibles à la forme harmonieuse et claire, s'adaptant à la pensée si aisément qu’elle semblait lui communiquer comme de la transparence 5. Et en songeant à la pauvreté où languissait la prose moderne, à ses allures dépenaillées, à ses balbutiements enfantins, ils se sentaient
1. Tout ce que l’on peut dire, c’est que Guevara eut du succès en Angleterre parce que son style avait quelques-uns des caractères que l’on recherchait dans la prose anglaise.
2. L’euphuisme n’est, en effet, qu’un des symptômes d’une maladie générale à l'Europe tout entière. En France, en Italie, en Espagne, on retrouve le même besoin d'affiner la langue, et aussi même excès dans l'emploi de l’ornement. Le langage des Précieuses, le Marinisme, le Gongorisme furent les résultats — souvent assez différents dans la forme — de cet effort pour améliorer l’idiome national.
3. « In the Greek and Latin tongue... we find always wisdom and eloquence, good matter and good utterance, never or seldom asunder- » (Ascham, Schooïmaster, Works, IV, 211).
pris de honte el aussi du désir d'élever leur langue nationale jusqu'à ce degré de perfection qui les émerveillait. Mais, ainsi qu'il arrive aux débutants, les humanistes, pour atteindre l'idéal entrevu, ne choisissaient guère leurs modèles parmi les auteurs chez qui la beauté de la forme élait due à un art sévère fait de simplicité et de contrainte. Ils se sentaient plutôt attirés vers ceux qui, par l'emploi mécanique de procédés faciles, étaient parvenus à donner à leur style un brillant factice mais éblouissant 1. Or, tous les écrivains antiques qui ont cultivé la prose artistique ou ornée ont fait un usage plus ou moins constant de ces mêmes procédés de style que nous avons dit être ceux des euphuistes ?. Depuis le jour où Gorgias et Isocrate eurent révélé les eflets du balancement (isocôlon ou parison), de l’antithèse, de la rime (homoioteleuton), des jeux de mots ou assonances et consonances (paronomasia) 8, ces figures ne cessèrent pas d'être la presque unique ressource des stylistes. Elles ornent les styles d'Hérodote#, de Thucydide 5, de Lysias6, de Dinarque 7; elles se laissent découvrir sous les boursouflures de la prose « asiatiqueS » elles apparaissent même de çà et de là chez Platon ®?. Chez
1. Ascham se plaignait dans une lettre à Sturm qu’à Oxford l’on étudiât, de préférence aux bons auteurs, des écrivains comme Lucien, Plutarque, Hérodien, Sénèque, Aulu-Gelle, Apulée. Lui-même, d’ailleurs, faisait lire Saint- Cyprien à son élève Elizabeth (Works, I, 190, 199).
2. Dans l’admirable compilation de M. Norden (Die Antike Kunstprosa), les Antithese (Parisose), Homoioteleuton, Reim, Wortspiel, sont presque les seules figures de style figurant dans l'index.
3. M. Robertson, en effet, donne des figures de Gorgias la définition suivante : « To the question, Which are the Gorgianic Figures? our answer therefore is, antithesis, parison, paromoion, and paronomasia » (The Gorgianic Figures, p. 7). Cf. Norden, Antike Kunstprosa (p. 16 et sqq.).
4. Robertson, Gorgianic Figures, 33-35; Norden, Antike Kunsiprosa, 21.
. Robertson, 1bid., 17, 35-37; Norden, 1bid., 99. . Robertson, 1bid., 33; Norden, 1bid., 1%.
. Robertson, 1bid., 41.
. Norden, Antike Kunstprosa, 138.
. 1bid., 106.
© © J ® ot
les Latins, elles ressuscitent dans les œuvres de Salluste, de Népos, de Sénèque, de Tacite et de Pline l'Ancien t : elles règlent même l'ordonnance complexe de la période de Cicéron, en lequel M. Havet a pu voir avec raison le plus magnifique rejeton de la gloire et de l’éloquence 1isocratique ?; elles triomphent, à l'époque de la décadence, avec des auteurs grecs comme Achille Tatius et Longus, ou latins comme Apulée, Tertullien, Cyprien et, d’une façon générale, avec toute l'école chrétienne d'Afrique #.
Parmi les écrivains que je viens d'énumérer, 1l y en a un qui, dès l’origine, eut en Angleterre une vogue toute particulière : Isocrate. Les œuvres du rhéteur athénien élaient imposées par décrets royaux comme sujets d'étude dans les Universités 4. C’est en lisant quelques-uns de ses discours qu'Elizabeth avait été initiée par son maître Ascham aux charmes du grec5 ; et lorsque Elyot voulut essayer si la langue anglaise était capable d'atteindre à Ia vivacité et à la propriété de termes de la grecque, 1l traduisit le Discours à Nicoclès, « un petit livre » qui, à son avis, « se pouvait comparer pour la sagesse des idées et la brièveté des phrases à n'importe quel livre, les Saintes Ecritures exceptées 5 ». On peut donc avec assez de vrai-