‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 214 sur 321 · bid., f0S · texte numérisé non relu

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Il est cependant un des caractères de l'euphuisme que l'on ne saurait rattacher à l'influence antique, car il n'avait guère été employé par les auteurs latins et grecs : Je veux dire l'allitérationt. Et pour expliquer l'adoption par la prose anglaise de ce procédé de style avant tout saxon, il faut évidemment admettre l’action d’une autre influence, celle de la poésie anglaise ?. Cette influence était d’ailleurs inévitable. Plusieurs raisons devaient amener la prose, dans ses premiers pas, à demander à la poésie le moyen d'atteindre à la perfection cherchées. D'abord l'assimilation des deux formes était en quelque sorte prêchée par les anciens eux-mêmes. « [1 faut », avait dit Cicéron, « que la

1. L'allitération n’était pas inconnue des anciens; elle apparaît notamment chez tous ceux qui ont fait usage des figures de Gorgias (Cf. Norden, Antike Kunstprosa, 59 et passim). Mais elle est chez eux accidentelle, plus instinctive que voulue.

2. La prose, dès ses débuts, avait d’ailleurs emprunté à la poésie ce moyen commode pour donner du relief à la phrase. On pourrait donc trouver des exemples de prose allitérée bien avant que l’humanisme eût éveillé le désir du style orné. M. le Prof. Ker a bien voulu me signaler les deux passages suivants : « A ihesu, mi liues luue hwat herte ne mai to breke hwen ha herof thenches, hu thou that menske art of al mon kin, of alle bales bote, mon for to Menske swuch schome tholedes. Mon spekes ofte of wundres and of selcuthes that misliche and #”1onifald have bifallen. bote this was te measte wunder that eauer bifel on eorthe, ya wunder ouer wundres that tat kidde keiser cruned in heuene, schuppere of alle schaîftes, for to mensken hise fan walde henge bituhhe twa theoues » (014 English Homilies, 64. Morris, 981).

« Se gleade ha beoth of godd that al is hare blisse se muchel that ne mei hit Mmunne na #Auth, ne spealie na speche, for thi that euchan luueth other as him seoluen... Warpeth ut, quoth warschipe, farlac ure fa, etc. » (1bid., 263- 265). Dans ce dernier exemple, l’allitération sert à marquer le balancement. Cf. Child, Euphuism, 190. Les proverbes étaient aussi le plus souvent allitérés.

Je crois inutile de démontrer qu’au commencement du XVIe siècle la poésie abusait de l’allitération. Ceux qui voudraient avoir de nombreux exemples les trouveront dans Child, ÆEuphuism, 71-75.

3. M. le Prof. Ker a fait très justement remarquer que pendant longtemps la forme poétique exerça une sorte de dictature sur la pensée anglaise. Lorsque l’on écrivait en prose, il fallait faire quelques concessions au goût général qui n’admettait pas d'autre forme que le vers, même dans des ouvrages d’érudition (Introduction to H. Craik, English Prose, p. 10). Colet, d’ailleurs, nous offre un exemple très intéressant de cette étude que les humanistes firent des modèles poétiques. C’est en lisant les vieux poètes anglais qu’il cherchait à améliorer et à orner le style de ses discours (£rasmi Epistolæ, Jodoco Jonae, juin 1519, p. 703). Cf. Warton, History of English Poetry, IV, 6.

prose ait le nombre, la cadence, la marche régulière et arrêtée du verst ». Et, en effet, tous les théoriciens anglais avaient adopté religieusement ce principe. Ils ne semblent avoir fait aucune différence entre les procédés de la prose el ceux de la poésie. Sidney, voulant indiquer les excès que doivent éviter les poètes, se livre à une critique de l'ornementalion des prosateurs de son temps?. Puttenham abordant l'étude des beautés poétiques débute par un long préambule sur la nécessité pour un orateur d’orner son discours $. D'autre part, les figures de Gorgias, ainsi que je l'ai déjà montré dans l'analyse de l'euphuisme, sont éminemment productrices de rythme poétique : il était naturel qu'une confusion entre les deux formes se produisit dans l'esprit des écrivains. Et cela d'autant mieux qu'à cette époque la poésie, sous l'influence du pétrarquisme, abusait elle-même de l’antithèse. En sorte que-rien ne ressemblait davantage à la prose qui se formait sous l'influence antique que le style poétique déjà mis à la mode par les Wyatt et les Surrey.

Le processus de la formation du style euphuistique apparaît donc maintenant avec clarté. L'euphuisme, comme la plupart des mouvements de style européens qui se produisirent au temps de la Renaissance, est dû à l’imitation des littératures antiques; plus particulièrement, il constitue un rejeton anglais de l’école de Gorgias. Isocrate, parce qu'il avait employé les figures de Gorgias avec le plus de succès et aussi parce qu'il eut une très grande vogue, semble avoir été l'écrivain qui fit adopter ces figures par les stylistes

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2. Sidney, Apologie for Poetrie, 59. Il a même affirmé en propres termes l'identité de ces deux langues : « Me thinkes I deserve to be pounded, for straying from Poetrie to Oratorie; but both have such an affinity in this wordish consideration, that I thinke this digression will make my meaning receive the fuller understanding ».

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