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avaient beau jeu. Les masques et autres représentations du même genre reposaient essentiellement sur l'application de ce procédé d'interprétation. La reine y était adulée à l'aide de personnages mythologiques, et sous leur couvert les auteurs y poursuivaient assez souvent la réalisation de leurs intrigues de court. Et à leur tour, ces masques avaient contribué à répandre l'habitude d'identifier dans la tragédie ou dans la comédie les êtres fichifs et les êtres réels entre lesquels on surprenait quelque ressemblance ; si générale était cette habitude que les malheureux auteurs dramatiques étaient parfois obligés, par précaution, de nier à l'avance toute intention allégorique ?.
Il n’y aurait donc rien d'étonnant à ce que des gens, ainsi entraînés à torturer le sens littéral de toutes choses pour en extraire un sens détourné, aient su trouver dans Campaspe une occasion d'exercer leur ingéniosité, d'autant plus que la pièce prêtait à ces jeux de rapprochements. Il y avait entre certaines situations et des événements récents des coïncidences frappantes. Il était impossible de
1. « My Lord of Essex’s Deuise is much comended in these late Triumphes... The World makes many vntrue Constructions of these Speaches, comparing the Hermitt and the Secretary, to two of the Lords, and the Soldier to Sir Roger Williams; but the Queen said, that if she had thought their had bene so moch said of her, she wold not haue bene their that Night, and soe went to Bed » (Lettre de Rowland Whyte à Robert Sidney dans Collins, Letters & Memorials of State, I, 362).
2. Voir Edwards, Prologue to Damon & Pithias, et Nash, Prologue et Epilogue to Summer’s Last Will & Testament. Nash s’est plaint aussi que, dans son Zacke Wilton, l’on ait cherché à « anagrammatize the name of Wittemberge to one of the Universities of England ». Et il ajoute cette intéressante satire de la manie allégorique de son époque : « Busie wits.… not so much as out of mutton and potage but they wil construe a meaning of Kings and Princes. Let one but name bread, they will interpret it to be the town of Bredan in the low countreyes; if of beere he talkes, then straight he mocks the Countie Beroune in France. If of foule weather or a shower of raine, he hath relation to some that shall raigne next. Infinite number of these phanatical strange hierogliphicks haue these new decipherers framed to them selues, & stretcht words on the tenter hooks so miserably, that a man were as good, considering euerie circumstance, write on cheuerell as on paper » (Christ’s Teares, Works, II, 182).
ne pas remarquer que les invectives contre Athènes, dans Campaspe el dans l’'Anatomy of Wit, avaient même accent et même portée. Une fois engagé dans cette voie, on devait songer qu'Elizabeth aimait se comparer à Alexandre ?, et que l'auteur, dans l’'Euphues and his England, avait lui-même institué la comparaison. De là à découvrir que la fausse position d'Apelle et de Campaspe vis-à-vis d'Alexandre avait eu des analogues à la Cour anglaise, il n'y avait qu'un pas. Ne voyait-on pas assez souvent quelque dame d'honneur, oubliant le chaste exemple et les sévères recommandations d’Elzabeth, écouter les doux propos d'un entreprenant cavalier et éveiller ainsi les jalouses susceptibilités de la reine 4? Les plus subtils parmi les spectateurs ne pouvaient-ils même pas trouver une ressemblance entre la clémence d'Alexandre et le pardon qu'Elzabeth, en de douloureuses circonstances, accorda à son favori Leicester lors du mariage avec Lady Essex? Toutes ces choses — et peut-être bien d'autres encore — les courtisans durent se les dire. On jasa, sans doute ; et dès lors il n'est pas invraisemblable que de pareilles interprétations, colportées dans les antichambres, aient révélé à l’auteur tout le parti qu'il pouvait tirer de ces goûts de la Cour. Toujours est-il que, dans Sapho and Phao, sa seconde pièce, renonçant au genre historique, il se tourna vers une forme dramatique à
de Acte TV,-sc.i.
2, Voir son discours latin, prononcé en août 1564, à Cambridge (Cité par Creighton, Elizabeth, 82). C’est probablement par imitation d'Alexandre qu'elle défendit, en 1563, que « no one should take her portrait except one cunning painter » (Nichols, Progresses of Elizabeth, I, xii).
3. « Touchinge hir Magnanimitie, hir Maiestie, hir Estate royall, there was neyther Alexander, nor Galba the Emperour, nor any that might be compared with hir » (Works, II, 215).
4. À un certain moment Alexandre dit aux deux amants : « Me thinks I might haue bin made priuie to your affection; though my counsell had not bene necessary, yet my countenance might haue bin thought requisite » (Acte V, sc. iv, 97). IL est certain que cette phrase fait songer à la jalousie manifestée par Elizabeth en de semblables occasions.
laquelle il allait désormais donner le meilleur de son talent : la comédie allégorique.
L'occasion était d’ailleurs favorable, car venaient de se dérouler à la Cour des événements bien dignes de figurer dans une comédie. C’est à ce moment qu'avaient été nouées brusquement, et non moins brusquement dénouées, les fiançailles de la reine Elizabeth et du duc d'Alençon. L'idée de donner un prince français comme époux à Elizabeth et de sceller ainsi une alliance entre la France et l'Angleterre était un vieux projet de Catherine de Médicis. Entre 1565 et 1570, la reine-mère avait successivement proposé le roi Charles IX et son frère le duc d'Anjou‘. Les négociations n'ayant pas abouti, elle avait en fin de compte mis en avant son quatrième fils, le duc d'Alençon ?. Il paraît que cette dernière offre n'était pas très sérieuse; mais le duc n'était pas heureux à la Cour de France ; il vit dans ce projet une occasion de sortir de sa médiocre situation #. L'imagination aidant, il entoura ce mariage d'une atmosphère romanesque ; il se vit bientôt transformé en chevalier déshérité, fuyant en Angleterre, pour y aller conquérir la princesse incomparable et un trône “.
Mais la Cour anglaise avait montré moins d'ardeur que le prince et, depuis 1571, les négociations traînaient sans aboutir. Une visite du prétendant, en août 1579, n'avait donné aucun résultat. L'idée du mariage prenait de la force ou s'évanouissait, selon que la politique anglaise avait plus ou moins besoin de l'alliance française pour contrecarrer les desseins de Philippe; et le projet avait été si souvent fait et défait — véritable toile de Pénélope — qu'en Angle-
Froude, History of England, ix, 356 et passim. Ibid., ix, 366, 480.
Ibid., x, 372.
4. Maisonfieur, son confident, lorsqu'il lui écrivait, l’appelait « Don Lucidor » (V. Hatfield Papers, Historical Mss. Commission, Pt. IT, 29).