‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 79 sur 321 · Voir acte IV, scène i · texte numérisé non relu

Voir acte IV, scène i

3. I1 y a un autre trait qui semble se rapporter à Paulet. Paulet, toujours méfiant, se montrait d’une sévérité ridicule. Marie Stuart avait un appartement qui donnait sur une cour intérieure; elle supplia son gardien de lui donner une chambre ayant vue sur la campagne. Paulet supposa que la prisonnière profiterait de ce changement pour faire des signaux, et il refusa (Froude, History of England, XI, 579). C'est à cet incident que Lyly semble faire allusion, lorsque Tellus dit de Corsites : « Knowing.… his nature to bee most straunge; who hath so ill intreated Ladies of great honour, that he hath not suffered them to looke out of windowes, much lesse to walke abroade » (IV, i, 2-5).

4, « Thou wast commanded to weaue the stories & Poetries wherein were shewed both examples & punishments of tatling tongues, and thou hast only imbrodered the sweet face of Endimion, deuises of loue, melancholy imaginations, and what not, out of thy worke... » (IV, i, 18-22).

5. Bertrand de Salignac, seigneur de La Mothe-Férelon, capitaine et diplomate, mort en 1599. Il fut pendant quelque temps ambassadeur en Angleterre.

6. Ces broderies ont inspiré au sensible Mignet une page attendrie. Voir Histoire de Marie Stuart, II, 193. Cf. aussi Labanoff, Lettres, Instructions, etc., IV, 171-172 et 213-214.

1. On pourrait en ajouter d'autres, par exemple, ces mots de Tellus à Cinthia : « Cynthia, by whom I receiue my life, and am content to ende it » (V, iii, 73). Ces mots s'appliquent tout à fait à Marie Stuart qui, au point de vue anglais, n’existait que par la générosité d’Elizabeth.

ENDIMION 163

sique et morale de Marie Stuart, mais encore on peut dire qu'il n'y manque aucun trait essentielt. S'il subsistait un doute sur l'identification de Tellus avec Marie, ce serait à désespérer de pouvoir jamais expliquer une allégorie. Mais alors, si Cinthia représente Elizabeth et si Tellus représente Marie Stuart, quel est donc le personnage historique qui s'est trouvé entre les deux reines rivales dans la situation où nous voyons se débattre Endimion ? Remarquons d’abord que cette situation n'est pas facile à déterminer. Vis-à-vis de Cinthia, l'attitude d'Endimion est parfaitement claire : il aime respectueusement et sans espoir, car celle pour qui 1l se consume est inaccessible et, pour des raisons que nous ne connaissons pas, elle se méfie de lui; elle semble même ignorer la passion qu'elle inspire. Mais plus mystérieux sont les sentiments qui lient ce même jeune homme à la violente Tellus. Si nous prenons à la lettre certaines paroles, Tellus serait une amante délaissée : elle accuse Endimion de trahison; elle invoque les « serments innombrables, les baisers sans mesure, les soupirs sans fin, etc. », qu'il lui a prodigués ?. Mais telle ne semble pas être l'opinion de certains personnages de la pièce qui, mieux que personne, devraient connaître les sentiments de Tellus et d'Endimion. Eumenides, ami d'Endimion, voulant le détourner de sa passion pour Cinthia, ne songe même pas à lui donner comme argument qu'il doit rester fidèle à Tellus, et il prévoit encore moins que Tellus puisse être offensée de ces mouvements du cœur d'Endimion#$. Floscula, confidente de Tellus, trouve que l’amour d'Endimion

1. I1 est intéressant de comparer le portrait que Spenser a fait de Marie sous le nom de Duessa (Ffaery Queene, Book V. canto ix, xxxviii et sqq.).

2. « Were thy oathes without number, thy kisses without measure, thy sighes without end, forged to deceiue a poore credulous virgin ? » (I, ii, 6-8). Voir aussi Acte V, sc. iii, 81-195.

3, Voir Acte I, scène i.

pour Cinthia est la chose la plus naturelle du monde t; elle ne comprend pas la fureur de Tellus ?; elle déclare tout net qu'une vengeance en l'occasion serait un acte « dénaturé # », et c'est au moment où elle vient d'apprendre la trahison supposée d'Endimion qu’elle vante la fidélité d'Endimion“! Ces constatations sont évidemment troublantes ; elles le sont moins pourtant que celles que nous sommes amenés à faire sur les actes d'Endimion et de Tellus 5. Il y a dans leur conduite réciproque des élrangetés et des Inconséquences telles que l’on doit se demander, en fin de compte, si l'on a réellement affaire à un couple d'amoureux. Si Endimion a aimé et feint encore d'aimer Tellus, il faut reconnaître que ses paroles et ses actes sont singulièrement incohérents. Au dénouement de la pièce, il affirme à la face même de Tellus qu'il ne lui a jamais fait de serments; et Tellus ne proteste pas contre cette assertion f. Mais alors, s'il n'y a pas eu de serments échangés, pourquoi juge-t-il nécessaire de dissimuler devant Tellus son amour pour Cinthia 7? Cette facon de dissimuler est elle-même des plus étranges. Lorsque Tellus lui reproche sa trahison, il répond, ainsi que l'on pouvait s'y attendre, en assurant

1. « Madame, if you woulde compare the state of Cynthia with your owne, and the height of Endimion his thoughts, with the meanenesse of your fortune, you would rather yeeld then contende, being betweene you and her no comparison, and rather wonder then rage at the greatnes of his minde, beeing affected with a thing more then mortall » (I, ii, 13-18).

2. « Suffer then Endimion to followe his affections, though to obtaine her be impossible... » (1bid., 32-83).

3. « À reuenge incredible, and if it may be, vnnaturall » (I, ii, 51).

4, « Poore Endimion.… what plots are cast to make thee vnfortunate, that studiest of all men to be the faithfullest » (I, ii, 85).

5. Ces contradictions ont déjà été, en partie, relevées par Bond, dans une note (Lyly, Works, III, 518).

Page 1