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John Payne

Exception faite d’un cercle restreint d’esprits curieux et avertis, John Payne est, ou peu s’en faut, un inconnu aujourd’hui.

Ses traductions d'ouvrages en prose et en vers, et ses poésies originales, lui donnent droit à un rang honorable parmi les écrivains anglais du xix® siècle. Lorsqu'il mourut en 1916, c’est à peine si les journaux firent mention de cet événement ; on ignorait que venait de disparaître un homme sans pareil comme traducteur, et un poète d’une imagination si remarquable que nul parmi ceux qui étudient le xix® siècle ne le peut négliger. Mal reçu de ses contemporains, dédaigné par une partie considérable de la presse, 1l reconquerra sa place; néanmoins, lorsque ses œuvres seront plus lues et répandues, car il ne s’agit pas ici d’un simple rimeur. On peut avancer toutefois, sans crainte de se tromper, que les œuvres de John Payne ne seront jamais populaires.

Il est, en effet, comme Swift, un écrivain pour les écrivains. Son érudition merveilleuse, sa maîtrise dans les différentes langues, son choix de mots ne tendent à flatter aucune faiblesse du public ni littéraire ni artistique. Comme on a dit de lui — qu’il est incomparable dans le royaume de la traduction — on peut également dire que nulle épitaphe ne lui convient mieux, que celle qu’il avait choisie. « Linguam Anglicam amavit ».

Pendant les soixante-treize années de sa vie de célibataire, assez dépourvue d'événements, il fit merveille dans ses œuvres de traduction. Il a donné à tous ceux qui parlent anglais, la plus belle et la plus complète traduction qui existe des

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Mille Nuits el Une Nuiïl, en neuf volumes, les poèmes de Hafiz, le Décameron de Boccace, les romans de Matteo Bandello, l’œuvre complète de Villon, traduite pour la première fois en vers anglais, selon les formes originales, les poésies de Heine, et une anthologie de la poésie française, traduite en vers anglais en cinq volumes. Victor Hugo, s’écria un jour « Payne connaît la littérature française mieux qu'aucun Français! ». Ses poésies originales remplissent plusieurs volumes. |

Ses contemporains ne furent pas sans apprécier quelquesunes de ses œuvres, surtout ses premières poésies. Swinburne reconnut tout de suite son talent poétique; ainsi fi-. rent D. G. Rossetti, Matthew Arnold et Theodore Watts- Dunton. En France, Victor Hugo, Leconte de Lisle, Théodore de Banville, Stéphane Mallarmé furent des admirateurs sincères de son volume Jnlaglios.

Ses poèmes, cependant, n'étaient pas lus de tout le monde lettré, et on le comprend sans peine, car John Payne, n’essaya jamais de s’attirer un large cercle de lecteurs. Il ne sut pas, en effet, étaler sa marchandise au marché.

Il était d’un naturel réservé, et son œuvre poétique en a souffert un peu, non seulement dans sa qualité maïs dans sa publicité. Il est néanmoins du petit nombre de poètes, qui ont été honorés pendant leur vie, par la formation d’une société portant leur nom. Ses relations avec cette confraternité — les Préraphaëlistes — donnent à sa vie un intérêt particulier. Ami de Mr et Mrs William Morris, Ford Madox Brown, Christina Rossetti, Swinburne, Watts-Dunton, Matthew Arnold, et Ruskin, il forma avec O’Shaughnessy et Nettleship — pour citer l'expression de son biographe à la Boswell, Mr Thomas Wright — «le Triumvirat ». Ce fut une coterie littéraire et exclusive, fondée sur une admiration artistique et réciproque, et les amis se réunissaient pour dis-

cuter les questions littéraires et artistiques d’un intérêt commun.

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Quoiqu’un observateur superficiel puisse penser que John Payne manqua la conquête du public, dans son rôle d’artiste littéraire, et par conséquent, a échoué tout à fait — car on peut remarquer l’absence de son nom, même parmi les poètes secondaires de la période victorienne —, il sera permis de dire que le rang définitif d’un poète dépend de deux choses : l’estimation personnelle de ses contemporains, et l'évaluation des générations qui suivent. L’estimation du talent poétique de John Payne est principalement celle d’un cercle littéraire pieux, car le public ignorait même son existence.

Quand la connaissance de son œuvre sera plus répandue on la jugera mieux, comme l'ont jugée Swinburne, Banville et d’autres. Voltaire a dit une fois : « L'on doit aux vivants les égards, aux morts la vérité ! »

John Payne, une fois connu doit certainement occuper un rang parmi les hommes de lettres, les plus grands du xixe siècle.

Je dois exprimer ici ma reconnaissance à Mr Thomas. Wright, pour l’aide précieuse qu’il m’a donnée, lui qui connaît si bien John Payne dont il a écrit la biographie. Mr Wright est assurément la plus grande autorité vivante au sujet de John Payne. Il était une des rares personnes qui pouvaient se flatter de l’amitié de John Payne, depuis 1905 jusqu’à sa mort en 1916. Mr Wright m'a donné accès, non seulement à tous les livres, documents et lettres, dont la société « John Payne » a le dépôt, et qui renferment de plus son autobiographie, mais aussi à « Humoristica » — troisième série — dont M. Wrightne put se servir quand ilécrivit The Life of John Payne. Je dois aussi à sa bienveillance extrême beaucoup de faits et de détails qui n’ont été connus que depuis cette époque-là.

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