‹ John PayneChapitre 10 sur 105 · RUN LES · texte numérisé non relu

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préservé mon cœur d’être brisé et je peux bien comprendre quel surcroît terrible a dû être à votre douleur, le sentiment de votre faiblesse ».

On accorda à Payne la permission de fournir des livres à Mrs Snee pendant la durée de la prévention. Dans ses lettres à O’Shaughnessy elle exprima sa profonde reconnaissance à ses amis de leurs témoignages de sympathie et du réconfort qu’elle en éprouvait.

A la troisième audience à Bow Street le 5 mai, les prisonniers furent renvoyés aux assises sous l’inculpation « d’avoir conspiré illégalement à tuer et à assassiner » Helen Snee. Payne, en qualité de son avoué, allait la visiter chaque jour, quand elle était incarcérée dans la prison de Newgate. Aux assises les deux prisonniers furent reconnus coupables; Mrs Snee bénéficia de circonstances atténuantes, et fut condamnée à six mois de prison. Le verdict déplut au public qui le trouva sévère. Après sa sortie de prison sa santé empira, et quoiqu’elle allât se rétablir à la campagne, elle ne guérit point. Elle voulut voir Payne le 18 avril 1879. II y courut mais arriva trop tard. Elle était morte. Helen, sa belle idole, aux cheveux couleur d’or, l’inspiratrice de ses rêves poétiques, ne s’envolerait plus gaiement à travers Camden Town. Le biscuit de Sèvres retournait à la terre à potier. Mais Helen était déjà auréolée par lui de vers immortels, et nul lecteur ne peut manquer de reconnaître son

portrait dans les derniers volumes de poésies, surtout dans

Carol el Cadence. La muse de Payne fut ‘longtemps à se remettre de ce coup. Vingt-deux ans s’écoulèrent avant qu'il eût le courage d'écrire des poésies originales. Comme Brownin, il ne put oublier de longtemps. Vingt-deux ans plus tard il chantait, « The love that lit my life from me took wing ». Banville, à qui Payne avait ouvert franchement son cœur blessé, sympathisa à sa douleur.

On ne saurait exagérer l'influence exercée par cette mort sur Payne. Un autre événement malheureux fut l’accueil relativement froid fait par la presse à New Poems, recueil renfermant le beau Salvestra, The Ballade of Isobel, etc.

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Payne faisait grand cas de ce volume, car il dit dans une lettre écrite le 11 février 1880 à Mr J. H. Ingram! : « J’ai peur que vous n'ayez pas une bonne impression; si cela était vrai, je le regretterais beaucoup, car c’est mon va-tout et s'il ne réussit pas je me retirerai pour toujours de la lutte poétique, laquelle ne m'a procuré jusqu’à présent que peine et injustice ».

Il est bien probable que si les New Poems avaient reçu meilleur accueil, le long silence de sa muse eût été rompu beaucoup plus tôt.

Nous avons déjà dit que Payne s'était consacré à une traduction complète de l’œuvre entière de Villon en vers anglais. Swinburne aussi, amateur dévot du poète-voleur, avait traduit quelques-uns de ses poèmes. Vers le milieu de lan 1875 à peu près, on voit Payne lire quelques parties de ses traductions, à Ford Madox Brown. Il acheva la traduction vers la fin de janvier 1877. Le manuscrit resta entre les mains des éditeurs jusqu’au mois de septembre 1878. L'édition fut limitée à 197 exemplaires numérotés. Une seconde édition (expurgée) parut en 1881. ;

Le Villon de Payne fut le premier livre publié par la société Villon, fondée principalement par Justin H. McCarthy, jeune écrivain qui écrivait alors dans l’Examiner, John H. Ingram, éditeur des œuvres de Poe et Malcolm C. Salaman, à l’occasion de la seconde lecture privée des traductions de Villon, et de son poème intitulé Lautrec dont le sujet est un vampire. Mettant Mr Wright à contribution: « Nous décidâmes alors dit Mr Salaman de fonder une société Villon dans le dessein formel de publier des traductions que refuserait un éditeur ordinaire, et le Villon de Payne devait en être le début? ».

Une troisième édition parut en 1892. Payne avait écrit à Banville au mois d'avril précédent pour lui demander si l'on connaissait quelque portrait authentique de Villon.

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Banville joignit à sa lettre la Ballade à John Payne, traducleur de Villon. Cette traduction du poète-voleur dans la mesure française augmenta sa réputation déjà assez grande. Les observations de Banville contenues dans une lettre du 16 octobre 1878 sont importantes. « Quel honneur vous faites à la France, dit-il, et quel présent admirable vous offrez à l’Angleterre ! Grâce à vous elle a un poète et un grand poète de plus, et tout en lui gardant son âme gauloise, vous avez bien fait de Villon un des vôtres et pour toujours. PIût à Dieu que nous eussions chez nous des artistes capables de réaliser de telles merveilles et capables de franciser magistralement vos compatriotes ! J’admire au delà de tout à quel point vous avez su garder le mouvement, le rythme, la sonorité, l’aspect visible, tout l’être de notre Villon. Non; ceci n’est pas une contradiction; c’est un Villon qui est né. À présent il est à vous comme à nous ».

Mallarmé en fut enthousiasmé. Auguste Vitu fut stupéfait de la fidélité de la traduction de Payne et Maurice Bouchor en fit un éloge fervent dans une longue critique. Le Wesiminsier Review et d’autres périodiques le louèrent sans réserves.

Matthew Arnold écrivit le 24 mai 1879: « La traduction est très bonne, mais j'ai été ravi surtout de l'introduction ». Son Laulrec parut en 1878. L’accueil favorable fait au Villon par un public enthousiaste quoique restreint et les critiques bienveiïllantes dans la presse, signalent le meilleur moment dans les relations de Payne avec la presse et avec le public. Quand on lit la notice parue dans le Wesiminster Review comme étant l'opinion plus ou moins générale de la presse à cette époque-là il devient extrêmement difficile de comprendre le silence absolu de cette même presse pendant le reste de la vie de Payne. La notice dit : « Nous souhaitons la bienvenue à Mr Payne et nous le placons parmi ce nombre choisi de poètes, comprenant Rossetti, Swinburne et Morris. il aime les ombres et l'étrange musique du vent; il se promène en compagnie des spectres, il converse avec les morts, mais il jette sur tout un voile de beauté spirituelle ».

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La mort de Mrs Snee, la froide réception faite à : New Poems contribuèrent au silence absorbé du poète et à son « morbid self esteem: ».

John Payne était d’un naturel sensitif, timide et réservé. Dès lors il ne fit rien pour se concilier la faveur de la presse ou du publie. Il se renferma de plus en plus en lui-même. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison de son oo e désormais quasi érémitique.

Payne admirait Swinburne avec ardeur et ils se rencontraient fréquemment. Tous les deux avaient leurs affections particulières. Ils s'étaient brouillés non à cause d’une querelle personnelle, mais à propos de la valeur relative de certains auteurs de l’époque d’Elisabeth. Payne se fit le champion de Maïston dont le Dulch Courtlezan est assurément un chef-d'œuvre. Swinburne défendit Cyril Tourneur. Payne jugea Marston inférieur comme dramaturge au seul Shakespeare. Dans un passage cité par Mr Wright du livre Life of John Churlon Collins, éditeur du Plays and Poems of Cyril Tourneur, Swinburne écrit à Collins : « Moi, je pense que l’oubli de ce superbe génie si admirablement introduit et si exactement présenté au public est l'exemple le plus grossier que j'aie jamais connu de la stupidité générale, de la torpeur du goût littéraire et des jugements des savants ». Il est facile de Ho par là que Swinburne aimait Tourneur, même jusqu'à l’idolâtrie. On peut noter aussi en passant que Swinburne ne dédaignait pas d'attaquer le «servum pecus ? ».

Payne très occupé de politique, attaqua en 1880 Gladstone dans des vers, écrits en français d’après Villon. Gladstone est baptisé « Cromwell Bilboquet ».

La mort d'un ami intime vint accroître la tristesse de Payne. O’Shaughnessy après s'être exposé à un tourbillon de neige sur l’impériale d’un omnibus mourut. Il venait de dîner avec quelques amis au Savage Club, et en sortant par la

1. Epithète employée par Mr Asquith (Earl of Oxford) au sujet de Mr Ramsay Macdonald, premier ministre d'Angleterre en 1924.

Un troupeau servile — épithète d'Horace employée par Payne pour désigner le public stupide,

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