‹ John PayneChapitre 41 sur 105 · Octave, XX. Petit Testament, Vilton · texte numérisé non relu

Octave, XX. Petit Testament, Vilton

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t Réflexion faite, je suis convaincu que, dans ce vers,on. doit lire, « fuyt » au lieu de « suyt l’église ». La substitution de la lettre s longue pour f est une faute de copiste des plus communes et la rectification est indiquée par la signification du vers manifestement antithétique: ». Il y a nombre de pareilles observations qui prouvent l’érudition solide et la finesse de critique du traducteur de Villon. Une autre observation qui,selon Payne, est originale, c’est la conformité du prénom François du père de la poésie française (Villon) et du père de la prose française (Rabelais) le nom François signifiant « français par excellence ».

Ses traductions du poète français ont été jugées correctes par les autorités françaises. Elles sont sonores, et cadencées, reproduisant la bonne humeur, le pathétique profond et la raillerie tranchante qui sont l’essence même de Villon. Il a rejeté de sa traduction les Repues Franches car elles furent . publiées longtemps après la mort de Villon.

Quand Clément Marot préparait une édition de Villon pour François Ier, il les avait rejetées aussi?.

Villon en est certainement, selon Payne, le héros mais non pas l’auteur. Il protesta aussi, dans la préface, contre l’habitude de certains éditeurs et critiques, de mettre à part, pour les louer, certaines parties de l’œuvre de Villon, notamment ses ballades, au préjudice du reste de ses poèmes. Il parle à propos de Villon de « Swiftest lightenings of humour the most poignant flashes of pathos, blending the maddest laughter and the most bitter tears® ». (Les plus rapides éclairs d'humour, les plus poignants éclats de pathétique, mêlant la gaieté la plus folâtre avec les larmes les plus amères).

Il le compare à Lamartine et Musset pour la sensibilité, à Christina Rossetti pour l’ardeur religieuse. Il loue surtout les octaves 12-62 du Grand Testament, en disant que « ce passage est un jaillissement ininterrompu d'humour et de

1. Octave, II, ligne 5, p. 120. Villon, John Payne. 2. Publié en 1532.

LANRS EL

satire et de pathétique! ». Il déclara que Villon avait fait pour la diction poétique ce qui fit Rabelais plus tard pour la prose. Il n’y avait, à son avis, aucun mot ou aucun tour familier aux Parisiens, du temps de Villon, qui fût trop ignoble pour être inclus dans la diction poétique, pourvu qu'ils fussent ratifiés par l'usage populaire. Quelques-unes de ses remarques sur Villon dans l'introduction sont écrites dans une prose, non seulement mâle mais d’un pittoresque poétique. Il dit de lui : N sut «how to draw the splendid wonder of poetic efflorescence from the mangrove swamps of the Truanderie, and the stagnant marish of the prison or the brothal » et « he kindled into a glory of gold and colour the foul canopy of smoke which overbroods the turmoil of a great city? ». C’est dans le langage de la poésie qu’il parle de Villon dans le sombre cachot de Meung-sur-Loire. « Whither neïither light of levin, nor noise ofwhirlwind can penetrate for the thickness of the walls that enfold him likethe cerecloth of a corpse.»

À propos de l’accent de sincérité, dans l’amour que témoigna Villon pour sa mère, Payne dit: « using that mother’s voice, which cannot but be the surest passport to the divine compassion, he soars to the very gates of heaven on the star sown wings of faith and song ».

Combien cette phrase est expressive, « maddening wist fulness of an unrequited love 5 ».

Payne remarqua que Villon comme Baudelaire, le poète réaliste du xix® siècle, fut amateur ardent du Paris de son temps, et qu'on ne trouve pas dans ses vers la moindre allusion à la beauté de la nature. Il se connaissait surtout aux

2. « Comment tirer la splendide merveille de l’efflorescence poétique de la fange marécageuse de la Truanderie, et de l’eau stagnante et croupissante de la prison ou du bordel ». « Il illumina d’une gloire d’or et de couleur, le ciel de lit sordidement enfumé qui s'étend au-dessus du tintamarre d’une grande cité».

3. « Où ni clarté d’éclair, ni bruit de tourbillon ne peut pénétrer à cause de | l’épaisseur des murs qui l’enferment comme le linceul d’un cadavre ».

4. « Employant cette voix maternelle qui ne peut être que le plus sûr passeport pour la compassion divine, il s’envole jusqu'aux portes mêmes du Ciel, sur les ailes semées d'étoiles de la foi et de la poésie ».

: 5. « L'égarement de la songerie mélancolique d’un amour non payé de reour »,

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hommes et aux femmes. Payne l'appelle « un Ronsard plus vigoureux qui soupirait « Cueillez, cueillez votre jeunesse »: Il trouve, en Villon, ce qu’on a appelé le plus haut attribut du génie c’est-à-dire le « Spiel-trieb » ou la gaieté impulsive, un fonds d'humour et une franchise naïve dégagée de cynisme. On sent le charme particulier de la traduction de Payne, en la comparant avec les versions d’autre traducteurs. Voici la version de Swinburne de la seconde octave de Les regreis de la Belle Heaulmière ».

« Lo thou hast broken the sweet yoke That my high beauty held above.

AIl priests and clerks and merchant folk.

That was no man but for my love

Would give me gold and gold enough Though sorrow his very heart had riven To win from me such wage thereof

As now no thing would take. »

La version de Payne qui suit semble plus directe, plus énergique et plus proche de l'original, en partie à cause de son emploi des archaïsmes qui semblent naturels dans le cadre.

« Thou hast undone the mighty thrall

In which my beauty held for me

Clerks merchants churchmen one and all For never man my face might see

But would have given his all for fee Without à thought of his abuse

So I should yield him at his gree

What churls for nothing now refuse ».

Voici la version de Lepper de La Ballade que feit Villon à la requesie de sa mère pour prier Nosire-Dame ».

« À woman old and poor I nothing knew Uulearned and ne’er on printed page did pore But at my parish church I see the show

Of Heaven with lutes and harps all painted

LU

” And hell where damned souls flame for evermore This frights me, that gives joy and pleasure keen Grant, Goddess high, such joys I too must fly With faith endowed of sloth and feining clean And in this faith I wish to live and die ».

et la version de Payne :

« À poor old wife I am, and little worth Nothing I knew, nor letter aye could spell Wherein the church to worship I fare forth

J see Heaven limned, with harps and lutes and Hell Where damned folk seethe in fire unquenchable One doth me fear, the other joy serene.

Grant, I may have this joy O Virgin clean

To whom all sinners lift their hands on high Made whole in faith through thee their go-between In this belief I will to live and die ».

Malgré le mérite incontestable de la version précédente de Lepper il faut avouer que l’expression puissante « Goddess high » n’est point l’expression dont une catholique se servirait à propos de la Vierge, et le langage de la vieille femme est plus approprié, plus dévot et plus courant chez Payne que chez Lepper. De plus les trois derniers vers de la stance qui expriment la fonction médiatrice de la Vierge s'accordent mieux avec la doctrine catholique. La ‘stance est, du moins, aussi sonore que celle de Lepper et il y a un je ne sais quoi de l’archaïsme de l'original. Si l’on jette un coup d'œil sur une stance typique de Stacpoole et qu’on la compare avec la pareille dans Payne,on sent tout de suite chez celui-ci le charme et l’exactitude de la diction archaïque. Voici la troisième stance et l’envoi de « La requeste que Villon baïlla à Monseigneur de Bourbon: » par Stacpoole :

« If I could sell the health I hold so dear Unto à Lombard born in usury,

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