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Prose works, Miiton

d'images et de mots pittoresques, le sonnet, à cause de ses bornes, brida Payne, qui fut ordinairement concis, d’une concision parfois factice et alambiquée. C’est néanmoins à cette exigence que Payne dut ce qui est peut-être le plus grand attribut d’un artiste, la restriction, qui était inhérente à Arnold et toujours louée par lui. Il atteint parfois à une simplicité, digne des plus grands sonnettistes, comme par exemple, dans les sonnets sur Matthew Arnold, Drunk or Sober et sur F. G. Burnaby. La force de f’émotion agit sur Payne comme sur Swinburne.Il en résulta une simplicité et une sobriété classiques. Swinburne, dont le génie restait étranger à la forme stricte du sonnet, a l’expression simple et directe quand il s’agit de Landor dont il adorait la mémoire. Quelle simplicité dans le poème à la mémoire de Walter Savage Landor :

« In many à tender wheaten plot Flowers that were dead Live and old suns revive but not

That holier head ».

Ce style classique est bien éloigné de ces éclats d’éloquence et de rhétorique qu'ont ses sonnets et ses odes à son idole Victor Hugo.

Pour Payne comme pour Dryden la fonction principale de la poésie était de donner du plaisir, la fonction secondaire d'instruire. Il ne fut pas d'accord avec Matthew Arnols qui estimait que « la grande poésie demande de grands thèmes ». Il y a cependant, dans la plus grande partie de son œuvre « l'accent d’une sincérité élevée ». Son talent n'était pas une simple maîtrise de langage dénuée de conviction et de sentiment. Pour lui il n’y avait pas de sujets poétiques à l'exclusion des autres. Il pourrait dire comme Wordsworth, dont il jugea que les œuvres étaient une connaissance essentielle pour chaque poète anglais moderne :

« To me the meanest flower that blows, can give Thoughts that do often lie too deep for tears* ».

Ii ne faut que jeter un coup d’œil sur le Book of Birds (Carol and Cadence) pour voir l’intime ressemblance des deux poètes dans l’amour des animaux et des aspects de la nature, surtout dans cette foi à la communion mystique de l'homme avec toute la création. Dans ce livre se trouvent des poésies sur la grive, la merle, le coucou, l’alouette, ie rossignol, le gros-bec, le pinson, l’hirondelle, le ramier, la rousserole, la linotte, la fauvette grise, le loriot, la litorne, le corbeau, le rouge-gorge et le pivert. Son observation est exacte et scientifique et il peint.chacun par ses traits caractéristiques et prédominants.

C’est toujours la nature qui le console. Dans The Poels Lot?, il chante

« One solace still he hath, that never was in vain Nature is on his side, her things his secret share The flowers with him are one The shadows and the sun He communes with the rills, the sunlight and the rain And his heart’s language hears in all the winds of air »

Il est extrêmement difficile, cependant, de reconnaître chez Payne la trace d’influences étrangères. On trouve souvent des ressemblances, mais pour la plupart elles sont fugitives : nous les sentons plutôt qu’elles ne s'expriment.

Nous citerons par exemple cette stance dans le poème du merle :

« With trails of glory to his grave escorted

The sun hat set The light fades fast but from the boughs unthwarted By his poetic rapture still transforted

The Blackbird warbles yet. »

1. Ode on intimations of immortality,dernière stance, Wordsworth. &. The Ministrel’s Book, Carol and Cadence, p. 220, John Payne.

Ne rappelle-t-elle pas vaguement le poème de Wordsworth Ode on Inlimalions of Immortalily? où il parle de l'âme qui est venue en ce monde :

« Not in entire forgetfulness

And not in utter nakedness

But in trailing clouds of glory do we come From God who is our home ».

Sa méthode était de tremper sonesprit dans les trésors du présent et du passé et de laisser le choix de l’expression à son esprit inné d'oiseau chanteur. Il ne fut pas imitateur conscient, et on ne peut pas l’accuser d’avoir imité exprès aucun poète, bien qu'il ait mis à contribution les meilleurs poètes du monde. Les pensées sont la propriété commune de humanité; ce qui exprime l'individu lui-même, c’est la manière d’exprimer ces pensées’. L’assimilation inconsciente engendre la production consciente. Payne a acquis les idées d'autrui au point de les faire siennes, et sa connaissance était le fruit d’une longue assimilation inconsciente. Nous avons déjà fait remarquer une certaine ressemblance entre Wordsworth et Payne. Il y en avait peut-être une autre encore plus frappante.

Bien que Payne n’eût pas une tournure d'esprit aussi didactique que celle de Wordsworth, il lui ressemblait en ceci, qu'il était toujours porté à traiter dans ses vers le plus grand thème poétique, c’est-à-dire la vie. Dans sa manière d’envisager la morale et en dépit de sa révolte à la Omar Khayyam contre certaines règles morales acceptées en Occident, il se range auprès des meilleurs poètes anglais, dont 1a qualité caractéristique au dire de Voltaire, réside dans « leur sentiment profond et énergique de la morale ».

Quant à la musique de ses vers, Payne,dans ses premiers essais surtout, doit plus à Tennyson qu’à tout autre poète anglais. Il est néanmoins quelque peu sévère dans le juge-

1. Poems of Wordsworth, éd. Matthews Arnold, p. 203. 2. « Le style, c'est l’homme même »., (Buffon, Discours à l'Académie Fran-

çaise).

ment: qu’il porta vers la fin de sa vie: Tennyson reconnut Virgile pour son maître, et Payne aussi fut épris de aui.

Le Prelude to Hafiz de Payne, qu’on a comparé à «la brusque ouverture de l’antre d’Aladin»est écrit dans la mesure de Locksley Hall de Tennyson — vers trochaïque heptamètre avec une syllabe accentuée de plus — et rappelle la mélodie des vers de Tennyson. C’est précisément la musique de ses ballades qui les fait ressortir parmi les meilieures ballades de la langue. Il égale Walter Scott et Coleridge par son don du récit rapide er net, il surpasse celui-là par le souci de la forme parfaite, par la subtilité du charme mystique, celuici par l’habile emploi des vers inégaux, qui suivent les sinuosités de l’idée, et le choix artistique de mots. Une comparaison de la ballade Hartleap Well de Wordsworth, par exemple, avec Sir Winfrith de Payne, révèle le développement du sens esthétique dans tous les genres de l’art, depuis la manière plus ou moins simpie dont les romantiques avaient traité les sujets, jusqu’à la manière plus spirituelle des préraphaëlites. Dans le Rime of Redemption dans Isobel et dans le Rime of Melisande il y a un je ne sais quoi de pathétique et de mystique, et une mélodie séduisante qui s'empare du lecteur.

Payne parvint à faire ressentir une émotion vraie dans le cadre d’une belle forme plastique. C’est là la première condition de la poésie. La langue imagée de ses ballades est pleine d’une musique plaintive, et ie poète communique au lecteur, dans un décor romantique, le sentiment d’une présence de l’au-delà. Il réussit parfaitement à maintenir la même atmosphère jusqu’à la fin.

Le ton général de ses ballades est une désolation mélan-

colique, douce pourtant, qu’a dépeinte Tennyson dans la Mort d'Arthur.

« Night in à waste land, where no are comes Or hath come, since the making of the world ».

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