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CHAPITRE V

Sa philosophie et sa contribution à la Littérature anglaise

La définition de Wordsworth qu’un poète est « un philosophe inspiré » est heureuse, surtout quand on l’applique à ses compatriotes; car la spéculation philosophique chez les Anglais tend en général à trouver son expression appropriée dans la poésie plutôt que dans les formules de la philosophie.

Aussi voit-on que notre plus grand poète est aussi notre plus grand philosophe. Ce n’est pas que nos traités de philosophie soient rédigés à dessein dans des vers didactiques, mais c’est la « haute gravité » comme dit Matthew Arnold; dont le ton règne dans un poème, et qui lui sert en quelque sorte d’arrière-plan; c’est aussi le souci constant de découvrir le sens secret des choses, qui donne à la poésie anglaise sa valeur philosophique. Comme la religion n’est qu’une prévision de la philosophie, la poésie aussi, par son pouvoir de revêtir l’universel et l’abstrait de l’image sensible du particulier et du concret, exerce un attrait sur tous, tous ceux du moins pour qui, sont dépourvus de sens, les raisonnements et les abstractions intellectuels.

L'art, en effet, donne plus d'intensité à nos conceptions des objets naturels et à leur signification cachée. C’est Matthew Arnold qui dit «Le grand pouvoir de la poésie, c'est son pouvoir interprétatif.. le pouvoir de nou; comporter envers les choses d’une telle manière que s’éveil!ent en nous un sentiment de ces choses, nouveau, intime et merveilleusement complet et le pouvoir d’entrer en relations avec elles. » Aristote quoiqu'il soutint que la fonction principale de la poésie

fût de produire un plaisir d'émotions, admit néanmoins sa fonction secondaire d'enseigner. Wordsworth et Tennyson E ’opposèrent aussi à la théorie « Ars est ostentare artem », et celui-là, tout en atténuant les prétentions didactiques de Sa poésie, se regarda toujours comme un précepteur des hommes. Dans Lyrical Ballads il dit : «Ce n’est pas que j'aie toujours commencé à écrire, me proposant un but, conçu d'avance et exprès, mais les habitudes de méditation ont inspiré et ont réglé mes sentiments à un tel point, j'espère, que mes descriptions, de tels oliets qui excitent fort ces sentiments, apparaîtront animées d’un dessein. Si cette opinion est erronée, je n’ai que peu de droit au titre de poète ».

C’est ce pouvoir, que possède la poésie, de revêtir l’expérience d’une forme sensible, qui la rend le véhicule idéal pour le précepteur et pour le philosophe. Avec le mouvement romantique les poètes étaient devenus beaucoup plus portés à la critique et à l’analyse. Ccleridge, non seulement ouvrit une nouvelle voie, comme critique littéraire, mais il introduisit en Angleterre le transcendantalisme allemand, comme une arme contre les traditions rationalistes léguées par l’école « Augustan t ».

Le poète,en cherchant désormais son inspiration dans la nature releva le fond du poème et y subordonna la forme. Les doctrines de Rousseau avaient ouvert la voie à Wordsworth. Celui-ci, par son interprétationreligieuse de la nature, par son insistance à répéter qu’un contact immédiat avec elle ramène l’homme à des relations intimes avec la réalité divine

« Even such a shell the universe itself.

Is to the ear of faith. »

défia les prétentions de la science et de l'intelligence à la finalité dans les problèmes de la vie. L’horizon toujours plus large du poëte, résultat de son attitude révérencieuse

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