VERS LA MER
Mon cœur sort de la Mer et se résorbe en elle...
Rien dans le vent du large où rêver ta terrasse :
Pas un pétale, un papillon — pas même une aile ; —
Ni senteur de verger parmi l'embrun qui chasse,
Ni même un bruissement de feuillage irréel
Dans le glas monotone et tenace
Qui hurle — es-tu donc morte ? — au ressac de Frehel.
Près de la grande croix, éperdue et tragique
Dont j'ai vêtu le nu gibet de notre amour.
J'ai pleuré vers la mer sanglotante en réplique,
Comme ta voix, peut-être, et comme ton C(eur lourd ;
Par delà l'océan c{ui geint son rêve sourd.
J'ai guetté ta réplique.
... L'herbe est plus gaie au creux de nos ravins — sans doute — ;
Notre lac est plus bleu — car c'est le jeune été ;
L'Ile a l'ancre dort telle encore qu'elle était,
Et le sentier du roc court rieur sous sa voûte,
Et son seuil est fleuri que tes pas ont fcté
Et son écho s'émeut que sa voix a fêté !...
— Mon àme dans la mer des larmes s'est dissoute, Mon cœur, dans la mer jo l'ai jeté !
Le jardin bruissait dès le seuil, Des oiseaux s'envolant du porche ; L'ombre d'un hêtre, dès le seuil, Traînait en violet de deuil ; Autour d'un rosier, rose torche, Vibraient en halo des abeilles ; C'était le Pays des merveilles Que nous contemplions du porche — Un rcve de futures veilles. —
Au long des buissons fleuris d'ambre.
Près des rocs gris comme Décembre,
Sous le poids de tes cheveux tu te Ccmibrcs,
De tes cheveux en nuée et si lourds
De leur or d'encensoir où brûleraient des ambres...
Qu'eut-il été de nos amours ?
— Si vers mes désirs tu le cambres
Par delà l'océan qui geint ses révcs sourds
Rien ne sera de nos amours I...
Si j'avais pensé de te dire
« Que des bleuets sont dans tes j^eux,
« Et des roses dans ton scjurire
« Et des épis dans tes cheveux. »
Et pourtant j'ai pensé te dire :
« Que la vie est douce à C|ui le veut,
« Qu'en tout regard un regard se mire,
« Qu'en toute voix un écho s'émeut ; »
Mais pouvais-je savoir — la folie ! —
Pour cruelle douleur je t'aimais
Et que la vie est triste et s'oublie,
Et que le temps meurt à jamais...
Nous dérivions, des heures, aux rives,
Où les branches nous tendaient leurs ombres,
Et parfois se joignaient en ogives
Comme en des cathédrales sombres ;
Et quelque courant nous menait,
A sa guise lente, où dort la crique ;
Et ce nénuphar à mon péril donné.
Et le rire en sourire qui fut ta réplique...
Quelle heure l'éternité sonnait ?
Car voici que j'écoute toujours
Par delà l'océan qui geint des rêves sourds
Et guettant ta réplique.
Mon âme dans la mer se noie
Mon cœur saigne aux vagues moroses.
Où vas-tu cueillir le jasmin?
Où fais-tu récolte de roses ?
Sais-tu où refleurit la joie ?
— Mon cœur ne sait plus le chemin,
Mon âme dans la mer se noie —
J'ai pleuré vers la mer qui surgit et déferle.
Et. fou, je te tendais la main,
Rêve qui te dissous en vapeurs au lointain,
Comme croule mourant un flot qui déferle;
Rêve d'aube que vint dissiper le matin,
Comme, essoré, s'efface un chant de merle ;
Rêve d'amour défunt, hantant tout lendemain ;
Comme, doucement retirée, une main
Laisse l'empreinte d'une perle
Indélébile aux doigts qui la serraient en vain.
J'ai pleuré vers la mer qui sanglote et déferle.