ILS SONT ACCOMPLIS TOUS XOS FOUS PROJETS
Ils sont accomplis, tous nos fous projets :
Mon rêve et le tien, le même — les mêmes ;
Et tous les jours — ô les jours légers,
Et les soirs plus doux, et les nuits suprêmes ;
Tous les songes immitigés ;
Tout ce qui fait doux les poèmes ;
Toute la joie éparse et c^ui trouble
— Et dont toute âme, un soir, s'épeura. —
La violette double, double, La violette doublera.
J'ai tissé de Heurs un tapis de reine
Pour Ses pieds — roses parmi les Ij^s,
Et parmi les roses en lourds \ys palis :
Bleus et bleutés de leurs veines — Ses peines ;
J'ai drapé le trône en frissonnants plis
De tissus fleuris — (guirlandes et chaînes) —
Que Sa chair chantât mes vœux accomplis
Éblouissant aux panneaux Tébène
De sa joie — (ù rose) — qui tremble et qui trouble
L'âme cjui trop longtemps la pleura.
La violette double, double, La violette doublera.
Là, j'ai passé des jours à L'attendre,
Ne sachant cpielle Reine y dût venir ;
Avec la feinte de La surprendre
Et le leurre aussi de La retenir ;
Mon amour se faisant tout humble et si tendre
« Quelque mal en pouvait-il advenir? »
Et la nuit, souvent, j'avais cru L'entendre
Chanter le chant qui ne doit pas finir
— O j'ai frissonné dans l'attente qui trouble
Toute cime cjue trop souvent on leurra.
La viole l te double, double ^ La violette doublera.
Mais ce jour de cueillette, le sous-bois, les rires;
Et la baie en pourpre sombre à nos doigts ;
La source : ]y bois où tu te mires,
Ni blonde, ni brune, ne fauve : les trois —
Si joj^euse, si reine de moi, tes empires,
— De moi, tes sujets, si jaloux de mes droits ;
Et qui marchiez, comme au rythme des h^res
Les Grâces graïennes d'autrefois :
Mon cœur haletait de l'espoir cjui trouble
Et du doute exquis de ce cjui sera.
La violette double, double, La violette doublera.
Mes heures, les tiennes — les mêaies heures, Tes désirs, les miens — les mêmes toujours, ■ Tous pleurs que je pleure et que tu pleures Tombent en rosée au jardin d'Amour :
Du vide morne des vieilles demeures, Des silences orageux et sourds, Des haines mortes et des vieux leurres Naissent les lys et les roses d'Amour
Quelque soir de joie enfiévrée ot qui trouble L'àme qui si longtemps se pleura.
La molette double, double, La violette doublera.
O nos printanières journées !
O nos hivers, et les feux, et la lampe î
Toutes les haines assassinées
Avec des rires de bonne trempe ;
Toutes les douleurs pardonnées :
Le vieux Passé — la grotesque estampe
Avec des rimes griffonnées,
Brûle au fo3'er où la flamme rampe ;
Un silence tombe que rien plus ne trouble,
Ta joue a rougi que ma lèvre effleura.
La violette double, double, La violette doublera.