‹ JoiesChapitre 20 sur 21 · ÉPITHALAME · texte numérisé non relu

ÉPITHALAME

Avril t'a baisée au front et s'émerveille, Pâle du reflet de ses jonquilles claires, Que, de ton être, seul ton regard s'éveille Avec l'étonnement rieur de ses mystères ; Il passe et d'un regret rayonné t'ensoleille Vers la moisson de fleurs débordant sa corbeille.

Mai qui venait par la rive à l'orée Foulant la neige des pêchers flétrie, Chanta vers toi qui rêvais en la prée ; Si, que ton âme en est encor meurtrie. Sachant la Beauté de ton corps ignorée, Et que ton cœur rêvait de l'Amant de féerie.

Juin s'est courbé sur toi qui pleurais, et t'a prise

Et te nomma, ce soir, reine de sa nuit pâle :

Ta lèvre rouge était, disait-il, la cerise,

Ta joue était la pèche du verger fatale ;

Puis il s'en fut vers l'aube, te laissant surprise

— Et la douleur d'aimer à ton seuil s'est assise. -

Juillet te baise au front, ainsi c^u'Avril qui passe Et qu'il chante pour toi, comme Mai, des paroles, Qu'ainsi que Juin, du soir de ton regret il fasse La nuit douce parmi l'accueil frais des corolles ; La faux des fenaisons n'eut pas accordé grâce Au pâle h's tombé qu'un archange ramasse.

UN SOIR D'HRTR

Pâleur des vierges, candeur des aubes, Effloraison des h^s et des roses, Duvet des cygnes aux blanches robes, Pvires des Jèvres à jamais closes.

Le lac s'enténèbre aux blancheurs qui le ceignent — Comme une gaze blanche assombrit une fille ; ■ La neige prodigue à flocons s'éparpille Et tournoie en les sapins c[ui geignent; La girouette affolée oscille, Les auvents se plaignent.

Tombe, ô la cendre des vieilles années Mortes avec mon sourire à leurs lèvres ;

Folioles de nos jardins fanées

Aux vents des étés, aux soleils de nos fièvres;

Sable des heures sonnées.

Hésitante elle passe et revient Devant ma fenêtre entr ouverte à ses danses ; — Valse funèbre où manque un musicien.

Silencieuse et fantasque dans ses cadences Dont vibrent en mon être des concordances ; Le vent se meurt — et tout est bien ;

Jusqu'en mon âme où s'effeuille un automne Tourbillonne, ô la neige monotone ; Voile la route et que nul pas n'y sonne Jusqu'à ce que le silence m'étonne.

Voici tout un jour que je la regarde

Par la plaine, où la haie est à peine une ride.

Courir en rafiales de brume

Vers la foret rigide ;

Jusqu'en la nuit, la pénombre s'attarde.

Et nulle étoile au ciel ne s'allume.

Paix à nos cœurs et trêve à nos vies : L'heure est venue où nos rêves vont vivre Il n'est plus trace des sentes suivies : Vois, le poème s'efface du livre, Tout le passé s'enlinceule de givre.

Vole, poussière des routes de l'ombre,

Embrun nocturne jailli des mers mortes

Pleuvez, les folles étoiles éteintes,

— Désert le porche et dosas les portes —

Hurle la bise en les térébinthes,

Neige, ô la neige, à travers la nuit sombre !

Page 1