ROSAMONDE
Quand on feuillette un vieux missel, sur le vclin Soyeux se cachant aux enluminures fines On s'attarde a des visions de Se'raphines Dont le visage est à la fois chaste et câlin.
J'ai trouve' quand ma vie allait sur son de'clin, En cherchant par hasard dans les bibles marines. Cette femme mystique aux allures chagrines : Jlosamondc, ma vierge aux doux cheveux de lin.
if, ROSAMONDE.
^=-*- Étrange sphingc que je n'ai pas su comprendre. Elle ne m'a pas pris un baiser sans le rendre. Mais n'a jamais voulu s'endormir dans mon sein.
Aussi, le soir, je la regarde avec malaise Fredonner à mi-voix une ballade anglaise En frôlant de ses doigts frêles le clavecin.
ANNAIK
Tous les matins j'allais la voir à sa cliaumicrc Et dans rcnivrement calme des près fleuris. Chauds de soleil, pleins de grillons jetant leurs cris. Nous causions sur un banc de rétreinie première.
Revenez, revenez, souriait la fermière; Et je suis revenu souvent. le cceur épris. Et dans la chambre basse, au crépuscule i^ris. Devant Tâtre défait nous rêvions sans lumière.
i8 ANNAÏK.
Or un soir qu'elle était assise à son rouet
Elle me dit : « Je veux exaucer ton souhait; »
Et ses yeux bruns ardents étincelaient dans l'ombre.
Après avoir ôté sa croix — Je me souviens — Elle e'tendit la main vers l'énorme lit sombre Et, brusque, m'entraînant par le bras : « Allons, viens. «
YELVA
Yelva la brune en agitant son tambourin Se berce au hamac tressé de cordelettes tines; Or elle rhythme d'anciennes musiques câlines Où l'or des baisers vibre comme un lascif refrain.
Ses lèvres ont bu dans le parfum des tamarins La brume d'argent qui monte du fond des ravines, Et sa chair parait au Hot léger des mousselines Un diamant noir parmi les neiges d'un écrin. —
YELVA.
Le soleil se couche aux penchants roses des collines, Et ce sont là-bas de vagues sons de mandolines Qui bruissent et s'en vont et s'e'teignent peu à peu.
Et la brune, triste, emmi ses blanches mousselines, Dans l'attente écoute, assoupissant son œil en feu, Par delà les bois le chant lointain de l'Oiseau Bleu.
DAIMI
O mignonne Daimi, suave chrysanthùnie Des Maisons Mauves, viens. Japonaise aux yeux bruns, Aux yeux voiles d'amour comme Yéso d'embruns. Aux e'pais cheveux bleus tressés en diadème.
C'est toi celle que j'ai choisie et toi que j'aime. J'ai de plus beaux palais que ceux du Mikado, Je suis riche, je peux t'offrir comme cadeau Les rubis ou les diamants taillés en i^emnic.
DAIMI.
A toi les sabres recourbes dans leurs fourreaux,
A toi les éventails, à toi les Kamourôs
Prêts à servir les vœux que chantera ta bouche.
Pourvu qu'après avoir fait vibrer le samsin Jusqu'au soir, tu m'ouvres la tiédeur de ton sein, Daïmi, futur orgueil et charme de ma couche.
VERONIQUE
Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi, mais plutôt sur vous-mêmes.
J'ai gravi Jusqu'en haut la douloureuse voie Et lacéré ma chair aux cIôus sourds de la croix; Le chemin était rude et debout sur les toits Le peuple se dressait en insultant sa proie.
Et les soldats joyeux et lâches dans leur joie
En blasphémant crachaient sur moi tous a la fois. --
Or une courtisane, un lin^c lin aux doigts.
Le passa sur mon front sans peur qu'on la rudoie.
24 VERONIQUE.
Parce que vous avez essuyé ces crachats,
Pour ces larmes de sang, Femme, que tu séchas,
Pour ce cahne dédain de la foule ironique
Et des coups d'un bourreau par les cris irrité, Le Seigneur ait pitié de vous, ô Véronique, Quand il décidera de votre éternité.
VEILLES DE DEPARTS
Les veilles de de'parts, chère âme, sont si tristes. Si tristes et pourtant si pleines de douceur : C'est pleurant dans la nuit un rêve qui se brise. Et le Passé qui chante en lointaines rumeurs...
Et dans les arbres, au dehors, le vent s'afflige;
Et c'est au fond du cœur quelque chose qui meurt:
Les veilles de départs, j'ai la mélancolie
De m'endormir bercé par une main de sœur.
26 VEILLES DE DEPARTS.
Comme bientôt vous serez l'Absente, des larmes Troublent nos yeux. — Lèvent s'afflige dans les arbres. Savez-vous bien que c'est arfreux : ne plus se voir,
Être seul à la fenêtre quand il pleuvine,
Et prier seul et se sentir seul dans le soir :
Les veilles de de'parts, chère âme, sont si tristes.
Pourquoi pleurer r pourquoi vous dire ma iristesse! Car vraiment peu vous importe si je vous aime. Est-ce pour implorer un adieu plus tendre? est-ce Pour sentir le Passé toujours vivre en vous-uième?
Ma tristesse est le châtiment de ma folie Amère bue à la splendeur de vos prunelles : Voici qu'il faut rompre le lien qui nous lie. Entrer dès aujourd'hui dans l'Absence éternelle.
28 VEILLES DE DEPARTS.
C'est pourquoi je pleure et suis si triste, chère âme; Aussi triste qu'liier au soir où nous pleurâmes Presque, où les angoisses du départ nous émurent.
Bientôt vous dormirez en la Ville lointaine Et je n'entendrai plus sous les lourdes ramures Que la plainte très monotone des fontaines.