‹ Joies grises. Préf. de Georges RodenbachChapitre 9 sur 62 · VIERGES DU NORD · texte numérisé non relu

VIERGES DU NORD

Pure, elle a le parfum sauvage du mélèze. C'est une grande enfant au cœur naïf et droit, La chasteté transpare à son visage froid, Si franche qu'elle inspire un étrange malaise.

Et quand, par le soir bleu rêvant sur la falaise, La brise qui s'e'veille onde ses cheveux blonds Sur son col satine' de neige fins et longs, Absorbée, elle semble ignorer qu'elle plaise.

32 vif:rges nu nord.

Et les papillons blancs, comme autour d'une fleur, Volent près d'elle et sont jaloux de sa pâleur. — Elle n'a pas connu le feu de la caresse

Et nul ami ne s'est à sa lèvre altéré.

Aussi ses yeux voilés de frêle enchanteresse,

Mélancoliques n'ont jamais rien espéré.

Son charme a la palme calme des chastes choses. Sa candeur frêle attriste et son amour est faite De la pudeur des Ivs et du rcve des roses.

Jadis elle a du naître aux fjords de la Norvège, Car la brume des songes vierges sur sa tète Se pose comme un vol de colombes de neige.

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